Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
La question
Un siècle pour effacer complètement les traces dune guerre de la mémoire sensible dune nation... En ce qui concerne lAlgérie, en aurons-nous encore pour 50 ans ? Après un conflit colonial dune telle ampleur, les actes insensés dhommes puissants et sans scrupules contribuent encore aujourdhui à donner aux cent ans hasardés à linstant un incontestable accent réaliste.
La France pense-t-elle, à linstar du quai dOrsay, que nous nous sommes mis les Arabes dans la poche ? Sacheter officiellement une bonne conduite, se promener main dans la main aux Portes du Désert avec les dictateurs maghrébins du jour, les traîner ensuite sur les Champs-Elysées, les présenter comme des démocrates accomplis, récolter dans la presse française une moisson danalyses optimistes sur notre place dans le monde arabe ; voilà qui a son petit effet sur lopinion publique déjà très au fait des agissements de ces Messieurs dans le pré carré africain [1].
Deux journalistes enlevés en Irak. Depuis le début de cette guerre, rien daussi alléchant ne leur était tombé dans lescarcelle. Moment idéal pour à nouveau tout mélanger... Les professionnels de linformation, fidèles au poste, ne sont pas en reste ; marchands de canons, rebaptisés groupe médiatiques, ils ont les yeux rivés sur lhorizon des 15 pour cent annuels daugmentation du profit. Leurs nouveaux prophètes lancent alors que couper la téte à dinnocents français est un acte de barbarie. Oui, sans doute mais avons-nous bien regardé dans le fond de la marmite médiatique ? Lhomme de la rue qui a lhabitude dy tremper le bout de sa cuiller sindigne ; comment peut-on assassiner les protecteurs du monde arabe ? Quelle ingratitude ! Et nos hommes politiques, tous bords confondus, dacquiescer dans un soupir, les mains levées au ciel. Même si la tête de ces deux journalistes ne roulent pas dans losier -le chauffeur, vous parlez !, le business médiatique et politique a été rondement mené.
Mauvaise période alors pour ouvrir le livre de Henri Alleg (éditions de Minuit) : « la Question ». Pour tout dire, la préface ne présage rien de bon. Les nouveaux chiens de garde, pour un peu la trouveraient démoralisante et défaitiste, voire même criminelle, anti française et anti démocratique ! Alleg, un français, directeur dAlger Républicain, -interdit en septembre 1955- se voit obligé de passer dans la clandestinité douze mois plus tard. Il est arrêté le 12 juin 1957 par les parachutistes français... Il restera entre leurs mains pendant un mois (cest le récit de cette détention quil fait dans ce livre). Comme lui, des centaines, des milliers de civils sont arrêtés à leur domicile, dans la rue ou sur leur lieu de travail. Aucune charge contre eux na été retenue ; on les interne dans des camps (Berrouaghia, Bossuet, Paul-Cazelle, etc.) sur simple décision administrative... « ...entassés quinze ou vingt dans des pièces [...] où ils dormainent à même le ciment. Ils étaient consatamment dans lobscurité, des jours, des semaines durant -quelque fois plus de deux mois ». Là, sans avocats et sans droits, ils cessent dêtre des humains ; et après bien des traitements barbares, la majorité dentre eux disparaît. Les tortionnaires, les bourreaux sont désignés de longues dates. Pourtant, ils continuent de servir leur pays en toute impunité. Quant aux survivants des geôles, ils se heurtent à des instructions judiciaires qui nient les faits... Alleg est du nombre.
Lexergue du premier chapitre : « En attaquant les Français corrompus, cest la France que je défends », ne laisse aucun doute sur ce qui va suivre. Nous aurons affaire à un témoignage qui se veut sans haine ; digne. Et cest en effet ce que nous trouvons. « je noserais plus parler encore de ces journées et de ces nuits de supplices si je ne savais que cela peut-être utile »... Ces préambules terminés, nous plongeons sans transition dans lhorreur. A peine arrivé, Alleg voit des « prisonniers jetés à coup de matraque dun étage à lautre et qui, hébétés par la torture et les coups, ne savent plus que murmurer en arabe les premières paroles dune ancienne prière ». Des nuits entières pendant trente jours, il entendra hurler des hommes que lon torture. Des femmes aussi sont amenées et enfermées dans lautre aile du bâtiment : Djamila Bouhired, Elyette Loup, Nassima Hablal, Melika Khene, Lucie Coscas, Colette Grégoire et dautres encore, subiront le martyre.
Cest lestomac noué que lon assiste aux préparatifs de linterrogatoire. Ce que la scène renferme de choquant est la simplicité avec laquelle la victime doit se prêter au jeu. Alleg se déshabille seul, sallonge seul, nu sur une planche noire, « souillée et gluante de vomissures ». On lattache, on lui parle presque courtoisement : « ça va faire mal si vous ne parlez pas ». On retrouve cette sensation dirréel dans le film de Pontecorvo, « La bataille dAlger », quand une trentaine de paras silencieux assistent à la torture dun civil, interrogé au chalumeau...
