Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Face à la défaite électorale de Bush, lEurope réagit
par une intensification du militarisme
La défaite électorale subie par les Républicains lors des élections de mi-mandat du 7 novembre du président américain a avant tout suscité en Europe satisfaction et soulagement. Le soulagement ne fut pas seulement ressenti par les grandes masses de la population qui haïssent le président Bush en raison de la guerre en Iraq mais également par une importante section de lélite dirigeante qui espère à présent un changement de la politique étrangère américaine. Après six ans dunilatéralisme pratiqué par le gouvernement Bush, les dirigeants européens sattendent à présent à ce que Washington fasse plus attention à eux.
Alors que la joie de la population face au rejet de Bush par lélectorat est sincère et spontanée, lélite dirigeante éprouve des sentiments mitigés. Elle naimait guère les Etats-Unis comme policier mondial qui, de façon arrogante, avait ignoré le droit international et les organisations internationales et qui avait provoqué une guerre sans les avoir consultés. Mais à présent que cette même puissance a été affaiblie, les classes dirigeantes européennes éprouvent un sentiment danxiété. Qui garantira lordre à lavenir ? Qui réprimera les forces qui sont ressenties comme une menace non seulement pour les intérêts de la grande puissance des Etats-Unis mais aussi pour ceux des puissances européennes ?
Eu égard à laffaiblissement de la position américaine qui est visible en Iraq depuis un certain temps, les puissances européennes se sentent à présent obligées de combler elles-mêmes le vide ainsi créé. Cest ce quelles considèrent à la fois comme une bonne occasion et un fardeau. Une bonne occasion parce que cet affaiblissement leur permet dappuyer plus intensément leurs propres intérêts au Proche-Orient et sur la scène mondiale et un fardeau parce quelles ne disposent ni darmées et ni de soutien politique au sein de leur propre population pour pouvoir concurrencer lappareil militaire américain.
Un commentaire publié par le quotidien conservateur français, Le Figaro, le 27 octobre, peu avant les élections américaines, avait déjà résumé cette position contradictoire de la bourgeoisie européenne. Le commentaire déplore le fait que « la liste est longue des virus de déstabilisation » et que « dinquiétants furoncles de violence politique, religieuse, ethnique » semblent couvrir aussi rapidement le globe. Lune des principales raisons de cette évolution est, selon Le Figaro, « la perte par lAmérique de son pouvoir de dissuasion. Les Etats-Unis sont la seule puissance membre permanent du Conseil de sécurité à disposer dune armée crédible, capable dêtre projetée rapidement sur nimporte quel point du globe. »
« Le problème est, » selon le journal « que cette force ne fait plus aujourdhui vraiment peur La France ne saurait en aucun cas se réjouir de la destruction du pouvoir de dissuasion américain. Les Etats-Unis sont un allié difficile - parfois même arrogant -, mais ils sont un allié, et le seul dont nous disposions pour rendre crédibles les résolutions que nous prenons ensemble au sein du Conseil de sécurité de lONU. »
Le quotidien catholique parisien, La Croix » tire une conclusion identique en disant quil était bénéfique que laffirmation américaine de vouloir diriger le monde tout seul ait essuyé une rebuffade. Il se demande cependant si lon peut sen réjouir complètement. Bien sûr, selon ce journal, le rôle que pourraient jouer lEurope, lUnion africaine, les Nations unies ou lOTAN nous vient à lidée, mais ces forces ne sont malheureusement pas à la hauteur de ces défis historiques.
Le journal conservateur allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) est tout aussi sceptique. Dune part, le journal remarque que lEurope sera sommée de simpliquer plus sur le plan militaire et dautre part il met en doute un changement de la politique étrangère américaine.
