Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Le Monde avocat de laffairisme US
|
Patrick Lemaire
juin 2004 Première publication le dimanche 20 avril 2003 |
" Ladministration Bush confie à la firme Bechtel les principaux chantiers de reconstruction ", titre Le Monde (daté 20-21 avril 2003) en tête de la page 4.
Le sous-titre précise que " les liens entre lentreprise américaine et les républicains sont anciens et étroits. Sur les 2,5 milliards de dollars de crédits votés par le Congrès, Bechtel sadjuge 680 millions. "
Au vu de cette titraille, on pourrait escompter que larticle commence par présenter lensemble des informations relatives à cette décision de " ladministration Bush ", et aux " liens entre lentreprise américaine et les républicains " au pouvoir à Washington.
Mais non : négligeant les faits au profit du commentaire, Le Monde expose demblée une argumentation digne des porte-parole de Bechtel et de ladministration Bush :
" La société Bechtel, première entreprise américaine de travaux publics, a obtenu le plus gros contrat de reconstruction en Irak. Létonnant aurait été quelle fût écartée en faveur dune de ses trois concurrentes, car cela aurait voulu dire quelle était pénalisée pour ses bonnes relations avec les républicains. "
Bechtel est la " première entreprise américaine de travaux publics ", Bechtel a des liens "anciens et étroits " avec les républicains, au pouvoir à Washington. Et Bechtel a décroché le premier marché - considérable - de la " reconstruction " de lIrak. Voilà des faits qui sont présentés en dehors de toute causalité et sans lien entre eux. Si Bechtel avait été " écartée ", cela aurait été une injustice !
Sil y a un marché de la " reconstruction ", cest que lIrak a besoin dêtre "reconstruit ". A la suite de quoi ? Dune guerre décidée par ceux que Bechtel a aidés à conquérir la Maison Blanche. Pour Le Monde, que " la première entreprise américaine de travaux publics " ait eu un intérêt sonnant et trébuchant à la guerre en Irak, et que cette guerre ait été décidée par ses obligés, relèvent sans doute de la coïncidence...
" Déjà, sur les cinq entreprises invitées à concourir, lune dentre elles, filiale de Halliburton, la firme dingénierie pétrolière dirigée par Richard Cheney avant quil ne devienne vice-président des Etats-Unis, avait préféré, pour cette raison, ne pas soumettre de devis. "
Ce qui montre léthique des dirigeants étatsuniens, pourrait-on opiner. Mais, dans ce cas, pourquoi navoir pas mis en uvre la même approche pour Bechtel, puisque que sont établis ses liens " anciens et étroits " avec les républicains ? La réponse est évidente :
" Si Bechtel avait pâti, à son tour, dêtre trop bien "connectée", çaurait été le monde à lenvers. "
Chacun à sa place : Bechtel est " la première entreprise américaine de travaux publics " : léquité [1] exige que le mieux loti récupère le premier et plus gros fromage !
Mais, en réalité, la contradiction entre les faveurs consenties à Bechtel et la " renonciation " de la filiale de Halliburton nest quapparente. Tout simplement parce quHalliburton avait déjà bénéficié des marchés de la " reconstruction ", ce que Le Monde se garde bien dindiquer.
En effet, après lecture de la première version de cet article, un correspondant dAcrimed nous a signalé quelques informations, publiques mais passées quasiment inaperçues dans le tintamarre médiatique de la guerre étatsunienne en Irak.
Lattribution des contrats de la " reconstruction " na pas commencé au lendemain de la victoire militaire de la coalition étatsuno-britannique, mais dès avant le déclenchement de la guerre. Début mars, on apprenait notamment par une dépêche Reuters quHalliburton a obtenu le marché de la surveillance et de la réparation des puits de petrole irakiens... cest-à-dire avant même quils aient été endommagés !
Dans son édition du 24 avril, LExpress indique : " La bataille pour la reconstruction de lIrak a commencé le 17 mars. Trois jours avant le début des frappes aériennes, le Wall Street Journal révèle quune poignée dentreprises américaines ont été sélectionnées par lagence américaine daide au développement international (USAID), pour quelque 900 millions de dollars de travaux. Parmi les privilégiés figurent des grands groupes dingénierie - Bechtel (qui remporte, de loin, le plus gros contrat), Parsons, Louis Berger, Fluor et Halliburton. Deux représentants démocrates au Congrès, Henry Waxman et John Dingell, ont demandé, par écrit, des éclaircissements à la Cour des comptes sur ces choix discrétionnaires, sinterrogeant notamment sur le « traitement de faveur » de Halliburton, leader mondial des services pétroliers, dirigé de 1995 à 2000 par lactuel vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney. "
Quen conclure ? Les 20-21 avril, le correspondant du Monde outre-Atlantique, dans un article sur la " reconstruction " de lIrak, souligne quHalliburton a sagement renoncé à un marché important mi-avril, parce que son ancien patron est le vice-président des Etats-Unis. Mais " omet " opportunément dindiquer quHalliburton a été lun des premiers servis, dès avant la guerre, dans lattribution des marchés. Dès lors, larticle du Monde sen trouve réduit à un " leurre " parmi dautres dans la guerre de la communication de ladministration Bush.
