Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Les vieux objecteurs de Manchester
Manchester, Angleterre, dimanche, un peu après midi. Je sors dun cybercafé et je me mets en quête dun endroit où manger quelque chose. Le Liverpool a gagné la Coupe dAngleterre de façon rocambolesque, les journaux parlent de deux autres soldats anglais morts en Irak. Il fait froid, après deux jours dun soleil insolite. Sur une placette derrière la cathédrale, je suis attiré par les voix dune chorale. Inévitablement, je mapproche. La seule parole que je distingue cest "freedom", liberté. Une quarantaine de personnes en cercle, pour la plupart avec des cheveux blancs ; certains sont visiblement trop vieux pour rester debout et on leur a amené des chaises. Ils sont peu nombreux, au milieu de la grande place vide, mais il émane deux cette tranquille dignité, très protestante, de celui qui na pas besoin dappartenir à une grande multitude pour affirmer son message moral.
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Ils me rappellent, et peut-être sont-ils, ces survivants dune vieille gauche qui, ici comme aux Etats-Unis, continuent à se rencontrer pour rappeler et réaffirmer leurs antiques causes. Derrière eux, une pancarte sur un chevalet : « Pour tous ceux qui ont affirmé et affirment le droit de refuser de tuer ». Cest la journée internationale de lobjection de conscience et moi, comme presque tout le monde, je ne men souvenais pas. Mais eux oui.
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Une statue de pierre noire<o:p></o:p>
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Derrière eux, sur trois gradins de piédestal, une statue de pierre noire, une femme entourée de pigeons, ou peut-être de colombes. Certaines sont dans son giron, dautres picorent sur les marches où est déployé un drapeau arc en ciel, qui sait sil vient dItalie, avec linscription « peace ». Il passe peu de gens, ils ralentissent, intéressés et respectueux, et continuent. Un petit groupe de fillettes sarrête, en habits du dimanche et des ballons à la main, peut-être allant à un anniversaire ; une femme du groupe sarrête pour parler avec eux, donne un tract à la dame qui les accompagne ; elles restent quelques minutes et continuent ensuite vers leur fête. Le seul qui sarrête jusquà la fin, cest moi peut-être aussi parce que je ne vais nulle part ailleurs.
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Tous les participants de la cérémonie, en cercle, ont un illet blanc à la main. Quand ils men donnent un à moi aussi, je maperçois que sur chaque tige est attachée une petite bande avec un nom. Le mien sappelle Valentin Gulai.
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Malcolm Pittock, prend la parole, fluet, chauve, vêtements comme un bleu de travail. « Désormais il reste peu de ceux qui ont fait objection de conscience pendant la guerre », dit-il en regardant ceux qui sont les plus âgés autour de lui. « Il reste surtout nous, qui lavons faite dans laprès-guerre ». Lui a objecté en 1949 ; on lui a proposé plusieurs services alternatifs, les forêts ou autre chose ; « mais moi je voulais affirmer un principe, et faire le service alternatif aurait été une reconnaissance de leur droit à me dire ce que je devais faire. Moi je voulais affirmer un principe élémentaire quon mavait toujours enseigné : que tuer est une chose mauvaise ». Le procès traîne pendant des années, il finit en prison en 1954. « Comment jai fait pour lexpliquer à ma mère ? Je lui ai dit, notre voisine est étrangère : ça tirait quon me recrute pour aller tuer le fils de ta voisine ? ». Malcolm, cependant, a aussi une tradition familiale qui, suivant un schéma plus fréquent quon ne pense, ne se transmet pas linéairement de parents à enfant, mais latéralement, comme un coup du cheval : « Pendant la première guerre mondiale, mon oncle maternel, sur le front de France, refusa de continuer à tirer. On larrêta, le condamna à être fusillé ; puis Lloyd George, le premier ministre, commua sa peine en dix ans de prison. A la fin, ils lont laissé partir ».
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Des nazis aux quakers<o:p></o:p>
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Il saisit loccasion pour rappeler la longue histoire de lobjection de conscience, des objecteurs en Allemagne nazie aux témoins de Jéhovah, du pacifisme des Quakers aux soldats anglais qui sont en prison parce quils ont refusé de continuer à se battre en Irak. Il invite à leur écrire, et à écrire aux objecteurs de conscience qui sont en prison aux Etats-Unis : « Quand jétais en prison jai reçu des centaines de lettres et elles mont été dune grande aide pour continuer à résister ». Il cite les paroles de Mark Plowman (si jai bien compris le nom), le dernier à faire objection de conscience après avoir combattu pendant la guerre : « larmée est une machine qui transforme les personnes en instruments aux mains des autres. Si je continuais à faire larmée je me rendrais responsable du plus grave des crimes : détruire la vie de centaines de civils, de gens que je ne connais pas et qui ne mont rien fait » (plus tard, une autre oratrice va rappeler que depuis la deuxième guerre mondiale depuis que larme principale est le bombardement - les civils sont la majorité des victimes).
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Le tract quils mont mis dans la main parle de Camillo Meija, soldat américain, objecteur en Irak, condamné à un an de prison en 2004 ; Ben Griffin, premier militaire des corps spéciaux anglais, qui refuse de continuer à combattre en Irak dans une guerre quil trouve moralement injuste ; et Malcolm Kendall-Smith, médecin de laéronautique, qui a refusé de retourner en Irak combattre pour une guerre quil considère comme illégale.
