Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Les dégâts du veto américain
Depuis de nombreuses années, nous défendons ici une idée qui nest pas très originale, quoique tout de même contestée par certains : le conflit israélo-palestinien nest pas un conflit régional comme un autre.
Son importance ne se mesure ni à la surface des territoires disputés, ni au poids socio-économique de ses protagonistes, ni même au nombre de ses victimes.
Il est pour nous autres, Français, ou Européens, ou Occidentaux, un conflit central qui empoisonne nos sociétés. Et cest peu dire quil représente pour le monde arabo-musulman une sorte de butte-témoin des relations avec lOccident. Si nos médias le couvrent et peut-être le surcouvrent, chacun avec sa sensibilité, il ny a donc rien danormal. Tout événement qui se passe du côté de Jérusalem, de Ramallah ou de Gaza, de Tel-Aviv ou même de Beyrouth détermine un peu de lhumeur du monde.
Cest ainsi que, une fois de plus, les images du carnage de Beit Hanoun ont bouleversé lopinion sous toutes les latitudes. Dix-neuf morts dans ce village du nord de la bande de Gaza, anéantis par des missiles israéliens. Toute une famille décimée... Cest à hurler.
Comme cest à hurler quand une bombe humaine frappe des civils israéliens, dans un bus ou dans un restaurant. À cette différence près que cest dun côté un État moderne, usant des armes les plus sophistiquées, qui frappe avec une froide détermination ; et de lautre, des individus ou des groupes portés par la rage et le désespoir. Dun côté, cest la raison dÉtat, et dun État qui ne veut pas, au fond, céder un pouce de son projet colonial ; et de lautre, cest la déraison qui résulte dun sentiment dimpuissance.
Mais aux images insoutenables de Beit Hanoun sest ajouté un fait politique qui en aggrave la signification. Il sagit bien sûr du veto américain opposé dimanche au Conseil de sécurité de lONU à une résolution arabe condamnant le massacre (et les roquettes palestiniennes tirées sur Sderot).
Dans son injustice narquoise, ce veto est moralement aussi épouvantable que le massacre lui-même. Il fait une fois de plus lapologie du non-droit absolu.
Quand on sait que ce conflit se mène en permanence sous les yeux du monde entier, et que beaucoup y forgent leur morale, on mesure les dégâts que peut provoquer un tel acte politique. Le désespoir est venu de New York, où siège lONU.
Lespoir vient donc dailleurs. Il vient dabord de la relance de la négociation inter-palestinienne visant à constituer un gouvernement dunion nationale, mêlant représentants du Hamas, du Fatah et personnalités de la société civile. On se souvient que cette négociation était sur le point daboutir au mois de juin dernier quand lenlèvement dun soldat israélien et la violente répression qui sensuivit bloquèrent le processus.
Reste à savoir si Israël accepterait de discuter avec un tel gouvernement, ou si dautres arguties seraient avancées pour rejeter une fois de plus la possibilité dun dialogue.
Parallèlement, lespoir vient aussi de la Ligue arabe. Ce qui est plutôt rare si lon considère leffacement historique des capitales arabes dans ce conflit. Pour une fois, une proposition a jailli dune réunion convoquée en urgence dimanche au Caire. Les pays de la Ligue sont convenus de verser des fonds à destination de lAutorité palestinienne et de tenter ainsi de briser le blocus économique imposé par Israël.
Les mêmes ont envisagé de relancer linitiative saoudienne de 2002 : une normalisation totale et définitive des relations entre le monde arabe et Israël en échange dun retrait des territoires occupés depuis 1967. Il y a quatre ans, Israël avait balayé dun revers de main cette offre de paix globale. Le ministre saoudien des Affaires étrangères a cette fois suggéré que ce plan soit discuté au cours dune conférence internationale à laquelle participeraient Israéliens et Palestiniens. Mettant ainsi chacun face à ses responsabilités. Le Hamas compris.
Vu dici, on peut seulement sautoriser cette interrogation : nest-il pas paradoxal que loffre de paix vienne du régime féodal de Ryad, et non de lune ou de plusieurs grandes capitales occidentales ?
Les choses bougent un peu aussi à Washington. La cuisante défaite de Bush aux élections au Congrès, le 7 novembre, et la crise irakienne commencent à rendre audibles dautres voix. Depuis un certain temps déjà, le vieux James Baker, ancien patron de la diplomatie américaine sous George Bush père, et promoteur en 1991 de la conférence de Madrid, milite en faveur dun dialogue avec lIran et la Syrie. Ce serait évidemment la fin de « laxe du Mal », cher au fiston Bush.
Encore faudrait-il pour cela que le dialogue soit ouvert sans conditions. Il faudrait aussi que la centralité du conflit israélo-palestinien soit reconnue. Baker veut bien discuter avec le président iranien Ahmadinejad, mais pas avec le Hamas. Ce qui au fond nest guère étonnant. Reconnaître la direction palestinienne pour ce quelle est, cest commencer à envisager une solution à ce conflit. Et cest prendre le risque dêtre rapidement en porte à faux avec Israël. Ce qui reste impensable aujourdhui encore chez les Démocrates comme chez les Républicains.