Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Désagréger la Russie et lIran :
un objectif pour les Etats-Unis ?
par Jean-Marie Chauvier.
Les plans du stratège états-unien Zbigniew Brzezinski, animateur de la mobilisation internationale pour le placement de la Tchétchénie sous mandat international.
Centre de recherche sur la mondialisation www.globalresearch.ca
Après le basculement de lAzerbaidjan et de la Géorgie dans le camp "euro-atlantique" et le chantier du nouvel oléoduc de la Caspienne (BTC), ce serait un vaste dessein pour les Etats-Unis, lUnion Européenne et lOTAN, agissant de concert.
Dans son nouveau livre "Le Vrai Choix", consacré aux moyens dassurer la suprématie mondiale des Etats-Unis, pas en action "unilatérale" (façon Bush) mais en étroite coopération avec lUnion européenne, le stratège qui sétait vanté davoir "piégé lURSS en Afghanistan" en activant la rébellion islamiste, maintient le cap sur "lenjeu eurasien" capital à ses yeux, à savoir la maîtrise et la colonisation de la Russie et de lespace ex-soviétique. Zbigniew Brzezinski, qui sétait déjà dit favorable à un démantèlement de la Russie en plusieurs états ne dissimule pas quà court terme, les républiques russes du Caucase, dont la Tchétchénie en guerre, pourraient être le point de départ dune désagrégation de la Fédération de Russie. Or, "Zbig" est également lun des militants actifs, aux Etats-Unis, de la mobilisation occidentale "pour la paix en Tchétchénie" et plus précisément pour son placement sous mandat de lONU, le "plan Akhmadov".
Plan auquel il a contribué et qui est soutenu en Europe par le parti radical transnational (soutenu par "Endowment for Democracy" USA) les Verts européens, Daniel Cohn-Bendit, André Glucksman et divers mouvements pacifistes et des "Droits de lHomme", russes et internationaux. Une campagne à mettre en rapport avec la déstabilisation de la Géorgie et de lUkraine par la "nébuleuse" Soros et dautres institutions et fondations américaines vouées à "lexpansion de la Démocratie" dans la Confédération des Etats Indépendants (CEI). A la différence de George W.Bush, quil critique, le démocrate "Zbig" milite pour une action concertée entre les Etats-Unis et leurs alliés de lOTAN, assurant la suprématie mais non la "domination" des Etats-Unis sur le monde : "LUnion européenne et lOTAN nont donc pas le choix : elles doivent travailler à leur élargissement ou perdre le bénéfice de la victoire qui a conclu la guerre froide (...) "Lextension de lorbite euro-atlantique rend impérative linclusion des nouveaux états indépendants ex-soviétiques et en particulier lUkraine". Lire : Zbigniew Brzezinski "Le Vrai Choix" ed.Odile Jacob, 2004. En anglais : "The Choice. Domination of Leadership" Basic books, Perseus Books.USA.
"Au cours des prochaines décennies, la région la plus instable et la plus dangereuse -au point de pouvoir plonger la planète dans le chaos- sera celle des Balkans mondiaux" (Lauteur inclut dans cette notion assez floue le Moyen-Orient, lIran et les territoires dex-URSS compris comme "Balkans eurasiens". Il souligne que cette région contient les plus grandes réserves de pétrole et de gaz, quelle est très instable et que les Etats-Unis "nont pas le choix", ils doivent maintenir une stabilité minimale dans une région structurée par des Etats chancelants (...) Du point de vue des intérêts américains, la configuration géopolitique actuelle dans la principale zone productrice dénergie laisse à désirer.(...) Au nord, soit dans le sud du Caucase et en Asie centrale, les nouveaux Etats indépendants exportateurs de pétrole vivent encore les premières phases de leur consolidation politique (Mais) la Russie poursuit une politique agressive afin de sassurer un monopole daccès aux ressources dénergie (En attendant que le nouvel oléoduc BTC exportant les pétroles de la Caspienne hors des contrôles russe et iranien soit construit) la région est exposée aux manuvres de la Russie et de lIran. (...) Jusquà présent, la Russie ne sest pas mise en travers des projets militaires américains, visant à modifier les réalités stratégiques de la région. (Mais le "tremblement de terre" du Golfe persique pourrait tout remettre en question et si les Etats-Unis ny prennent garde) "la Russie accentuerait ses efforts visant à saper une présence militaire et politique durable des Etats-Unis en Asie centrale"
("Le Vrai Choix" ch.2 "Le nouveau désordre mondial et ses dilemmes" passages soulignés par nous)
Placée naguère sous le contrôle impérial exclusif de la Russie, la région comprend aujourdhui trois états indépendants, dont la sécurité est mal assurée (la Géorgie, lArménie et lAzerbaidjan), ainsi quune constellation de petites enclaves ethniques dans la partie septentrionale toujours sous domination russe." ("Le Vrai Choix" p.135)
