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Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?

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Israël-Liban

Au miroir de l'Histoire, le Liban dans la tourmente
du XIXème au XXIème siècles


" Quel jouet que les hommes ! écrivait Guizot, ambassadeur de France à Londres à la princesse de Lieven le 11 septembre 1840, …Il y a là, au fond de je ne sais quelle vallée, au sommet de je ne sais quelle montagne du Liban, des maris, des femmes, des enfants, qui s'aiment et qui s'amusent, qui seront massacrés demain parce que Lord Palmerston, en roulant sur le Railway de Londres à Southampton se sera dit : " Il faut que la Syrie s'insurge, j'ai besoin de l'insurrection de la Syrie, si la Syrie ne s'insurge pas, I am a fool."

Au Mont-Liban en 1840, émirat autonome entouré des provinces de Syrie de l'Empire ottoman, c'est la fin du règne de l'Emir Béchir II Chéhab, l'allié de l'Egypte. L'Empire ottoman doit faire face à la campagne militaire en Syrie d'Ibrahim, fils de Mohammad Ali. Ce dernier, soutenu par la France tente ainsi de s'affranchir de l'autorité de la Sublime Porte. Dans sa rivalité avec la France et son appui à l'Empire ottoman, l'Angleterre contre cette politique. Beyrouth en 1840 fut bombardée par les Anglais et ce qu'on appelait alors la Montagne commençait à vivre une période de troubles et de violences qui allait durer jusqu'en 1860, année où les massacres druzo-chrétiens de Deir Al Kamar allait faire près de 10.000 morts. Ce fut l'intervention des puissances européennes, sous l'égide de la France de Napoléon III, en liaison avec la Sublime Porte qui mit fin à ces enchaînements violents par le règlement organique de 1861, instaurant le gouvernorat autonome du Mont-Liban, à l'origine du Liban contemporain.
Cette période de vingt ans allait mettre en évidence l'interpénétration de trois niveaux de réalité qui se mêlent et s'enchevêtrent jusqu'à aujourd'hui, rendant difficile la compréhension de la situation au Liban sans les lier entre eux : il s'agit des facteurs internes, régionaux et internationaux qui constituent la complexité de la question d'Orient au XIX è siècle tout comme celle des conflits du XX è siècle. Le premier niveau est le plus visible et le plus évident ; il sert souvent d'alibi aux autres niveaux. Le niveau régional est perceptible la plupart du temps, même s'il est difficile parfois d'en prouver la pertinence. Ce qui est caché mais fondamental, c'est le troisième niveau : le jeu international des grandes puissances et les moyens dont elles disposent pour installer leur domination.
Au XIX è siècle, les tensions entre druzes et chrétiens sur fond de crise sociale entre paysannerie et notabilités au Mont-Liban correspondent au terreau intérieur laissant prise aux conflits régionaux ; la tension et la guerre entre Mohammad Ali et l'Empire ottoman expriment une rivalité sur le plan régional par rapport à laquelle prennent position les deux grandes puissances anglaise et française ; la lutte pour l'hégémonie dans le Levant entre la France et la l'Angleterre correspond aux enjeux internationaux de ces deux pays à l'heure de la révolution industrielle et de la nécessité des débouchés économiques, intervenant en même temps que la constitution et la consolidation des empires coloniaux.. Commencée à cette époque, la rivalité franco-anglaise allait perdurer jusqu'au lendemain de la deuxième guerre mondiale.
Ces trois strates des conflits du Levant, c'est ce que j'appelle la loi des trois niveaux qui sont incontournables pour comprendre la complexité de ce qui s'est déroulé au Liban au XIX è siècle. Il faut donc les appréhender ensemble et les relier entre eux, sans quoi on tombe rapidement dans l'incompréhension et l'engagement partisan qui s'en nourrit.
