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Les jours du latifundium sont comptés
EVO Morales tient ses promesses, lune après lautre, depuis ce mois de décembre de lan dernier où il a conquis le siège de lexécutif du Palais Quemado, après avoir recueilli 53,7% des suffrages, ceci malgré des pronostics peu favorables. Ce 28 novembre, il vient de porter un nouveau coup au néo-libéralisme et aux intérêts qui se sont enrichis dans son ombre : malgré lopposition de la droite, la réforme de la Loi agraire a été approuvée, et les jours du latifundium sont désormais comptés.
En moins dun an, accompagné par son parti, le Mouvement au socialisme (MAS) et le gigantesque mouvement indigène et populaire sur lequel se base son gouvernement, il a renationalisé les hydrocarbures, il a remporté la majorité des sièges à lAssemblée constituante et, il y a à peine quelques semaines, il a pris le risque dexiger des transnationales, pratiquement propriétaires des richesses énergétiques du pays, quelles signent de nouveaux contrats en vertu desquels lEtat bolivien assume la commercialisation, la définition des conditions dexportation, lindustrialisation et fixe les prix du gaz et du brut pour réinvestir les bénéfices dans des programmes sociaux.
On avait du mal à croire quun gouvernement populaire puisse mettre fin à la prétendue «capitalisation» à laquelle avait procédé Sanchez de Lozada sans mettre en danger les investissements étrangers et provoquer le retrait des entreprises étrangères auxquelles tout le patrimoine énergétique de la nation avait été cédé en vertu de lapplication du modèle néo-libéral imposé par Washington dans toute la région.
Cette fois, de sérieux affrontements eurent lieu dans les journées qui ont précédé la signature de la réforme de la Loi agraire: lopposition de droite, représentant les intérêts des propriétaires terriens et de loligarchie, a boycotté la discussion au Sénat et abandonné les lieux dans lintention dempêcher lapprobation du texte qui était déjà passé à la Chambre basse.
Le président Evo avait accusé les sénateurs des partis Pouvoir démocratique et social (PODEMOS), de lex-président Jorge Quiroga, et Unité nationale (UN) d« attenter contre la démocratie» en privant linstance législative du quorum nécessaire pour lapprobation de la Loi sur la reconduction communautaire de la Réforme agraire. Il les avait avertis «Le peuple et le monde vous jugeront.»
Entre temps, depuis le 31 octobre, des milliers dindigènes avaient entrepris une longue marche de colonnes silencieuses qui convergeaient vers la capitale, venant des terres basses du Beni, des hauteurs dOruro, de Pando, de Potosi, des hauts plateaux, de Santa Cruz et dailleurs.
Bon nombre dentre eux, informe lAgence bolivienne de nouvelles, ont réussi à pénétrer au Palais du gouvernement tandis que dautres, depuis la place Murillo, ont suivi la réouverture des débats jusquau moment où aux 12 législateurs du MAS se joignirent, en un geste tout à fait inédit, deux autres de PODEMOS et un de UN. Cest ainsi que seffondra la résistance de la droite, pour le bien des paysans et de tout le pays.
Lexplosion de joie fut spectaculaire lorsquaprès avoir signé la nouvelle loi approuvée par le Sénat, le président Morales a annoncé qu « à partir de lapprobation de cette loi, le latifundium est mort en Bolivie»
Il a précisé que la réforme agraire ne consistera pas seulement à remettre des terres aux paysans mais aussi à leur fournir du matériel comme des tracteurs et dautres machines agricoles et aussi des marchés.
Le président a fait une remarque: «Nos marches nont jamais été vaines. Il y a eu la marche pour les hydrocarbures et maintenant la marche pour la terre. Nous aurons sans doute besoin dautres marches pour continuer davancer et ouvrir la voie à lélimination définitive du néo-libéralisme dans le pays.»
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Les gouvernements précédents de la Bolivie en ont fait un des pays les plus pauvres dAmérique latine, où linjustice était encore plus flagrante quailleurs. Doù la portée de cette nouvelle loi qui met fin au latifundium constitué de terres improductives, objets de spéculation, en offrant la possibilité de distribuer les terres à ceux qui la travaillent.
Une étude menée par la Commission spéciale des affaires indigènes et des peuples autochtones a révélé que 91% des terres cultivables du pays étaient aux mains de grands propriétaires qui, en même temps, appartenaient aux partis politiques traditionnels, ou se faisaient élire sénateurs, à moins quils naient été de hauts fonctionnaires des gouvernements passés ou des patrons des médias.
Ces latifundistes qui représentent 5% de la population possédaient 89% des terres ; les propriétaires dexploitations moyennes, 15% du total, disposaient de 8% des surfaces cultivables alors que le reste des producteurs, soit 80%, nen détenait que 3%.
Ce net pas un hasard si à Santa Cruz et à Beni, des départements où se concentrent dimportants secteurs opposés au changement, 14 familles sont propriétaires absolues de 3 millions dhectares. Parmi elles figure le sénateur Walter Guiteras, un des détracteurs les plus acharnés du gouvernement dEvo Morales.
Au coup porté au latifundium suivra la nationalisation des mines, en 2007. Cette même année, la nouvelle Constitution sera achevée et soumise à un référendum. Son approbation ouvrira la voie à la refondation de la Bolivie.
En une seule année dexercice, le gouvernement dEvo Morales a avancé à pas de géant. Les obstacles ne manqueront sans doute pas, mais il est certain que le peuple bolivien a démontré quil est prêt à prendre en mains son destin qui nest pas précisément celui auquel il se voyait jusque là condamné.