Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Lorganisation française Reporters sans frontières reste étrangement silencieuse au sujet du calvaire que vit Bilal Hussein, photographe de lagence Associated Press (AP). Arrêté le 12 avril 2006 à Ramadi, Bilal Hussein est actuellement détenu à Camp Cropper, dans les environs de la capitale irakienne Bagdad, par larmée doccupation étasunienne1.
A ce jour, aucune charge na été retenue contre lui et aucun procès nest prévu en ce qui le concerne. La raison est relativement simple : les forcés armées étasunienne, qui lont arrêté pour « des raisons impératives de sécurité » sans donner plus de détails, ne disposent pas de preuves à son encontre2.
Le président de lagence AP, Tom Curley, a dénoncé une détention arbitraire : « La loi doit prévaloir. Il doit être mis en examen ou être relâché. La détention illimitée nest pas acceptable [ ]. Cela est inacceptable aux yeux de la loi irakienne, des conventions de Genève ou de toute procédure militaire3 ».
Bilal Hussein fait partie des quelques 13 000 Irakiens détenus, sans accusation formelle et sans être poursuivi devant la justice. Le major de larmée étasunienne, Jack Gardner, a tenté de justifier lincarcération du photographe : « Il a des rapports très étroits avec des personnes responsables [ ] dattaques contre les forces de la coalition ». En réalité, les Etats-Unis reprochent à Bilal Hussein son indépendance et sa liberté de mouvement, alors que les photographes occidentaux ne travaillent que sous les ordres des troupes doccupation4.
Il sest surtout fait remarquer par ses photos de la rébellion irakienne, dont plusieurs lui ont valu le prix Pulitzer, qui mettent à mal la propagande de la Maison-Blanche sur la pacification du pays. La rédactrice en chef dAP, Kathleen Carroll a été claire à ce sujet : « Nous avons passé en revue toutes ses photos. Nous avons parlé à tous ceux qui ont travaillé avec lui. Et nous navons rien trouvé dautre quun travail de journaliste, effectué dans des conditions très dangereuses. Quant aux photos dinsurgés, elles ne sont pas majoritaires. Et cest notre travail de montrer les deux côtés du conflit5 ».
Cest également lavis de lavocat Badie Arief Izzat qui est convaincu que son client a été ciblé par les forces de la coalition à cause de ses photos prises à Ramadi et Falloujah. Après avoir approché en vain les autorités étasuniennes, les dirigeants dAP ont décidé dattirer lattention de lopinion publique sur ce cas et, par la même occasion, sur les milliers dautres prisonniers retenus sans preuves ni accusation6.
Les véritables raisons de larrestation de Bilal Hussein sont autres. En réalité, la vaste majorité de ses 420 photos publiées montrent les massacres commis par larmée étasunienne sur la population civile, des personnes mutilées et des maisons détruites. Il était devenu la cible des néo-conservateurs étasuniens sur Internet, qui critiquaient ses clichés7.
Mais le cas de Bilal Hussein nest que la pointe émergée de liceberg. En effet, selon lavocat new-yorkais dAP, Scott Horton, plusieurs centaines de journalistes en Irak ont été arrêtés et détenus pendant plusieurs semaines et parfois même un an. Cest le cas du caméraman de la chaîne de télévision étasunienne CBS, Abdul Ameer Younis Hussein, qui a été arrêté, accusé dêtre membre de la rébellion et séquestré pendant près dun an avant dêtre envoyé devant un tribunal irakien qui la acquitté par manque de preuves8.
Ce nest pas la première fois que Reporters sans frontières « oublie » les journalistes arrêtés par les troupes doccupation étasuniennes. Cela avait déjà été le cas pour le caméraman soudanais Sami Al-Haj torturé à Guantanamo. Beaucoup de critiques ont été émises quant à lindépendance et limpartialité de RSF, qui est financé par le Congrès étasunien, et dont les rapports sur certains pays ont curieusement un lien avec lagenda politique de ladministration Bush9.
Mais comment RSF peut être objective et impartiale lorsquelle cite parmi « les organisations nationales et internationales de la liberté dexpression [et] les sites partenaires de Reporters sans frontières » le site Internet du Département dEtat étasunien et celui de la Section des intérêts nord-américains à Cuba10 ?
Salim Lamrani est chercheur français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis depuis 1959. Auteur de Cuba face à lEmpire (Genève : Editions Timeli, 2006), 2ème édition ; et de (sous la direction de ), Washington contre Cuba (Pantin : Le Temps des Cerises, 2005), Fidel Castro, Cuba et les États-Unis (Le Temps des Cerises, 2006). <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>
Notes
1
Claire Guillot, « En Irak, photographier la rébellion conduit dans les camps américains », Le Monde, 24 septembre 2006.2
Robert Tanner, « U.S. Holds AP Photographer in Iraq 5 months », Associated Press, 17 septembre 2006.3
Ibid.4
Ibid.5
Claire Guillot, op.cit.6
Robert Tanner, op.cit.7
Ibid.8
Ibid.9
Salim Lamrani, « Reporters sans frontières et ses contradictions », Réseau Voltaire, 27 septembre 2006. http://www.voltairenet.org/article143601.html (site consulté le 29 septembre 2006).10
Reporters sans frontières, « Les organisations nationales et internationales de défenses de la liberté dexpression, les sites partenaires de Reporters sans frontières ». http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=606 (site consulté le 26 septembre 2006).