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Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?

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Israël-Liban


Khiam, prison de la honte


«Contribuer humblement à la mémoire…», disait la dédicace de Véronique Ruggirello, auteur de Khiam, prison de la honte*, lorsqu’elle m’adressa son livre à sa sortie en mars 2003.


Jusqu’ici, je n’avais pas pu aller jusqu’au bout de ce terrifiant récit, celui recueilli auprès de douze survivants de la prison de Khiam au sud du Liban qui, de 1985 à 2000, servit de bagne et de centre de torture aux alliés libanais de l’occupant israélien.
Certes, Jean Genet, dans Quatre heures à Chatila, nous avait déjà restitué l’horreur des massacres des deux camps palestiniens de Beyrouth en 1982. Mais ici ce sont les acteurs eux-mêmes qui restituent leur parcours personnel. Ainsi, Kifah, réfugiée palestinienne, numéro de détention 2232 à Khiam, avait 12 ans en septembre 1982 lorsqu’elle allait rencontrer brutalement la mort, celle des hommes fusillés devant elle à la Cité sportive, celle de cette femme enceinte éventrée dans une ruelle du camp: J’ai eu peur, mais je crois que c’est vraiment à partir de ce moment là que je n’ai plus eu peur de mourir…J’avais la force de la haine. Après çà, là où il y avait des combats je me jetais dedans. Ecrit à partir d’entretiens avec les anciens de Khiam, ce récit nous livre d’abord les racines de la résistance. La conviction de la résistance à l’occupation israélienne s’est forgée lentement dans l’humiliation et s’est ancrée sous la torture pour, finalement, s’imposer avec force. Les récits de Namaan (numéro 2198 à Khiam), Mohammad (N° 788), Afif (N° 1188), ou Degaulle (N° 7532) convergent pour nous décrire les images de guerre, leurs terreurs d’enfants, l’humiliation d’une maison détruite en représailles, la nostalgie d’une Palestine qu’ils n’ont jamais connue.
Véritable parcours de psychologie post-conflit, le récit de Véronique Ruggirello nous entraîne dans l’univers effrayant d’une prison sans existence légale, sans règles et sans échéances. Et surtout sans pénétration du CICR jusqu’à 1995. Autrement dit, un voyage au bout de l’horreur qui ne peut être restitué ici: «le nid», «le sac», «le poteau», «la souillure» ou «le pas du gardien» sont autant d’expressions qui se suffisent à elles-mêmes. Nul besoin d’en dire plus. Le vrai mérite de Khiam, prison de la honte, c’est ce patient travail d’entretiens et d’enquête, par lequel la parole est rendue à ceux qui en sont ressortis vivants. Vivants mais brisés. Et cette belle illustration du désespoir transformé en rage de survivre: De rien ils feront tout. La dérision va devenir un remède, l’humour un antidote, le chant un combat pour la liberté, et plus que tout, l’ingéniosité, une arme de survie contre l’ennui. Censés être annihilés, ils vont reconstruire une vie à l’échelle d’une cellule. Faire un film à plusieurs en assemblant des souvenirs personnels de films vus des années auparavant, récupérer dans la cour un lambeau de journal trempé pour y apprendre la chute du mur de Berlin en 1989, discuter dans le calme de philosophie ou de religion, apprendre à lire aux analphabètes, tout apprendre du métier d’un électricien ou de la science d’un médecin co-détenus, passer des heures à fabriquer une aiguille à coudre, redécouvrir après des années son visage dans un fragment de miroir, c’était en fait créer un morceau de vie dans le néant. De la libération du 24 mai 2000, retenons cette anecdote: A un jeune homme (libéré) qui ne retrouve pas sa famille, le journaliste propose son téléphone portable pour contacter quelqu’un: ‘ il a eu un mouvement de recul et m’a regardé étrangement. Il ne savait pas ce que c’était, du moins il ne pouvait pas croire qu’on puisse avoir un téléphone qu’on transporte comme cela dans un sac à main’. Avec ce récit poignant et engagé, l’auteur nous permet de comprendre un peu mieux la complexité de l’histoire contemporaine du Liban et la force du lien identitaire -une notion d’ordinaire occultée dans le Liban d’après la guerre civile- au sein de la résistance libanaise à l’occupation.
Marco Medina

Editions L’Harmattan, Collection ‘Comprendre le Moyen-Orient’, Paris, mars 2003.

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