Qu'en est-il au XX è siècle et aujourd'hui au début du XXI è siècle ? Les guerres au Liban, cette " guerre des autres " entre 1975 et 1990 pour reprendre l'expression de Ghassan Tuéni ont correspondu aux trois niveaux : sur le plan interne, les impasses du régime politico-économique issu de l'indépendance face aux nouveaux défis posés par la présence de la résistance palestinienne au Liban et par les inégalités politiques et économiques du sud chiite sont parmi les premières raisons de la guerre dite civile et qui l'a été essentiellement dans ses débuts. Il faut noter ici l'incapacité de la classe politique libanaise au pouvoir à soutenir la politique de développement du Liban sud du général/président Chéhab pour laquelle il avait fait appel à la mission Lebret d'Economie et humanisme. Il faut aussi rappeler les erreurs cumulées des mêmes dirigeants à l'égard de la résistance palestinienne, laissant s'installer au Liban un appareil politique et militaire créant un État dans l'État. Par la suite, la guerre aura tous les visages. Sur le plan régional, le Liban a servi de champ de bataille entre toutes les forces opposées dans la région, sur fond de crise du nationalisme arabe après l'effondrement de Nasser, qu'il s'agisse d'Israël et des Palestiniens, de l'Arabie Saoudite et de l'Egypte, de la Syrie et de l'Irak, etc… Sur le plan international, la dernière bataille de la guerre froide entre les Etats Unis et l'URSS, qui avaient pris le relais de l'hégémonie européenne depuis la guerre franco-anglo-israélienne de 1956, s'est jouée au Liban en 1982/1983 et elle s'est terminée en faveur des Américains. C'est aussi en 1983 que les chiites libanais ont commis un attentat terrible contre la force multinationale (Marines américains et soldats français), constituant l'acte fondateur du Hezbollah, dont les puissances occidentales n'ont pas mesuré, à l'époque, l'importance symbolique.
A propos de la frontière géostratégique et géopolitique entre les deux empires américain et russe, Arnold Toynbee, dans une conférence au Cénacle libanais en 1957 s'était alors interrogé : " A l'heure actuelle, les pays arabes sont devenus l'objet d'une lutte entre l'Amérique et la Russie, pour déterminer le tracé, au Levant, de la frontière entre ces deux empires mondiaux. Cette frontière doit-elle coïncider avec les limites, au Nord, de la Turquie et de l'Iran ? Ou doit-elle coïncider avec la frontière entre les Croisés et le Musulmans ? Evidemment, cette question est d'une importance capitale pour l'avenir du Liban. Si la frontière russo-américaine se stabilise aux limites septentrionales de l'Iran et de la Turquie, les perspectives pour le Liban sont assez favorables. En ce cas, tous les pays arabes seraient rassemblés sous l'égide américaine. Au contraire, si cette frontière s'établit sur la crête de l'Anti-Liban, la république libanaise risquera, à mon avis, de partager le sort de l'Etat d'Israël. Comme Israël, le Liban n'est pas viable s'il se trouve dans un état permanent d'hostilité envers ses voisins de l'Est. Déjà Toynbee en 1957 désignait les deux points sensibles sur le plan géostratégique : l'Afghanistan( aux limites de l'Iran) et le Liban qu'on retrouve en guerre au même moment d'hier à aujourd'hui ! Il passait ensuite au plan régional, en prédisant que si les relations syro-libanaises devenaient hostiles, le Liban serait étouffé. A l'époque la Syrie et l'Egypte étaient sous influence russe et pour Toynbee on ne pouvait écarter cette influence en 1957 qu'en trouvant une solution juste au problème palestinien et il ajoutait : " Tant que l'Amérique n'impose pas cette solution, les peuples arabes voisins immédiats d'Israël continueront de chercher l'appui de la Russie. Imposer une solution à la question palestinienne , c'est l'Amérique seule qui peut le faire, parce que c'est l'Amérique seule qui peut exercer la pression nécessaire sur les Israéliens . "
Le moins que l'on puisse dire c'est que depuis 1957, soit depuis près de cinquante ans, l'Amérique a échoué à régler cette question, quel que soit les gouvernements concernés ou les efforts de tel ou tel président américain. Cela est devenu particulièrement vrai depuis l'accession au pouvoir du président Bush et des néo-conservateurs américains qui mêlent la rationalité politique à la croyance religieuse des Christian born again. Ce pays qui disposait d'un capital de sympathie à l'ère de la domination européenne, a progressivement perdu son attrait auprès des Arabes. Il a largement mis à l'épreuve les régimes alliés arabes gagnés à sa cause soit par nécessité de protection militaire, soit par besoin de soutien financier, ceux-ci se coupant de leur peuple et constituant la base du développement des extrémismes. Si le XX è siècle a été celui du nationalisme arabe à ambition laïque ou au moins laïcisante avec le nassérisme et les baathismes syrien et irakien, force est de constater aujourd'hui l'émergence d'un islamisme persan, parallèlement à l'échec de ces nationalismes et des pays arabes face à l'inertie ou à la complicité de l'Amérique, soutien inconditionnel d' Israël. C'est déjà une période historique que l'on peut examiner avec recul, ce qui n'est pas le cas de ce qui se déroule sous nos yeux depuis les bombardements et le pilonnage israéliens au Liban. Ce présent relève de l'histoire immédiate que l'on doit examiner avec circonspection, notamment depuis les bouleversements dans le monde soviétique et les pays de l'Est.

