Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Objectif Iran: la vérité sur les projets de la Maison
Blanche en vue dun changement de régime
Interview de lancien inspecteur de lONU Scott Ritter
Scott Ritter, ancien inspecteur des Nations unies pour le désarmement en Irak estime que «la politique iranienne des Etats-Unis mène inéluctablement à la guerre, [qu] elle éclipsera même la faute historique quils ont commise en Irak».
25 ministres de lUnion européenne se réuniront le 17 octobre pour demander au Conseil de Sécurité de lONU dadopter des sanctions contre lIran. Ils disent que des sanctions sont nécessaires à cause du refus de lIran de mettre un terme à lenrichissement duranium. Quoique lIran prétende que son programme nucléaire doit servir à produire de lélectricité, les Etats-Unis et quelques-uns de leurs alliés prétendent que lIran essaie de développer des armes nucléaires.
Mohammad Al Hosseini, porte-parole du ministère des Affaires étrangères dIran, a déclaré que les menaces occidentales de sanctions faisaient partie dune «guerre psychologique» et que la République dIran était plus que jamais décidée à développer une technologie nucléaire civil.
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Amy Goodman: Scott Ritter, ancien inspecteur pour le désarmement, prétend dans son dernier livre «Target Iran: The Truth About the White Houses Plans for Regime Change» que le gouvernement de M. Bush est décidé à faire la guerre à lIran. Il se penche sur la politique du gouvernement des Etats-Unis et les moyens qua lIran de menacer la sécurité des Etats-Unis. Il écrit: «La politique iranienne des Etats-Unis mène inéluctablement à la guerre. Elle éclipsera même la faute historique quils ont commise en Irak.»
Scott Ritter, soyez le bienvenu dans les studios de «Democracy Now!». Quelle est la clé qui, à votre avis, permet de comprendre les intentions des Etats-Unis à propos de lIran?
Scott Ritter: La chose la plus importante à savoir, cest que lIran se trouve dans la ligne de mire du gouvernement Bush en raison de la stratégie sécuritaire nationale des Etats-Unis. Il ne sagit pas là dun débat sur des hypothèses danalystes de la politique étrangère. Lisez la version 2006 de la «Stratégie de sécurité nationale»: LIran y est mentionné 16 fois comme la menace numéro 1. Les auteurs du document sont favorables à des guerres dagression préventives considérées comme un moyen légitime de venir à bout de pareilles menaces. Ils appuient la doctrine du gouvernement de George W. Bush qui consiste à imposer des changements de régime dans le monde entier, en loccurrence au Moyen-Orient.
Nous ne parlons pas ici dhypothèses, malgré les débats sur la diplomatie à laquelle le gouvernement Bush aimerait que vous croyiez. Il ny a pas de diplomatie comme ce fut le cas à propos de lIrak. La diplomatie, ce nest quune tactique destinée à dissimuler le véritable objectif, celui du changement de régime.
Pourriez-vous nous parler de la différence de traitement des Etats-Unis à légard de la Corée du Nord et de lIran. Selon ses propres dires, la Corée a effectué un essai nucléaire.
La seule chose que ces démarches ont en commun, cest le but final: un changement de régime. Mentionnons également leur totale incohérence. On ne peut absolument pas comparer ces deux pays. La Corée du Nord est une puissance nucléaire déclarée. Elle a même fait part de son intention de se doter de larme nucléaire. Elle a quitté le traité de non-prolifération de manière tout à fait légale et en a informé la communauté internationale. Elle a respecté les délais et décommandé les inspecteurs. Et puis, grosse surprise, alors que le gouvernement Bush disait que ce nétait que du bluff, on a constaté quelle ne bluffait pas. Elle vient deffectuer un essai nucléaire. Et imaginez ce qui pourrait arriver si nous continuons à agir de manière aussi irresponsable à légard de la Corée. Mais quessayons-nous dobtenir? Est-ce le sort du peuple coréen qui nous préoccupe? Voulons-nous faire respecter les droits de lhomme? Pas du tout. Nous voulons un changement de régime. Il sagit de permettre aux Etats-Unis de dicter des règles de coexistence à tous les pays du monde. Est-ce que les gens comprennent que notre politique à légard de la Chine vise un changement de régime? Est-ce quils se rendent compte des conséquences que cela aura? Il ne faudrait pas que nous soyons surpris que les Etats-Unis fassent ce quils ont annoncé.
Maintenant, prenons lIran, qui déclare ne pas avoir de programme darmement nucléaire, de ne pas poursuivre un tel objectif. En effet, lorsque la Corée du Nord a effectué son essai nucléaire, les Iraniens lont condamnée. Ils ont dit que les armes nucléaires ne pourraient pas contribuer à créer un équilibre mondial. Et pourtant, on fait comme sil fallait appliquer la même politique à lIran et à la Corée. La seule chose que ces deux pays ont en commun, cest dêtre lobjet de la même politique incohérente des Etats-Unis en matière de prolifération nucléaire.