Et puis, une barbarie sans nom commence. Une violence inouie ! Un sadisme qui crève lâme ! Le supplice dAlleg rempli des pages et des pages que lon passe, haletant ! Un para prend le relais de lautre. On lasperge deau. On lui branche la pince tantôt sur le sexe, tantôt sur loreille, on lui plonge les fils denudés dans la gorge. Le courant soude sa mâchoire. Un martyre dune horreur indescriptible ! Alleg tient bon. Les paras furieux lui disent : « Tu lauras voulu ; on va te livrer aux fauves ». Le fauve, cest la grosse Gégène. « je sentis une différence de qualité. Au lieu de morsures aiguës et rapides qui semblaient me déchirer le corps, cétait maintenant une douleur plus large qui senfonçait profondément dans tous mes muscles et les tordait plus longuement ». Il ne parle toujours pas. Les paras changent de tactique ; un linge sur la tête, on lui applique le supplice du robinet ; il défaille mais reste muet... Enfin on le laisse tranquille. Cette première séance aura duré 12 heures. On le jette sur une paillasse couverte de fils barbelé. Quelques heures après, arraché à son sommeil et on le rebranche brutalement aux électrodes...
Pas moyen de le faire parler. Les paras nen reviennent pas. Il leur inspire même une certaine admiration... Un dur. En métropole, pendant ce temps, on parle de lui, lopinion publique est alertée. Les autorités françaises en Algérie sinquiètent un peu de ce remue-ménage. Les séances de torture ne cessent pas pour autant... De son côté, Alleg ne dénonce aucun de ses amis ; les tortionnaires varient alors les sévices ; leau, lasphixie, les brûlures, les passages à tabac, les simulacres dexécution, lintimidation : « Ils avaient torturé Mme Touri (la femme dun acteur bien connu de radio Alger) devant son mari, pour quil parle ». Il est terrorisé à lidée de voir un jour apparaître sa femme... Il vacille. « Et brusquement, jentendis des cris terribles. Tout près, sans doute dans la pièce den face. Quelquun quon torturait. Une femme. Je crus reconnaître la voix de Gilberte ». Mais il se trompe ; sa femme est en métropole. Il tient bon. Et puis, après des jours et des jours de tourment, il ne sent plus rien : « ils pouvaient peut-être marracher les ongles ; je métonnai aussitôt de ne pas en ressentir plus de frayeur et je me rassurai presque à lidée que les mains navaient que dix ongles ». Son corps, ses muscles, son âme ne répondent plus ; les coups, lélectricité sont inefficaces ; les paras sont impuissants... Dans un suprême effort, ils essayent alors le pinthotal. Scène à ne pas rater ! Des médecins font la besogne ! Pas plus de résultat. La rumeur de lexécution rôde autour de lui. « Il ne vous reste plus quà vous suicider », lui dit laide de camps du général Massu, le lieutenant Mazza ; envoyé comme ultime espoir... La métropole sagitait. Le prisonnier devenait encombrant, les paras impuissants.
La maigre excuse que peuvent encore aujourdhui utiliser les défenseurs à outrance de la raison détat est que ces horreurs furent perpétrées par quelques centaines dhommes tout au plus ; quil est insensé de juger une nation toute entière pour des exactions vieilles de 50 ans, etc. On retrouvera pourtant certains de ces hommes et de ces « groupes dintérêts » dans toute lhistoire de la cinquième république [2] Les secteurs les plus extrémistes de larmée, des services secrets et des réseaux foccartiens les ont utilisés et les utilisent encore pour leur basses besognes en Afrique francophone. Lire le livre de Henri Alleg aujourdhui nest en aucun cas un exervice de dépoussiérage du passé colonial. Il est hélas dune actualité brûlante ! Au-delà des tortures et des massacres perpétrés par la France depuis la fin de la seconde guerre mondiale en Afrique, il faut considérer ce livre comme une pièce dun puzzle monstrueux. Celui du néo-colonialisme mis en place par De Gaulle et perprétré par ses successeurs jusquà aujourdhui. Il est dailleurs recommandé de lire en parallèle des ouvrages qui vont dans le même sens ; tels que le très courageux témoignage de la juge Eva Joly sur le cas Elf [3], Francois-Xavier Verschave et sa Françafrique qui nhésite pas à parler du plus long scandale de la république...
Notes
[1] Voir le livre de François-Xavier Verschave, « La Françafrique ». Ed. Stock 1999
[2] Le colonel Roger Faulques, par exemple, un des tortionnaires de Henri Alleg, sest rendu célèbre par ses interrogatoires à la villa Susini pendant la Guerre dAlgérie. On le retrouve ensuite dans tous les coups fourrés de la France en Afrique ; officier du 11e Choc (le service daction du SDECE), il a commandé les « affreux » du Congo, constitué lossature de la gendarmerie katangaise et dirigea les opérations sécessionnistes katangaises contre les forces de lONU.
[3] « Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? ». Ed. Les Arènes. 2003