La chute du mur de Berlin et la fin de l'Union soviétique ont laissé le champ libre au gouvernement américain pour sa politique moyen-orientale, ce qui était une nouvelle opportunité pour régler les questions de fond du Moyen-Orient. Ni la conférence de Madrid ni les initiatives successives mais biaisées des Américains en ce qui concerne la Palestine - la feuille de route notamment - n'ont été concluantes. Cela a laissé toute latitude à Israël de réduire à néant les accords d'Oslo qui leur étaient malgré tout plus favorables qu'aux Palestiniens et de contraindre ces derniers à la deuxième Intifada, puis d'écarter toute instauration d'une Palestine viable en n'y laissant survivre que des Bantoustans, et enfin de construire un long mur de séparation entre ces deux entités, symbolique de leurs visées conscientes et inconscientes.
Nous en sommes là au moment où se réunit le groupe des 8 à Saint Petersbourg le 15 juillet dernier, marquant sans doute le retour de la Russie sur la scène des grands, ce qui pourrait être à terme le commencement d'une autre guerre froide. L'agenda de cette rencontre est bouleversé par les attaques violentes d'Israël le 12 juillet au sud Liban, sur l'aéroport de Beyrouth et sur l'ensemble du territoire libanais. Les bombardements israéliens (avec des bombes à phosphore et des bombes dites intelligentes) frappent impitoyablement les populations civiles libanaises dans une guerre que l'Etat d'Israël veut faire au Hezbollah libanais, considéré par eux et par les Américains comme un parti terroriste, allié à la Syrie et à l'Iran, alors que les Européens évitent cette désignation et reconnaissent que les membres du Hezbollah sont des résistants.
On peut imaginer, réunis autour de la table ovale, Blair disant à Bush : " Il y a des femmes, des vieillards et des enfants dans le sud Liban qui y vivaient malgré les conditions difficiles des dernières années et qui avaient repris confiance depuis le retrait israélien. " et Bush de lui chuchoter en retour - les caméras de la télévision nous l'ont montré alors qu'il croyait les micros éteints - : " J'ai besoin qu'Israël intervienne et brise le Hezbollah, montre aux Iraniens avec leur projet nucléaire ce dont nous sommes capables, il faut que la Syrie fasse pression sur ces terroristes libanais pour que leur milice désarme et intègre l'armée nationale libanaise , sinon I am a fool ! " .
Une fois de plus le Liban est brutalement visé. Qu'en est-il sur la scène libanaise des imbrications régionales et des enjeux internationaux ?

Si l'on reprend à nouveau la loi des trois niveaux, que peut-on constater ?