Vous venez de rentrer dIran?
Oui, jétais en Iran au début septembre.
Quest-ce que vous y avez fait?
Jy suis allé en tant que journaliste pour le magazine Nation pour faire une enquête en vue dun article qui paraîtra au mois de novembre, jespère. Vous savez, cest amusant, le gouvernement iranien, comme beaucoup dautres gouvernements, dit une chose et en fait une autre. Javais un programme chargé qui avait été approuvé à lavance précisant qui jirais interviewer et quels lieux je visiterais, usw. Et là-bas, jai appris que le gouvernement iranien, malgré ce qui avait été convenu aux Etats-Unis, ignorait totalement que je venais et que javais un programme. Jétais donc livré à moi-même. Quelle expérience enrichissante que dêtre lâché dans un pays que nous qualifions dislamo-fasciste. Javais visité des dictatures du Proche-Orient qui ont des exigences très strictes en matière de sécurité. Or lIran est tout différent. Je suis un ancien agent des Services secrets qui avait des idées très arrêtées au sujet de lIran, et pourtant jai joui dune totale liberté de mouvement. Je nai rencontré aucun obstacle. Jai pu interviewer des hauts fonctionnaires du gouvernement, de larmée, des collaborateurs des Services secrets et visiter des endroits jugés très sensibles. Ma conclusion est que les médias américains donnent une image complètement fausse de lIran. Cest un pays très moderne, adapté au mode de vie occidental, pro-occidental et étonnamment pro-américain, qui ne représente en aucune manière une menace pour le peuple des Etats-Unis.
Autrefois, vous étiez inspecteur pour le dés-armement de lIrak?
Cest exact.
Pourriez-vous parler des ressemblances ou des différences que vous voyez entre ce qui a conduit à linvasion de lIrak et ce qui arrive maintenant avec lIran?
Le premier point commun quil faut souligner, cest que dans les deux cas nous navons pas apporté de preuves à lappui de nos allégations. LIrak a été accusé de posséder des armes de destruction massive. Cela implique lexistence de projectiles biologiques, nucléaires et balistiques de longue portée. Les inspecteurs se sont rendus sur place, ils ont eu accès librement aux installations en question, et il en est résulté que rien ne confirmait les accusations de Bush. Alors on a dit à lIrak que ce nétait pas aux inspecteurs de trouver des armes mais à lIrak de prouver quelles nexistaient pas. LIrak devait prouver linexistence de quelque chose, ce quil ne pouvait évidemment pas faire. Nous savons aujourdhui quen 1991, Saddam Hussein avait détruit tout un programme darmement. Il ny avait plus rien à découvrir. Il ny avait plus de menace.
Et maintenant, on accuse lIran davoir un programme darmement nucléaire. Et pourtant les inspecteurs de lAgence internationale de lénergie atomique qui ont eu accès à toutes les installations ont quitté lIran en disant: «Nous ne pouvons pas dire quil ny ait pas de programme secret. Ce que nous pouvons dire, résultat direct de nos recherches, cest quil ny a pas de données susceptibles dappuyer les déclarations du gouvernement Bush selon lesquelles il existe un programme darmement nucléaire. Et pourtant, le gouvernement Bush fait passer la charge de la preuve à lIran en disant que ce nest pas la mission des inspecteurs de trouver un programme darmes nucléaires. Cest à lIran de prouver quil nexiste pas. Pourquoi agissons-nous ainsi? Parce quon ne peut pas prouver linexistence de quelque chose. LIran ne peut rien faire qui satisfasse le gouvernement Bush parce que sa politique na rien à voir avec la non-prolifération ou le désarmement. Il sagit de changer de régime. Et le gouvernement Bush veut uniquement créer des conditions qui le rapprochent de son objectif véritable: une intervention militaire.
Dans votre livre, vous parlez entre autres du fait que lon na pas prêté attention à la déclaration du chef spirituel suprême, prononcée sous forme de fatwa, selon laquelle lIran soppose catégoriquement à lacquisition darmes atomiques.
Quand nous disons «chef spirituel suprême», cela signifie en premier lieu que la plupart des Américains vont se gratter la tête et demander: «Qui donc?», car nous avons un personnage que nous diabolisons: Ahmadinejad. Cest lui, lidiot qui profère publiquement des affirmations détestables comme «Lobjectif de lIran est de rayer Israël de la carte.», qui tient des propos ridicules sur les Etats-Unis. Cest naturellement une aubaine pour les médias américains, pour les médias occidentaux. Mais ce que les gens ne comprennent pas, cest que quoi quil dise, il na aucun pouvoir. Si on lit la Constitution iranienne, on se rend compte que la fonction de président est presque uniquement représentative.
