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Ethiopie : Une intervention sur ordre US
La prise de Mogadiscio, le 28 décembre 2006, par larmée éthiopienne a mis fin à un processus complexe de réunification et de réconciliation de la Somalie, qui était préjudiciable aux intérêts américains.
Lintervention de larmée éthiopienne est censée mettre fin à la situation dramatique vécue par le peuple somalien depuis la chute, en 1991, de lautocrate Mohamed Syad Bare, qui dirigeait la Somalie depuis 1969. Pendant près de quinze ans, de 1993 à 2006, ce pays a été dépourvu dÉtat central souverain sur lensemble du territoire. La crise du régime de Syad Bare, sétait en effet achevée par la sécession, au nord-ouest, du Somaliland et lautonomie, à lest, du Puntland. Mogadiscio de son côté a été la proie de « seigneurs de la guerre » rivaux. Labsence dÉtat central ne signifiait nullement larrêt des activités économiques licites et illicites (trafics de stupéfiants, darmes, etc.).
Les structures dites traditionnelles ont conservé un poids très important dans la société somalienne, un clan pouvant rassembler des centaines de milliers dindividus. Les « seigneurs de la guerre » ont été défaits par lUnion des tribunaux islamiques (UTI), en juin 2006, à Mogadiscio et dans dautres villes. Cétait pour lUTI une étape importante dans le processus de réunification de la Somalie, après cinq ans déchec des protagonistes somaliens et de la « communauté internationale » à concrétiser la réunification avec un gouvernement fédéral de transition (GFT). Les « seigneurs de la guerre », hostiles au retour dun État central préjudiciable à leurs affaires, avaient empêché le GFT de sinstaller à Mogadiscio, et ils lavaient obligé à sinstaller à Baidoa dans le sud-ouest somalien. Le départ de Mogadiscio des « seigneurs de la guerre » a été suivi de la volonté exprimée par lUTI dune redéfinition de la nature du futur État somalien à limage de ce quils ont fait à Mogadiscio où, en quelques mois, a été instauré un ordre politique islamique.
Cette nouvelle configuration de la réunification somalienne nétait pas du goût de lÉthiopie, allergique à lévocation par lUTI de la grande Somalie incluant la région éthiopienne de lOgaden, cause dune guerre entre les deux États en 1978 qui a été perdue par la Somalie. Ainsi, après avoir aidé sans succès les « seigneurs de la guerre » contre lUTI, lÉthiopie a imposé la solution militaire, au moment où la « communauté internationale » négociait linfléchissement du projet islamiste de réconciliation nationale défendu par lUTI. Un projet auquel avait adhéré, en novembre 2006, la présidence de la province autonome du Puntland en instituant la Charia et qui bénéficiait du soutien des islamistes somalis du nord-est kenyan, partisans de la grande Somalie.
Les appétits impérialistes.
Lexpédition éthiopienne a été sponsorisée par les États-Unis, principal soutien militaire et financier des « seigneurs de guerre » en belligérance contre lUTI, accusée dêtre liée au réseau Al Qaida. La réconciliation nationale somalienne sous hégémonie militaire de lUTI était en effet préjudiciable aux intérêts américains. Dune part, à cause de la position stratégique de la Somalie dont le nord, longeant le Golfe dAden où passe lune des principales routes du pétrole, ne doit pas échapper au contrôle des États-Unis. Doù la mise sur pied de la Combined Join Task Force - Horn of Africa censée contrer le terrorisme qui avait déjà frappé le navire américain USS Core, dans le port dAden. Dautre part, les États-Unis - qui ont une base au Kenya, à 100 kilomètres de la frontière avec la Somalie - soutiennent la création dune Brigade dintervention dAfrique de lEst (EASBRIG) à laquelle la nouvelle donne somalienne offrait une occasion de concrétisation. Par son intervention court-circuitant la réconciliation-réunification par voie négociée, excluant désormais lUTI, lÉthiopie obtient une « sécurisation » de sa frontière, voire un autre accès indirect à la mer, mais elle a surtout fait avancer la Pax Americana dans cette région africaine.
Mais surtout, la Somalie est riche en ressources naturelles - bauxite, cuivre, gaz naturel, pétrole, uranium... - et les multinationales pétrolières américaines Amoco, Chevron, Conoco et Philips ont obtenu en 1986 le droit à lexploration pétrolière sur les deux tiers du territoire somalien. Cette exploration fut interrompue en 1993 pour cause dembrasement national. La réussite de lopération militaire américaine Restore Hope en 1994 aurait permis la continuation de lexploration pétrolière, sous protection militaire mais ce fut un échec. Lexploration pétrolière a été reprise en 2001, mais par Total-Fina-Elf dont le contrat dexploration, signé avec le gouvernement de transition, a été contesté par les autres fractions politiques somaliennes. Par ailleurs, Total est présente au Somaliland depuis la fin des années 1990 et le capital français espérait accroître sa présence à la faveur de la réconciliation nationale, à en croire le président du Sénat, Christian Poncelet qui disait en mars 2006 : « En Somalie, la situation reste certes précaire, mais lÉtat de droit se restaure progressivement. Si le processus va à son terme, nos entreprises ont tout intérêt à se tenir prêtes à répondre à une énorme demande de reconstruction ». Total a été suivi en 2005 par lentreprise australienne Range Resources qui a obtenu, des autorités locales du Puntland, 50,1 % de toute exploration et exploitation pétrolière, et de toutes les mines, au grand dam du GFT qui se considère maître des ressources nationales depuis son institution. La Chine, déjà présente économiquement en Somalie, semble manifester de lintérêt pour le pétrole somalien, en sappuyant sur sa présence en la matière au Soudan, et tout récemment au Kenya. Cette poussée des autres capitalismes ne pouvait que déplaire aux États-Unis, obsédés par leur hégémonie économique, surtout en matière pétrolière. Doù cette nouvelle entreprise barbare, sous le prétexte de la « lutte contre le terrorisme ».
Une fois de plus, les stratèges américains ont confondu volonté de paix dun peuple et acceptation dune invasion étrangère. Une grande partie du peuple somalien demande le départ immédiat des troupes éthiopiennes et exprime sa méfiance à légard dun GFT - encore à Baidoa - porté par des armées étrangères. Ce à quoi larmée américaine répond en bombardant des villages du Sud somalien, censés abriter lUTI. La folie impérialiste na pas de limites.