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Objection fiscale à la guerre<o:p></o:p>
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Après lui, cest une femme plus jeune qui parle, Birgit Vollm, qui fait partie dune organisation pour lobjection fiscale contre la guerre. « Depuis 1960 dit-elle- la conscription obligatoire a été abolie ; mais sils ne nous enrôlent plus pour aller faire la guerre, ils nous enrôlent en nous faisant payer les impôts qui les financent et qui la soutiennent. Ils ne nous veulent plus comme soldats, ils veulent nos sous pour faire la guerre. Nous sommes tous enrôlés, dès le moment même où nous payons les taxes sur les produits que nous achetons tous les jours ». Elle rappelle lexemple de Henry David Thoreau, le grand écrivain américain qui, en 1848, passa une symbolique et historique nuit en prison pour avoir refusé de payer les impôts pour la guerre contre le Mexique. « Les dépenses militaires sont égales à huit fois celles pour laide au développement. Aujourdhui lobjection de conscience passe par lobjection fiscale ».
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La cérémonie continue avec des lectures de poèmes. Un peu à cause de laccent du Nord anglais qui ne mest pas familier, un peu parce que le mégaphone dont il se servent est antédiluvien (et ces personnes âgées sont peu habituées au micro), un peu aussi parce que le vent sest levé et je suis à contrevent, je ne comprends que par bribes. Une femme lit un poème qui parle de fraises, je ne comprends pas bien comment : « ils nous donnent les fraises mais nous nous ne voulons que la vérité ». Un vieil homme avec des cheveux ébouriffés lit comme si cétait une poésie le texte dune chanson de Ewan McColl, le grand militant du folk revival britannique : « Plus que toute autre chose je voulais voir le monde, mais ils mont fait comprendre que je ne le ferais que les armes à la main ». Le texte est juste un peu mis à jour : « Je préfère rester toute ma vie à la pompe à essence » dit la dernière strophe « que de voir le monde dans le viseur dun fusil sur les rives de lEuphrate ». Les gens applaudissent et lui prévient : « Je nai pas fini, jen ai une autre à vous infliger » ; et, avec la voix peu assurée de son âge, il chante une ballade de la fin du 18ème siècle : lhistoire dun déserteur qui est enrôlé de force dans la marine, comme on le faisait à lépoque, qui séchappe, est repris et contraint à « servir le roi ». La chanson populaire continue à faire son devoir, même dans cette froide journée de Manchester. Plus tard, le chur va chanter trois chansons, deux africaines et une hawaïenne : des invocations aux divinités de la terre, aux ancêtres, à la paix, interprétées un peu toutes pareilles mais sincères. Elles rappellent, de loin, le style a capella des groupes comme Ladysmith Black Mumbazo. Pendant quils chantent une chanson Xhosa, passe un couple dafricains ; qui sait quel effet ça leur fait, sils la reconnaissent, cette Afrique passée à travers les voix limpides du Manchester Comunity Choir.
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On fait lappel des noms sur les fleurs
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Mais avant les chants de clôture a lieu le point culminant de la cérémonie : lappel des objecteurs de conscience dont les noms sont sur nos fleurs. Ce sont des noms de tous les pays, de tous les siècles. Ils font lappel par ordre alphabétique, de lAlbanie à la Yougoslavie, en disant quelques mots sur les personnes appelées. Mon Valentin Gulai ils lapellent au B de Biélorussie : il a été arrêté récemment, il est encore en prison. Pour lItalie, ils nomment Pietro Pinna, arrêté et condamné deux fois (à 10 et 6 mois) en 1949. je nai aucune idée de qui cétait. Dans la liste des pays, ils appellent même l « Empire romain » : Maximilianus, décapité en Afrique en 295 après Jésus-Christ. Lui non plus je nen avais jamais entendu parler.
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A chaque appel, celui qui a la fleur avec le nom sapproche des gradins de la statue et dépose la fleur (les plus âgés ont du mal à faire ces quelques pas, ils ont besoin daide). Cest un rituel un peu pathétique et sentimental, mais il ny a pas beaucoup dautres moyens de rendre hommage. Lappel des noms me semble une des formes prévalentes de la ritualité de notre époque des Fosses Ardéatines aux Tours Jumelles, du mémorial du Vietnam à Washington au monument aux victimes du bombardement du 19 juillet 1943 à San Lorenzo à Rome, on fait lappel et on écrit les noms, un à un. La société de masse reconnaît que dans chacun de ses massacres les tués sont des singularités, des individus et pas les nombres dune statistique. Chaque massacre est aussi une multiplicité dhomicides singuliers.
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Pendant que je méloigne, à la fin, je vois une pancarte sur le réverbère, placé là en son temps par les autorités : bleu ciel avec une colombe blanche et linscription « Manchester city of peace ». Peut-être nest-ce quun hommage superficiel aux bons sentiments, peut-être les gens qui passent ny prêtent-ils même pas attention. Mais ces courageux petits vieux, aujourdhui, au moins pour une heure, en ont fait quelque chose de vrai.