(Souligné par nous. Sous ces curieux éphémismes, lauteur parle des républiques nord-caucasiennes membres de la Fédération de Russie ! Imaginons lapplication de ce vocabulaire à la France, "les enclaves ethniques de Corse et de Bretagne toujours sous domination française", ou à lEspagne : "les enclaves basque et catalane, toujours sous domination espagnole". Les termes employés, "enclaves" et "toujours", indiquent la volonté de détacher ces pays de la Russie, autrement dit d amorcer par le Caucase la désagrégation de la Russie telle que lenvisageait déjà "Zbig" dans son précédent ouvrage "Le Grand Echiquier". Or, "Zbig" anime le Comité pour la Paix en Tchétchénie et est connu comme le co-auteur, avec le ministre des affaires étrangères séparatiste tchétchène Akhmadov, du "Plan Akhmadov" en vue détablir sur la Tchétchénie un mandat de lONU prélude à lindépendance. Autrement dit, consciemment ou non, les militants "pacifistes" de ce plan jouent le jeu orchestré par la frange de létablishment US et de la CIA liée à Zbigniew Brzezinski
"La région demeure, en outre, le point de rencontre et de confrontation entre la Russie, lIran et la Turquie. A ces frictions traditionnelles (ethniques, religieuses) est venue sajouter, depuis le début de lère post-soviétique, la compétition vigoureuse pour la répartition des ressources en énergie de la mer Caspienne. A terme, il est par ailleurs probable que la très importante population azérie du nord-ouest iranien voudra obtenir la réunification de son territoire avec lAzerbaidjan indépendant et relativement prospère, allumant un nouveau foyer dincendie dans la région." (souligné par nous) (p.135)
(Zbig constate donc la "possibilité" dun éclatement de lIran. Est-ce une "possibilité" ou plutôt une "opportunité" que pourraient saisir les Etats-Unis pour encore affaiblir les états de la région et imposer leur loi ? Et alors quils contrôle déjà lAzerbaidjan et la Géorgie...
Remarquons que, très vigilant envers les déficits démocratiques de nombreux pays, ne semble pas excessivement préoccupé par ceux du régime allié dAzerbaidjan, pourtant lun des plus répressifs de la région.
Notons aussi quun pays azéri (turc) réunifié pourrait devenir un espace considérable dinfluence pour la Turquie)
Après lélargissement de lUE à 25 puis à 27, de lOTAN à 26 membres "la définition dun processus adapté, qui encouragerait lUkraine à préparer son adhésion (peut-être envisageable avant la fin de la décennie) apparaît, en toute logique, comme létape suivante. Dans une certaine mesure, les mêmes considérations valent aussi pour le très volatil Caucase. "
Outre le détachement de lUkraine et du Sud Caucase de linfluence russe
"la responsabilité de la stabilisation du Caucase pourrait bien échoir- comme elle le devrait - pour une part déterminante, à lOTAN"(...) Une fois que la Russie se résignera à linévitable - à défaut du désirable- cest-à-dire à la poursuite de lélargissement de lOTAN (...) les obstacles à un prolongement du rayon daction de lOTAN jusque dans lespace ex-soviétique seffondreront".
("Le Vrai Choix", ch.3 "La gestion des alliances et ses dilemmes")
(Lauteur loue le "réalisme" de Vladimir Poutine depuis le 11 septembre, mais indique clairement les enjeux de la bataille pour lEurasie : les ressources énergétiques de la Caspienne et de la Sibérie actuellement sous contrôle ou sous influence russes. Depuis laffaire Youkos, en 2003, la pénétration du capital US au cur des industries pétrolières sibériennes de Russie est à lordre du jour. Mais la résistance de Vladimir Poutine aux ambitions de lex-patron de Youkos, Mikhaïl Khodorkovski, a momentanément entravé certains projets communs à Exxon-Mobil et Youkos-Sibneft.)
"LUnion européenne et lOTAN nont donc pas le choix : elles doivent travailler à leur élargissement ou perdre le bénéfice de la victoire qui a conclu la guerre froide (...) "Lextension de lorbite euro-atlantique rend impérative linclusion des nouveaux états indépendants ex-soviétiques et en particulier lUkraine"
("Le Vrai Choix", ch.3 "La gestion des alliances et ses dilemmes")
"Un effort transnational pour développer et coloniser la Sibérie serait susceptible de stimuler la relation euro-russe (...) Avec une présence européenne plus marquée, la Sibérie deviendrait en quelque sorte un bien eurasien commun, exploité par accord multilatéral (qui) offrirait à la société européenne rassasiée le défi dune "nouvelle frontière". (Mais) la coopération avec la Russie doit saccompagner dinitiatives complémentaires destinées à mieux asseoir le pluralisme géopolitique."