Sur le plan interne, il y a au Liban deux regroupements majeurs en matière politique : celui qui s'est constitué autour de la " révolution du cèdre " après l'assassinat de Rafic Hariri, comprenant les partis chrétiens, sunnites et druzes, attachés les uns et les autres à des valeurs démocratiques, et celui constitué par le mouvement chiite représenté par les partis Amal et Hezbollah qui trouvent leur cohérence dans l'observance des valeurs chiites. Le premier a des soutiens occidentaux et arabes, le second principalement iranien et syrien. Tant sur le plan interne que régional et international, il y a une oscillation des influences en faveur soit de la consolidation de l'unité nationale, soit de l'implosion du Liban et de sa cantonalisation. L'attaque militaire israélienne dès le 12 juillet aurait pu accentuer la fragmentation du Liban, mais elle semble jusqu'à présent avoir produit le résultat contraire : un renforcement du soutien des Libanais au Hezbollah et à l'unité libanaise. La guerre aura-t-elle réussi jusqu'à présent à souder davantage les Libanais entre eux que les tentatives de dialogue national ? A l'issue de cette nouvelle tragédie libanaise, il faudra envisager sérieusement la participation réelle au pouvoir de la communauté chiite représentée par ses diverses composantes dont le Hezbollah.
Dans une perspective historique, on peut rappeler ici les étapes constitutives du système pluriel libanais : l'entente druzo-chrétienne a fondé la coexistence au Mont-Liban jusqu'au début du XX è siècle, puis le pacte national de 1943 a scellé l'entente entre chrétiens et musulmans sunnites pour le partage du pouvoir au moment de l'indépendance du pays, en 1943 à la fin du mandat français. Assistera-t-on dans les temps à venir à un nouvel accord qui devrait intégrer à part entière la communauté chiite au destin national libanais ? Son chef politique, avec son charisme et sa modération, renforcé par son action d'hier et d'aujourd'hui, ne cesse de donner des preuves de son attachement à l'entité libanaise. Il a écarté la perspective d'instauration d'un Etat islamique au Liban même s'il reconnaît le soutien financier de l'Iran à son mouvement. De même qu'en 1943, les chrétiens avaient accepté de ne plus recourir à la protection française tandis que les musulmans sunnites renonçaient à rejoindre dans un projet unitaire les nationalistes arabes, on pourrait envisager aujourd'hui que les deux regroupements politiques majeurs au Liban atténuent leur recours aux soutiens extérieurs et s'entendent pour une nouvelle alliance nationale. Cela pose la question d'un nouveau pacte national et du désarmement politique de la milice du Hezbollah. Selon les déclarations de l'un de ses députés au parlement, Hassan Fadallah, les conditions d'acceptation de ce désarmement seraient la libération des fermes de Chebaa, la libération des prisonniers détenus par Israël et la fin des agressions israéliennes. ( voir l'Orient-Le Jour du 29 juillet 2006, " Le Hezbollah prêt à étudier toute proposition mais après la fin des agressions ").Ce serait une sortie optimale de crise pour le Liban, les autres scénarios de règlement étant irréalistes si l'on est attaché aux valeurs plurielles et à l'équilibre des forces. En contre partie d'un règlement équitable pour le Liban, Israël aura assis une meilleure sécurité sur sa frontière nord que si ce pays persiste à vouloir écraser le Hezbollah et massacrer les chiites, créant ainsi pour des générations des résistants soudés par l'extrémisme du malheur.
Sur le plan régional, l'absence de règlement de la question palestinienne permet à l'Iran chiite, après les échecs successifs des gouvernements arabes, de devenir le champion de cette cause juste, défiant ainsi tout à la fois les Arabes et les sunnites. Si le XX è siècle a été celui du nationalisme arabe sunnite et de son échec patent, le XXI è siècle s'annonce actuellement comme celui du chiisme et des Persans. Il faut noter ici que l'Empire ottoman sunnite, puis la Renaissance arabe ou Nahda et les mouvements nationalistes arabes étaient tournés vers la modernité occidentale et les systèmes politiques occidentaux. La branche chiite de l'islam a sa cohérence propre : à la persécution subie durant des siècles, les chiites ont opposé de tout temps une résistance que renforçait leur capacité à vivre et à intégrer le martyr dans leur conception du monde. Ceux-ci défendent leur propre vision du politique et de l'organisation sociale et s'y attachent avec un autre rapport au temps. L'Iran s'est saisie du flambeau de la cause palestinienne et se dresse aussi bien face aux sunnites, avec lesquels ils pourraient un jour s'entre déchirer, que face aux occidentaux, en menaçant ces dernier de vagues d'attentats meurtriers ! Il est à noter ici que le renforcement du chiisme iranien s'est doublé de la capacité de l'Iran de produire du nucléaire militaire. Ceci a fait monter la tension d'un cran supplémentaire auprès des Israéliens et des Américains, et qui se traduit depuis deux ans par des menaces et des pressions sur l'Iran, sommé de renoncer au nucléaire militaire. Ni le chantage américain et israélien à la guerre, ni les tentatives diplomatiques européennes n'ont jusqu'à présent infléchi l'Iran. Les acteurs se testent en faisant monter la pression régionale et c'est au Liban que se joue une partie de bras de fer depuis la résolution 1559 et l'assassinat de Rafic Hariri. D'une part, l'Amérique et la France ont soutenu les partisans du président assassiné et de la révolution du cèdre et pensé pouvoir utiliser le levier libanais pour entamer la détermination iranienne à travers le désarmement de la milice du Hezbollah. D'autre part, l'Iran et la Syrie ont renforcé leur soutien à ce parti et à sa milice. Une partie serrée d'influence s'est donc amorcée dès le début de l'enquête de l'ONU sur les auteurs de l'assassinat du milliardaire et homme politique libanais.