Le vrai pouvoir est détenu par le chef spirituel suprême, actuellement layatollah Khamenei. Il est soutenu par un «Conseil des gardiens» et un «Conseil des experts». Ce sont ces gens qui contrôlent lArmée, la Police, le programme nucléaire et tous les instruments du pouvoir. Le chef spirituel suprême na pas seulement prononcé une fatwa [décret dune autorité religieuse spécialiste du droit islamique] qui dit que les armes nucléaires sont incompatibles avec le droit islamique et avec la foi chiite, dont il est responsable. En 2003 déjà, il sétait adressé au gouvernement Bush par le biais de lambassade de Suisse pour lui dire: «Nous voudrions normaliser nos relations avec les Etats-Unis. Nous aimerions déclencher un processus qui conduirait à un accord de paix entre Israël et lIran.» Imaginez-vous cela, Israël et lIran? Il na pas dit: «Nous voulons rayer Israël de la carte.» Il a dit : «Nous voulons la paix avec Israël.» Et lIran était prêt à mettre son programme nucléaire sur la table.
Pourquoi le gouvernement Bush na-t-il pas accepté cette offre? Parce que cela aboutirait à un processus de normalisation obligeant les Etats-Unis à reconnaître la légitimité de l«Etat de Dieu» et à se déclarer prêt à une coexistence pacifique avec lui. Or, le gouvernement Bush ne fera rien en direction dune reconnaissance. Il a refusé loffre de paix. Ce nest donc pas Ahmadinejad qui constitue une menace pour la paix et la sécurité internationale. Cest au contraire le gouvernement Bush, parce quil refuse de mettre la paix à lordre du jour. Bush parle de diplomatie mais il ny aura pas de diplomatie réelle tant quil nenverra pas Condoleezza Rice à Téhéran parler au chef spirituel suprême.
La couverture de votre livre montre un fusil américain, un fusil avec le drapeau américain. Parlez-moi de cette image.
Je voudrais bien pouvoir men attribuer le mérite, mais malheureusement non heureusement, cest luvre dun très bon graphiste de Nation Books. Il a eu lidée de créer une couverture qui ne soit pas seulement belle mais qui ait aussi un caractère symbolique. Mais je pense que limportant est que lIran soit la cible de lagression. Nous parlons de lAmérique et des symboles américains. Maintenant nous avons un drapeau américain qui a été transformé en un symbole reconnu dans le monde entier: une arme. Cest triste. Quand on parle aujourdhui des Etats-Unis, de la nation associée aux droits de lhomme et aux droits civiques, on pense dans le monde entier à la violence, aux armes, car cest ce que nous sommes devenus: une nation de la violence.
Quel est le scénario Etats-Unis/Iran que vous prévoyez?
La guerre. Le gouvernement Bush en a encore pour deux ans. Il poursuit une politique de transformation régionale au Proche-Orient, une politique de «changement de régime». Elle sapplique aujourdhui en Irak avec tous ses aspects épouvantables. On aurait pu penser que Bush avait appris quelque chose mais il nen est rien. Il dit toujours que lIrak devra être transformé en une vraie démocratie bien quon ait limpression, en regardant les informations à la télévision ou en lisant les journaux, quil est en train de sen éloigner.
Bush a dit quil ne voulait pas abandonner lIran au prochain président, que cest un problème quil devait résoudre maintenant. Et lautre facteur que nous devons considérer, cest le rôle joué par Israël, qui exerce des pressions sur les Etats-Unis pour quils adoptent une attitude très agressive envers lIran. Israël a tracé une ligne rouge qui signifie quil nacceptera ni un programme darmes nucléaires en Iran ni rien qui touche à lénergie nucléaire, surtout pas lenrichissement qui pourrait être utilisé pour un programme nucléaire.
Donc même si lIran dit la vérité en affirmant ne pas avoir de programme darmes nucléaires et ne rien vouloir dautre que le nucléaire civil, Israël déclare: «Tant que lIran aura une possibilité denrichissement, il représentera un danger pour Israël», et Israël fait pression sur les Etats-Unis pour quils prennent des mesures radicales.
De quelle manière?