Dans un commentaire traitant des élections américaines, le FAZ écrit : « Dans une certaine mesure, les Républicains de la Chambre des représentants et du Sénat ont facilité la vie aux Européens ; en empruntant idéologiquement et politiquement la voie de lunilatéralisme, les Américains ont laissés leurs partenaires hors de léquation. Ils sattendent à un ton nouveau plus modéré de la part de Washington mais ils devraient se préparer à affronter des mesures protectionnistes et de nouvelles exigences. Dans la mesure où la politique étrangère et de sécurité américaine adopte des traits démocratiques, les attentes vis-à-vis de ses partenaires croissent également. »
Il ressort clairement de ces commentaires que : dune manière paradoxale, le récent virage de lélectorat américain contre les Républicains aura pour conséquence une intensification du militarisme en Europe, et donc, exactement le résultat inverse de celui auquel sattend la population européenne qui a accueilli les résultats des élections comme un rejet clair et net de la guerre contre lIraq et du genre de militarisme agressif quincarne Bush.
Ce développement sest déjà manifesté par le déploiement de troupes européennes au Liban. Les gouvernements qui ont rejeté la guerre contre lIraq - la France, lAllemagne et lItalie (où lancienne opposition est à présent au pouvoir) - ont fourni le gros des troupes de lONU qui a pour mission dempêcher tout armement du mouvement Hezbollah.
Des voix sélèvent à présent pour réclamer un engagement européen plus fort en Iraq. Dans une interview avec le Frankfurter Rundschau, le président de la République fédérale allemande, Horst Köhler, a réclamé que les nations européennes (y compris son propre gouvernement) interviennent plus fortement pour la reconstruction et la stabilisation de lIrak.
En Afghanistan, des unités européennes de lOTAN remplacent de plus en plus fréquemment les forces américaines dans des missions de combat contre les insurgés. Dans une interview accordée au Berliner Zeitung, le secrétaire général de lOTAN, le général Jaap de Hoop, a exigé un renforcement des troupes dintervention déployées en Afghanistan. Il a indirectement réclamé que le gouvernement allemand mette aussi des troupes à la disposition de lOTAN dans sud du pays qui est éprouvé par de violents combats.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a confirmé cette évolution dans un discours clé sur la politique étrangère prononcé mercredi dernier. Elle sest déclarée convaincue que la politique étrangère et la politique de sécurité deviendraient « dans les prochaines années un élément central de lactivité européenne. » Il est prévu que lAllemagne prenne lannée prochaine la présidence de lUnion européenne (UE).
Merkel a lancé un appel au rassemblement à ladresse des membres de lUE désunis en matière de politique étrangère : « Ce nest quen parlant dune seule voix que lEurope sera forte ; la division a un effet contraire. » Elle plaida en faveur dun « concept de sécurité élargi » qui lie « la gestion militaire des crises » aux « efforts civils en faveur de la stabilité et de la reconstruction. »
Ce faisant, elle donna plus dimportance au facteur militaire que cela ne fut le cas jusque-là. « Il nest pas possible de garantir la stabilité du pays (Afghanistan) uniquement par la présence militaire, » dit-elle en ajoutant immédiatement « Il nest pas possible non plus dy arriver sans une présence militaire. » Partant de là, elle déduisait la nécessité « dune forme nouvelle de coopération en matière de développement, de moyens pour la sécurité intérieure, détablissement dinstitution et dinterventions militaires. »
Tout cela a un air connu. Le gouvernement Bush et ses groupes de réflexion néoconservateurs avaient également enjolivé leurs campagnes militaires au Moyen-Orient par des motifs nobles, tels le nation building (construction de nations) et létablissement de la démocratie. Ce qui en est advenu cest une guerre de conquête qui a plongé lIraq dans la misère et le chaos.
Voulant assumer davantage de « responsabilités » dans la région, les puissances européennes empruntent la même voie que les Etats-Unis, une voie qui entraînera inévitablement les nations européennes plus profondément encore dans les conflits militaires existants et nouveaux. Dans son discours, Merkel a pris la peine de souligner la solidarité de lAllemagne avec les Etats-Unis. « Nous ne devons jamais considérer la politique de sécurité et de défense européenne comme quelque chose qui est dirigé contre le partenariat transatlantique, » dit-elle. « Ceci est extrêmement important. »