Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Au lendemain dune guerre de trente-trois jours contre Israël, le Hezbollah, mouvement islamique apparu voici vingt-quatre ans [au Liban], est devenu le parti politique le plus populaire au Moyen-Orient. Voici les raisons pour lesquelles cela ne doit en aucun cas nous inquiéter.
Plus dun million de Libanais se sont rassemblés sur une immense place, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 22 septembre, afin de célébrer la campagne militaire largement couronnée de succès de leur pays contre Israël. Sayyed Hasan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a risqué sa vie, apparaissant en public bien que les dirigeants israéliens aient juré de le descendre ; il a parlé à ses partisans éperdus dadmiration à ses partisans, tant au Liban que partout ailleurs dans le monde.
Beaucoup denfants avaient été dispensés décole, et des bus avaient acheminé des supporters depuis toutes les localités du Liban, afin de célébrer cette victoire. Le Liban venait de subir trente-trois jours de guerre. Or, non seulement le Hezbollah navait pas été vaincu, mais il avait pratiquement égalisé le score des pertes avec la soldatesque israélienne une première absolue dans lhistoire des guerres arabo-israéliennes. Dans un monde arabe dont les dirigeants étaient des dictateurs menteurs et corrompus, faisant de fausses promesses et dépendants des USA, Nasrallah était réputé pour son intégrité et pour sa capacité à maintenir coûte que coûte les capacités de défense de son mouvement au Liban. Cela a fait de lui le leader le plus populaire de lensemble du monde arabe.
Femmes, enfants et hommes agitaient les drapeaux du Liban et du Hezbollah par les vitres des autobus et des voitures, et ils chantaient leur joie, patientant dans de monstrueux embouteillages. On pouvait voir aussi, en abondance, des drapeaux de la Palestine et de divers mouvements palestiniens, ceux de mouvements libanais chrétiens, celui du Parti communiste libanais, ceux de mouvements libanais sunnites et druzes, ainsi que ceux de mouvements laïcs nationalistes arabes. Si beaucoup des participants à cette célébration étaient des hommes portant la barbe ou des femmes portant un fichu sur la tête, beaucoup ne portaient ni lune ni lautre Il y avait des jeunes en tenue branchée, et des jeunes filles en jeans moulants, cheveux au vent, qui avaient transformé leurs T-shirts du Hezbollah en accessoires de mode dernier cri.

Deux jeunes femmes libanaises arborent des T-shirts ornés du portrait du dirigeant du Hezbollah, Sayyid Hassan Nasrallah, qui est devenu le leader sans doute le plus populaire au Moyen-Orient, au lendemain de la guerre infligée trente-trois jours durant au Hezbollah, cet été. Elles ont été prises en photo le 22 septembre, lors du rassemblement fêtant la victoire du Hezbollah, dans la banlieue Sud de Beyrouth. Photo Nir Rosen
Coincés dans la foule en compagnie de mon épouse américaine enceinte de sept mois, nous avons opté pour une meilleure vue, depuis le balcon dun appartement donnant sur la place et sur sa foule. Les chants du Hezbollah, puis les hymnes du Hezbollah et du Liban ayant pris fin, Nasrallah commença à parler. Cest alors que les femmes qui se trouvaient à côté de nous, sur ce balcon, se mirent à crier comme si elles assistaient à un concert de rock ; elles rentrèrent précipitamment au salon, pour vérifier sur la télé que cétait bien Nasrallah Elles agitaient les bras, et elles se mirent à pleurer, tandis quun frisson démotion parcourait les hommes réunis au salon, scotchés devant la télé.
Nasrallah ne sadressa pas à ses seuls soutiens naturels, les chiites libanais. Il sadressa tour à tour aux habitants de la Palestine, de la Syrie, de lIran, du Koweït et de Bahraïn. Il a dit à ses auditeurs quils étaient en train denvoyer au monde un message politique et moral, dont lessentiel était que la résistance libanaise était plus forte que jamais, que leur victoire était la victoire de tous les opprimés, des personnes endeuillées et de tous les hommes et femmes libres de par le monde, ainsi quune inspiration pour tous ceux qui rejettent la subjugation ou lhumiliation imposées par les USA. Il sest moqué des dirigeants arabes incapables dutiliser les ressources pétrolières de leurs pays respectifs comme arme stratégique, et qui interdisent les manifestations, qui ne soutiennent pas les Palestiniens et qui font des courbettes devant Condoleezza Rice. Il a exprimé la douleur et lempathie de son peuple pour les Palestiniens en train dêtre bombardés et assassinés quotidiennement, et dont les maisons sont détruites sans que le monde, et en particulier le monde arabe, ne bouge le petit doigt.