(italique par nous. "Le Vrai choix", p.141)
"Une Russie plus décentralisée aurait moins de visées impérialistes. Une confédération russe plus ouverte, qui comprendrait une Russie européenne, une république de Sibérie et une république extrême-orientale, aurait plus de facilités " (avec lEurope, les nouveaux états, lOrient, les Etats-Unis)
Cette option pour "décentraliser" la Russie, quon retrouve à lépoque (1997-1998) dans des appels américains à développer les "relations directes" avec les régions plutôt quavec Moscou correspond à une situation donnée : plusieurs régions russes étendent leur autonomie, voire établissent des frontières commerciales et traitent directement avec létranger. La Russie vient dessuyer une défaite en Tchétchénie (1996) où les oléoducs transportant les pétroles de la Caspienne vers la Russie sont sabotés et où prennent place les groupes islamistes armés. La voie semble ouverte dun démantèlement de la Fédération de Russie. Poutine nest pas encore arrivé... ( Zbiegniew Brzezinski "The Grand Chessboard" 1997, en français "Le grand échiquier", Bayard ed.1997)
"La défaite et la chute de lUnion Soviétique ont parachevé lascension rapide des Etats-Unis comme seule et, de fait, première puissance mondiale réelle. (...) Ils sont devenus du même coup la première et la seule vraie puissance globale" (...) Pour lAmérique, lenjeu géopolitique principal est lEurasie.(...)
Dexpliquer que lUkraine y occupe une position cruciale, du fait même quelle peut permettre ou empêcher la reconstitution au coeur de l Eurasie et autour de la Russie dune puissance contestant la suprématie des Etats -Unis.
"Lindépendance de lUkraine modifie la nature même de lEtat russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur léchiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans lUkraine, la Russie cesse dêtre un empire en Eurasie"
LAsie centrale, le Caucase, les "Balkans eurasiens" et leurs ressources énergétiques sont au coeur de la stratégie états-unienne, mais
"LUkraine constitue cependant lenjeu essentiel. Le processus dexpansion de lUnion Européenne et de lOTAN est en cours. A terme, lUKraine devra déterminer si elle souhaite rejoindre lune et lautre de ces organisations"
( Zbiegniew Brzezinski "The Grand Chessboard" 1997, en français "Le grand échiquier", Bayard ed.1997)
"L Azerbaidjan (...) recouvre une zone névralgique, car elle contrôle laccès aux richesses du bassin de la Caspienne et de lAsie centrale (...) Un Azerbaidjan indépendant, relié aux marchés occidentaux par des pipe-lines qui évitent les territoires sous influence russe permet la jonction entre les économies développées, fortes consommatrices dénergie, et les gisements convoités des républiques dAsie centrale" (souligné par nous : ce projet se concrétise, depuis 2002, par la mise en chantier de loléoduc BTC, Bakou-Tbilissi-Ceyhan, dont la réalisation doit être facilitée par la mise en place, en novembre 2003, dun régime aligné sur les Etats-Unis en Géorgie).
( Zbiegniew Brzezinski "The Grand Chessboard" 1997, en français "Le grand échiquier", Bayard ed.1997, passage cité de la page 75)
Lexpression "Balkans eurasiens" pour désigner la partie non-russe (méridionale) de lex-Union Soviétique, est employée par le célèbre stratège US Zbignew Brzezinski dit "Zbig" qui entend par là, à linstar des Balkans européens, une vaste région exposée au morcellement et aux interventions des grandes puissances dont celle, contestable, de la Russie, et celle, jugée prioritaire et légitime, des Etats-Unis.
Cette région instable va de lUkraine orientale à lAsie centrale, en passant par le Caucase et la Mer Caspienne. Le riche bassin dhydrocarbures de la Caspienne et les voies dexportation du pétrole et du gaz sont le lieu de rivalités entre lancienne puissance dominante, la Russie (lex-URSS "dégradée" en CEI) et les Etats-Unis, qui revendiquent la prédominance en Eurasie, en raison de leur vocation à diriger le monde. Cest du moins la façon de voir des stratèges américains, quils soient proches de Bush ou adversaires, libéraux et démocrates, tel "Zbig". La Transcaucasie (ou Caucase du sud ou Caucasie méridionale) est la région la plus avancée dans la voie du basculement dans le camp des Etats-Unis et de lOTAN. Elle comporte trois états : lAzerbaidjan, où est extrait le pétrole de la Caspienne, la Géorgie, où il transite, et lArménie, qui échappait jusque récemment à ce basculement, en raison de ses sympathies pro-russes et, surtout, de ses conflits avec lAzerbaidjan et la Turquie voisine. Cette situation géopolitique est en train dévoluer rapidement. Comme lAzerbaidjan et la Géorgie, lArménie pourrait être candidate à lOTAN. Les échecs russes en Tchétchénie pourraient amener "la communauté internationale" à sen occuper activement, du moins dès que les Etats-Unis le jugeront opportun.