Une fois muni de ces informations dont est privé le lecteur du Monde, on comprend mieux que le dossier des marchés de la " reconstruction " ait eu besoin dune deuxième ligne de défense, que développe docilement ce même article du Monde :
" Dans la démocratie américaine, les passerelles entre les entreprises et le pouvoir politique sont nombreuses et aucunement secrètes. "
Après la dissimulation de linfo, le cynisme. La collusion entre les puissances financières et les politiques sont un élément, " aucunement secret ", de la " démocratie américaine ". Dès lors, circulez, y a rien à voir. Le Monde ne va pas pousser laudace jusquà sinterroger sur la légitimité de ces pratiques : cest la " démocratie américaine ".
Après ce préambule éditorialisant qui ne laisse pas de doute sur les options du Monde quant au fonctionnement de cette drôle de " démocratie ", le lecteur a enfin droit à quelques précisions factuelles :
"Parmi les administrateurs de Bechtel figure George Schultz, qui a présidé cette société avant de devenir secrétaire dEtat de Ronald Reagan. Le président actuel, Riley Bechtel, a été nommé par George W. Bush membre du Conseil de lexportation, un organisme consultatif auprès de la Maison Blanche. Jack Sheehan, général à la retraite et vice-président de la compagnie, siège au Defence Policy Board, une commission du Pentagone que présidait Richard Perle avant quil ne quitte ses fonctions en raison des critiques que lui ont values ses activités de conseil auprès dentreprises du secteur de la défense. "
Tout cela est normal - et " aucunement secret " - : cest la " démocratie américaine "...
(Actualisation de décembre 2003)
Des " responsables américains de la Défense " ont déclaré le 11 décembre que, selon un audit mené par le Pentagone, Halliburton " aurait surfacturé de plus de 120 millions de dollars des contrats passés avec le gouvernement américain en Irak " (voir par exemple une dépêche Reuters du 12/12/03). Ce qui a contraint le président George Bush lui-même à assurer : " Sil y a surfacturation comme nous le pensons, nous comptons que cet argent soit remboursé " (Reuters, 12/12/03).
Le 12 décembre, Le Monde (édition datée du 13/12/03) rend compte des découvertes du Pentagone, discrètement, au troisième paragraphe (sur 6) [2] dun article, signé "(Reuters, AFP)" (ce qui sous-entend que le journal se contente de reprendre des dépêches dagences), consacré à la mise à lécart de certains pays des contrats de reconstruction [3] (" Irak : lattribution des contrats embarrasse George Bush ").
Et, le 16 décembre (édition datée 17/12/03), Le Monde consacre enfin un article entier (titré " Halliburton a gonflé ses factures de 120 millions de dollars ") aux agissements de la firme, toujours sous la signature "(AFP et Reuters)".
Dès le premier paragraphe, on peut lire que Dick Cheney, ancien dirigeant dHalliburton " est sur la sellette depuis quHalliburton sest vu attribuer plus de 2,2 milliards de dollars (1,78 milliard deuros) de contrats en Irak ".
Le lecteur du Monde peut légitimement être étonné dapprendre que Cheney était sur la sellette puisque, en avril (voir plus haut), le journal, " oubliant " les contrats attribués avant même le déclenchement de la guerre, soulignait quune " filiale de Halliburton, la firme dingénierie pétrolière dirigée par Richard Cheney avant quil ne devienne vice-président des Etats-Unis, avait préféré, pour cette raison, ne pas soumettre de devis " pour lun des marchés de la reconstruction...
(Actualisation de juin 2004)
Le Monde daté du 17 juin 2004 indique que " Lenquête sur Halliburton sapproche de M. Cheney ".
" Le directeur de cabinet du vice-président américain Dick Cheney, Lewis Libby, et dautres membres de ladministration seraient impliqués dans lattribution à la société Halliburton, à la fin de lannée 2002, dune étude préliminaire secrète sur la remise en état des infrastructures pétrolières irakiennes. "
Ce récent développement est dautant plus intéressant quen dépit des informations aisément disponibles, Le Monde avait jusqualors, obstinément, fait limpasse sur les contrats passés avant le déclenchement du conflit...
[1] Concept cher à Alain Minc, le président du Conseil de surveillance du Monde.
[2] " Le ministère américain de la défense a, dautre part, rendu publiques, jeudi, les conclusions dune enquête montrant que la société Halliburton, à travers sa filiale KBR, vend de lessence aux forces des Etats-Unis en Irak à un prix très supérieur à ceux que pratiquent des entreprises irakiennes qui, elles aussi, achètent leur carburant au Koweït. Lenquête montre que KBR facture jusquà 2,65 dollars le gallon un carburant vendu deux fois moins cher par les importateurs irakiens. "
[3] Le 9 décembre, Washington avait rendu publique sa décision dexclure les pays qui sétaient opposés à loffensive américaine en Irak, des contrats de reconstruction de ce pays, " à lexception de la sous-traitance ". Dans une note communiquée le 9 décembre, le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz, invoquant des raisons de sécurité nationale, " faisait savoir quil limitait la concurrence pour 26 contrats de reconstruction, dune valeur totale de 18,6 milliards de dollars, pour lesquels un appel doffres (devait être) lancé dans les jours à venir " (Reuters, 10/12/03)