La Syrie, gouvernée depuis près de quarante ans par les Alaouites, une secte issue du chiisme, est suspectée d'abriter le terrorisme après avoir été courtisée par les Occidentaux, d'être un " Etat voyou " selon la terminologie américaine et se trouve pour le moins écartée du jeu occidental. Poussée à quitter le Liban après y avoir été installée avec l'aval des grandes puissances entre 1976 et 2004, elle trouve dans le giron iranien des appuis qui doublent ceux de l'Arabie saoudite. La possibilité de concrétisation d'un nucléaire militaire iranien alarme sur le plan régional les Israéliens qui sont jusqu'à présent les seuls à détenir le feu nucléaire., mais aussi les Américains qui ne veulent pas de contestataires de leur puissance régionale, mise à mal par les attentats du 11 septembre et par leur enlisement dans la guerre irakienne !

Sur le plan international : Après l'accession au pouvoir du président Bush, la nouvelle équipe marque , dans un premier temps, son désintérêt pour le Moyen-Orient, prenant ses distances avec la politique volontariste du président Clinton jusqu'à la dernière minute. Mais depuis le 11 septembre 2001, le Moyen-Orient est redevenu un enjeu central, comme s'il fallait ce terrible événement pour légitimer la mise en place d'une politique moyen-orientale occulte. La guerre contre le terrorisme d'abord en Afghanistan s'est doublée d'une invasion de l'Irak avec des prétextes et des mensonges qui ont été élucidés très rapidement. Le désaccord avec l'Europe et le reste du monde n'a eu aucun effet sur la politique américaine qui agit désormais d'une manière unilatérale. En raison de cet unilatéralisme, des liens particuliers et étroits avec l'État d'Israël qu'un lobby juif puissant veille à maintenir et à consolider, et de l'échec depuis 2003 de la guerre en Irak, les Américains ont probablement laissé passer l'occasion de pacifier le Moyen-Orient et de préserver ainsi dans le moyen terme et peut-être le long terme leurs intérêts géopolitiques, économiques et géostratégiques. L'échec du projet du Grand Moyen-Orient avec l'instauration de démocraties de type occidental semblent bien montrer le côté irréaliste de la politique américaine. Les néo-conservateurs ont voulu plaquer de l'extérieur des modèles politiques occidentaux sur des structures politiques et religieuses totalement différentes, celles de l'islam sunnite et chiite. L'introduction dans le jeu régional de l'Iran chiite face à la Turquie sunnite caractérise les dernières années du XX è et ce début de siècle. Les raisons à peine cachées de cette politique américaine, c'est la tentative de contrôler les sources pétrolières, de l'Asie centrale au golfe arabo-persique, et d'écarter toute prétention régionale de l'Iran, après l'échec du monde arabe à jouer un rôle régional de premier plan, avec la Turquie et Israël comme alliés traditionnels de l'Amérique. Ainsi que l'Angleterre et la France dans un passé récent et leur politique à courte vue, l'Amérique veut préserver ses intérêts à court et moyen terme. Elle colmate les situations et refuse de traiter les problèmes quant au fond, provoquant ainsi la montée des extrémismes et des fondamentalismes.
