Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Diviser pour mieux régner
Les attaques israéliennes contre la population palestinienne de la bande de Gaza se sont multipliées. Israël cherche à déclencher une guerre civile en Palestine.
Aux portes de Gaza, samedi 11 novembre. Gaza, ce gigantesque camp de concentration, Gaza, à la densité la plus grande du monde, où les victimes que lon dit collatérales sont inévitables, donc programmées, Gaza, cible trop facile pour les massacreurs de lartillerie israélienne, Gaza la martyre : 200 Israéliens et une douzaine de militants palestiniens de Jérusalem-Est sont venus manifester, ce jour-là, leur honte et leur rage.
Depuis juillet, on a cessé de compter les morts, victimes des bombardements, des tirs de barrage, des incursions et des assassinats ciblés. Jusquà ce que, dans la ville de Beit Hanoun, vingt personnes dune même famille soient tuées dans leur sommeil par une roquette de lartillerie israélienne lancée - par erreur évidemment - sur un bâtiment situé en plein cur dun quartier populaire.
Arrêtons au moins lhypocrisie : quand on bombarde avec des milliers dobus et de roquettes un quartier populaire où vivent des dizaines de milliers de personnes, on sait que lon va commettre un massacre. Les excuses du ministre de la Défense, Amir Peretz (Parti travailliste), et les explications gênées du Premier ministre, Ehud Olmert (Kadima, parti fondé par Ariel Sharon), insultent les victimes. Quant à lUnion européenne, la stupéfaction de ses porte-parole est une gifle pour chaque Palestinien.
Reconnaissons à George W. Bush quen usant de son veto à la déclaration du Conseil de sécurité de lONU condamnant ce massacre, il faisait état de moins de tartuferie que ses collègues européens : on ne fait pas domelette sans casser dufs et, dans la lutte de survie de la civilisation judéo-chrétienne contre le terrorisme (musulman), on ne peut pas prendre de gants. À la guerre comme à la guerre... Après la guerre de cet été, au Liban, on est aujourdhui en droit de se poser des questions de fond sur ce quon ne peut quappeler une politique de massacre. Dautant quelle se conjugue avec une politique similaire des États-Unis en Irak.
Plan génocidaire ? Certains, que la rage - légitime - aveugle, lévoquent. Mais ni les États-Unis ni Israël ne pensent éradiquer lexistence de ceux quils appellent des « peuples terroristes ». Même sils multipliaient par dix le nombre de leurs victimes quotidiennes, il leur faudrait plus dun demi-siècle pour parvenir à leurs fins, et ceci uniquement concernant les résidents palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Provoquer un exode de masse ? Sil ne fait pas de doute que le « transfert » est un fantasme profondément ancré dans linconscient de la grande majorité des sionistes, rien nindique que le terrorisme dÉtat dIsraël soit en mesure de provoquer un tel exode. Le fait est que le rapport démographique entre Israéliens juifs et Palestiniens continue, systématiquement, être déséquilibré en faveur de ces derniers.
En fait, à travers ces massacres, les dirigeants israéliens recherchent la destruction de la Palestine en tant que nation - ce que le sociologue israélien Baruch Kimerling appelle un « politicide » et son homologue palestinien, Salah Abdel Jawad, un « sociocide ». Tout comme les néoconservateurs américains ont mené la guerre en Irak avec la volonté de détruire lÉtat irakien, en transformant cet État arabe en un ensemble dentités ethniques. Cest pourquoi, il est indispensable, dans cette stratégie, de fomenter des guerres civiles, ethniques si possible. En Palestine, les tentatives dopposer la minorité chrétienne aux musulmans ont fait long feu, et ce depuis les premiers jours de loccupation israélienne : la force du sentiment national a réduit à néant ce rêve sioniste, vieux comme le colonialisme lui-même. Cest donc une guerre civile politique que les stratèges israéliens et américains ont essayé de fomenter, en posant à Yasser Arafat léradication du terrorisme comme lune des exigences du processus dOslo. Mais, rapidement, et une fois les réseaux neutralisés, lexigence sest transformée en « éradication de linfrastructure terroriste », autre façon de dire que lAutorité palestinienne devait écraser le mouvement Hamas. Sur cette question, plus encore que sur dautres, Yasser Arafat a été intransigeant, répétant à qui voulait lentendre que la Palestine ne serait pas lAlgérie, et quil ne fomenterait pas une guerre civile entre « islamistes » et « laïques ».
Unité nationale
La neutralisation de Yasser Arafat, à partir de 2001, a été le résultat de ce refus de fomenter une guerre civile interpalestinienne. Pour sa part, la société palestinienne a répondu à ce chantage en donnant au Hamas une majorité au Conseil législatif. Face à cette provocation, les Israéliens et les Américains, mais aussi les Européens, ont répondu en imposant un blocus criminel contre le peuple palestinien, tout en laissant entendre que, si le président Abbas mettait à bas le gouvernement élu, les sanctions pouvaient être levées. En arrière-plan, se dessine lespoir de voir une partie de la société palestinienne, menée par laile droite du Fatah, se soulever contre le gouvernement légitime, et provoquer ainsi la guerre civile.
Latomisation de lespace palestinien, résultat de la politique de bouclage dont le mur nest que lélément le plus visible, la misère imposée par le blocus, le vol par Israël de sommes immenses qui appartiennent à lAutorité palestinienne, et le refus de certains cadres du Fatah daccepter le choix populaire créent une situation extrêmement instable et lourde de conflits internes de plus en plus graves. À Gaza, il y a déjà eu plusieurs morts dus à des conflits qui sont tout autant des conflits claniques que des conflits interfractionnels. Si lunité nationale reste un facteur déterminant dans la politique palestinienne et dans le sentiment populaire, et si la haine de loccupant reste plus forte que les conflits internes, il y a néanmoins lieu de craindre quà moyen terme, la situation ne dégénère. LIrak est là pour nous le rappeler.