Par la diplomatie. La pression est diplomatique. A partir de 2002, avant la guerre en Irak, le Premier ministre et le ministre de la Défense israéliens sont venus aux USA et ont dit: «Ne nous faisons pas trop de soucis à propos de lIrak. Ce nest pas vraiment un grand problème, nous savons quon fait beaucoup de bruit à propos des armes de destruction massive, mais le grand problème, cest lIran. Et le gouvernement Bush a dit: «Ne parlons pas de lIran pour le moment, nous avons à faire en Irak.» Tout de suite après la guerre, les Israéliens sont revenus et ont dit: «Merci davoir éliminé Saddam Hussein, mais maintenant nous voulons que vous vous concentriez sur lIran.» Et les Etats-Unis ont continué de laisser lIran sur la touche. Et cest seulement lorsque le gouvernement israélien a fait parvenir des informations des Services secrets à un groupe dopposition iranien, le Mujahedin-e-Khalq et que ce groupe sest manifesté en disant: «Regardez, il y a cette installation à Natanz où on fait de lenrichissement.» que les Etats-Unis se sont vus contraints de dire: «Il faut remettre lIran en tête de notre liste de priorités.» Et cest Israël qui a dicté le rythme des activités médiatiques sur lIran.
Les médias disent que lIran na pas besoin dénergie nucléaire, quil a beaucoup de pétrole et que lénergie nucléaire est uniquement un moyen de parvenir à fabriquer des armes nucléaires.
Oui, lIran possède sans doute beaucoup de pétrole mais ce pétrole est lunique atout de lIran pour une économie viable dimportance mondiale. En 1976, le Shah est venu aux Etats-Unis, il a envoyé des médiateurs pour dire: «Nous avons fait une étude qui a révélé que nous navons quune quantité limitée de pétrole. En ce moment, nous devons lexporter. Si nous ne le faisons pas, nous navons pas dargent. Mais nous navons pas assez de pétrole pour poursuivre cette politique. Nous avons besoin dune politique énergétique à nous afin de libérer notre pétrole pour lexportation. Nous voulons utiliser lénergie nucléaire.» Le président Gérald Ford a dit: «Bonne idée, Monsieur le Shah. Vous avez tout notre soutien.»
A lépoque, le chef détat-major de la Maison Blanche était Dick Cheney. Donald Rumsfeld était ministre de la Défense. Aujourdhui, Cheney et Rumsfeld disent que lIran nage dans le pétrole et que le pays na aucun besoin de programme nucléaire alors quen 1976, ils étaient tous deux favorables à ce que lIran utilise cette énergie. Ils soutenaient également le Shah lorsquil disait: «Nous ne pouvons pas permettre quun programme nucléaire soit livré aux aléas des sanctions et des guerres. Nous avons besoin dune possibilité à nous de fabriquer le combustible, avec tout le processus denrichissement de luranium. Et devinez ce que le gouvernement américain a dit alors. «Pas de problème, Monsieur le Shah. Bonne idée.» Cependant, les islamistes ont fait leur apparition en 1979 et tout dun coup, nous avons changé davis. Or, après tout, lIran a tout à fait le droit, juridiquement et économiquement, davoir un programme nucléaire. A lépoque, nous y voyions une solution tout à fait responsable.
Seymour Hersh, prix Pulitzer et journaliste dinvestigation et Sam Gardiner, colonel de larmée de lair à la retraite, ont dit que des opérations secrètes de larmée des Etats-Unis ont déjà commencé en Iran. Est-ce vrai?
Jai du respect pour les reportages de Seymour Hersh, pour lanalyse de Sam Gardiner et pour les gens informés qui mont parlé. Nous survolons déjà lIran avec des drones, ces avions sans pilote. La CIA recrute les Mujahedin-e-Khalq, les Kurdes, les Azéris, qui agissent à lintérieur de lIran sous les ordres des Etats-Unis, et on a tout lieu de penser quil y a des membres de larmée américaine en uniforme et des citoyens américains qui, en tant que paramilitaires de la CIA infiltrés en Iran, récoltent des informations pour les Services secrets.
Donc violer lespace aérien dun Etat souverain avec des forces paramilitaires et militaires est un acte de guerre. Alors bien que les Américains le nient, il y a déjà une guerre en Iran. Le gouvernement Bush poursuit une politique de «changement de régime». Les militaires sont déjà là.
Quen est-il du rôle des médias? Avant linvasion de lIrak, vous les avez critiqués sévèrement parce que vous étiez un inspecteur de lONU opposé à cette invasion.
Ils peuvent mattaquer tant quils voudront, cela mest égal. Ce nest pas moi le problème. Il sagit de la vérité, de faits. Je crois quaujourdhui, il est tout à fait clair que les faits concernant lIrak avant la guerre nous ont été cachés et que les médias font la même chose avec lIran. Nous sommes programmés pour prendre pour argent comptant tout ce quon dit de négatif sur lIran. Cest une des raisons pour lesquelles jai écrit ce livre: je voulais mettre les choses au clair.
Source: www.democracynow.org, 16 octobre 2006.