La question du nucléaire militaire iranien est venu accentuer les peurs d'Israël pour sa sécurité après les surenchères du président iranien Ahmadinejad et les craintes américaines d'un déséquilibre régional mettant en danger les intérêts géostratégiques occidentaux et le cordon pétrolier qu'ils veulent sécuriser pour garder la haute main sur les approvisionnements pétroliers de l'Europe, du Japon et de la Chine. Jusqu'à une date récente, la Russie de Poutine a gardé un profil relativement bas et n'a pas trop contesté la politique américaine, mais aujourd'hui elle semble revenir sur la scène internationale, renforcée par sa capacité gazière et pétrolière et les bénéfices qu'elle en tire pour son développement . Dans le jeu régional, l'Amérique s'appuie sur Israël, les pays arabes conservateurs sauf la Syrie et favorise un axe Le Caire/Ryad/ Amman en tentant d'attirer dans ce camp Beyrouth après la résolution 1559 de l'ONU et l'assassinat de Rafic Hariri, ce qui jusqu'à présent a divisé le pays entre les partisans de la révolution du Cèdre et ceux du Hezbollah. Les Américains ont donc décidé de combattre l'axe Téhéran/Damas/ Sud Liban qu'ils estiment dangereux pour la sécurité d'Israël ainsi que pour leurs intérêts essentiels, notamment en Irak où l'Iran joue la déstabilisation américaine et l'échec de sa politique en activant ses réseaux chiites pro-iraniens. Depuis novembre 2004, date de la résolution 1559 et ses conséquences au Liban, avec les enquêtes sur les origines de l'assassinat de Rafic Hariri et le départ des forces militaires syriennes (sans pour autant que la Syrie perde au Liban ses réseaux d'influence ), les tentatives de désarmer la milice du Hezbollah n'ont pas abouti, tout comme ont échoué les négociations de l'Union européenne avec l'Iran pour régler la question du nucléaire iranien. Aux pressions pour porter cette question aux Nations-Unies semble avoir répondu l'activation des mouvements de résistance palestinien et libanais, et il n'a fallu que les premiers prétextes pour qu'Israël bombarde Gaza et le Liban mettant en application un plan probablement préparé à l'avance en accord avec le gouvernement américain, après celui d'attaques aériennes contre des sites iraniens élaboré en 2005 et semble-t-il abandonné pour l'instant. A l'unilatéralisme américain s'ajoute semble-t-il une mauvaise connaissance des dossiers et le traitement des problèmes davantage par la force que par la diplomatie. Le monde occidental risque de se heurter à une résistance de guérilla chiite bien plus structurée et cohérente que l'action militaire des pays arabes qui a été à chaque fois anéantie. S'il ne se résout pas à traiter les problèmes par la négociation, il est à parier que l'Occident payera très cher le prix de la nouvelle domination moyen-orientale, plongeant cette région encore durablement dans la guerre et le malheur et risquant de provoquer un conflit mondial.

Le Liban est une fois de plus l'épicentre de la tourmente, le centre des affrontements des forces régionales et internationales et le lieu symbolique des formes politiques de regroupement pluriel. Veut-on une fois de plus casser ce modèle de pluralisme - qui finit par désespérer ses partisans même face à la violence des secousses pour l'invalider et aux compromissions qu'ils ont du accepter - et favoriser une cantonalisation, qui n'est autre qu'un repli sur des identités homogènes ? Israël dont l'existence depuis 1948 a bouleversé tous les équilibres du Moyen-Orient a tendance à se vouloir non seulement un État juif mais un État séparé, et son modèle est à l'opposé de celui du Liban, mais aussi de celui de nombre de pays arabes hérité de l'Empire ottoman. Depuis Ben Gourion et Moshé Dayan Israël voudrait favoriser la constitution d'États homogènes ( chrétien, druze, chiite, etc…) sans être jamais parvenu à ses fins. Il ne faut pas oublier non plus un autre fantasme israélo-américain : cantonner les Palestiniens à la Jordanie.
Contrairement à ce que l'on pouvait craindre, l'action militaire actuelle au Liban a une fois de plus montré l'attachement des Libanais à leur modèle pluri-communautaire et l'a jusqu'à présent renforcé. La France et l'Europe, avec leurs moyens, tentent de faire ce qu'ils peuvent pour soutenir ce pays dans l'adversité et le sauver de l'éclatement. Jusqu'à quel point l'Europe et notamment la France qui a des liens traditionnels avec le Liban légitimant sa préoccupation particulière et son action, ont-ils l'oreille de l'Amérique ? C'est ce que les temps à venir nous montreront.
Les Etats-Unis et Israël vont-ils enfin comprendre qu'on ne peut pas tout régler par la guerre et imposer une hégémonie qui engendre l'extrémisme politique et ne procure guère de sécurité à Israël ? La négociation s'impose avec tous les acteurs actuels du Moyen-Orient, de l'Iran au Hezbollah en passant par la Syrie. Face au monde chiite, qui a sa revanche à prendre sur l'histoire et qui se renforce du martyr qu'on lui fait subir, les Etats-Unis vont-ils tomber dans le piège de la méconnaissance des autres et de leur culture ? Vont-ils être aveuglés par leurs propres croyances religieuses - celles des fondamentalistes américains -, mauvaises conseillères en matière de rationalité politique, puisque le fondamentalisme protestant vient exacerber le fondamentalisme juif et musulman ? Si c'était le cas, ils se trouveraient confrontés à une cohérence redoutable du chiisme politique et religieux qui tire sa force de sa capacité à accepter la mort et le sacrifice et qui estime avoir le temps pour lui. Ce n'est pas le cas des pays occidentaux qui veulent faire la guerre avec " zéro mort " !
Après ceux de 1996, les nouveaux massacres d'enfants, de femmes et de populations civiles intervenus à Cana, n'ont pas réussi à arrêter la guerre au delà d' un arrêt des combats de quarante huit heures ! Est-ce vraiment cynique de constater que depuis 1914, il n'y a plus de protection réelle des populations civiles malgré les conventions internationales, celle de Genève en particulier ? Les horreurs des guerres du XX è siècle en Europe ont été telles que l'on sait maintenant à quel point les gouvernants sont insensibles aux pressions humanitaires- même s'ils protestent diplomatiquement à grands cris- quand une action militaire servant leurs intérêts est en cours. Ils ont l'art de gagner du temps et d'user ceux qu'ils veulent réduire. L'endurcissement du cœur humain, pour reprendre une expression d'Erich Fromm est à la mesure de la barbarie qu'il engendre. Nous savons aussi depuis 1914 et surtout depuis 1939 à quel point la propagande et la manipulation de l'information sont devenues monnaie courante. Il n'est donc pas étonnant d'avoir été et d'être les témoins de ces pratiques au Moyen-Orient dans la succession des guerres qui s'y sont produites depuis 1948 jusqu'à la guerre actuelle au Liban. Pour ne prendre qu'un exemple, on qualifie ceux qu'on veut diaboliser le terme de terroriste et on dédouane le terrorisme d'État quand il est flagrant.
Faut-il en arriver à ce degré d'inhumanité et d'absurde pour se rendre compte que la force et la domination poussés à l'extrême rejaillissent à un moment ou à un autre sur ceux qui les avaient aveuglement exercées ? Sommes-nous à un tournant de l'histoire où l'hyperpuissance américaine pour reprendre le terme d'Hubert Védrine sera de nouveau capable de réviser ses positions, en encourageant ses partenaires israéliens à en faire autant pour que la négociation, le droit international et la diplomatie l'emportent sur la guerre et que des solutions justes aux problèmes du Moyen-Orient interviennent enfin ? C'est peut-être utopique, mais c'est peut-être aussi la carte de la dernière chance pour l'Amérique, pour Israël si ce pays veut vraiment obtenir la sécurité et l'intégration dans la région, sans quoi un nouveau cycle de violences planera à l'horizon du Moyen-Orient du XXI è siècle, provoquant des recompositions dramatiques et des séismes économico-politiques dont aucun pays ne sortira intact.

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