En voyant cette foule compacte de personnes exulter femmes et enfants, adolescents et jeunes enfants , célébrant leur identité et leur résistance en musique, jai su quil ne sagissait en rien de fondamentalisme religieux ni de terrorisme. Jai été frappé par le contraste entre la réalité du Hezbollah et limage déformée quon en donne en Occident. En effet, bien que le Hezbollah, le Parti de Dieu, soit indubitablement dorigine chiite, cest, de fait, un mouvement séculier, qui soccupe de problèmes réels et on ne peut plus temporels et concrets, dont les leaders tiennent un discours nationaliste évitant soigneusement tout sectarisme et toutes métaphores religieuses. Ils participent à la vie politique, se compromettant et négociant, et ne cherchent nullement à imposer la loi islamique à autrui. La preuve en est déjà palpable dans les fiefs du Hezbollah, où beaucoup de ses partisans sont des laïcs qui soutiennent le Hezbollah parce que ce parti incarne leurs intérêts politiques et parce quil les défend.
Dans lensemble du pays, des femmes portant le tchador croisent des beautés dont la tenue transparente laisse peu de place à limagination. Tout au long des autoroutes du Liban, ou plutôt de ce quil en reste, des panneaux célébrant la « victoire divine » du Hezbollah sur Israël côtoient de grands placards publicitaires avec des femmes à moitié dénudées mettant en valeur des jeans ou de la lingerie. Le Hezbollah peut avoir des préférences, mais contrairement aux dirigeants autoritaires et psychorigides des Talibans ou de lArabie saoudite, il ne les impose nullement.
Ce mouvement na pas non plus fait montre dune incapacité indurée à se réconcilier avec des adversaires, voire des ennemis. De manière extrêmement frappante, après le retrait dIsraël du territoire libanais, en 2000, des milliers de collaborateurs chiites et chrétiens se retrouvèrent soudain exposés aux règlements de comptes et à la justice expéditive de Libanais dont on peut comprendre la colère et le chagrin. Toutefois, le Hezbollah ayant donné des ordres impérieux de ne pas se venger sur eux, limmense majorité de ces collaborateurs na nullement été inquiétée. Au contraire : on les a remis à larmée libanaise, et cest le gouvernement libanais qui sest occupé deux. Ils ont été mis en prison quelques jours, puis amnistiés prématurément, alors même que cette mesure avait un caractère offensant pour beaucoup de Libanais. Néanmoins, aujourdhui, on peut les rencontrer dans les villes du Sud ; tout le monde sait qui ils sont, et personne ne touche à un seul de leurs cheveux. On le voit : nous sommes très loin, là, du type de comportement auquel on sattendrait de la part dune organisation terroriste fondamentaliste
Et puis, quavaient donc de tellement irraisonnable les revendications du Hezbollah ? Ce mouvement voulait que des prisonniers libanais soient libérés par Israël, que ce pays évacue la totalité du territoire libanais et que larmée libanaise, qui na jamais (de toute son histoire) défendu le Liban alors, le Sud, nen parlons même pas ! se manifeste enfin, avec un plan de défense nationale. Trente années de brutalité israélienne avérée et soixante années dimpéritie du gouvernement libanais et de négligence du Sud du pays conféraient naturellement au Hezbollah une raison dêtre, dont pourtant ses dirigeants insistaient à dire quils nen voulaient pas.
Et, contrairement à ses homologues en Irak, Nasrallah sapplique sincèrement à créer une unité nationale au Liban. Au cours de son discours du 22 septembre, il sest surpassé, recourant presque uniquement à la rhétorique du nationalisme libanais et condamnant le sectarisme. Au cours de précédents discours, Nasrallah avait déclaré quil combattait pour la Oumma, la communauté mondiale musulmane, laquelle, nous le savons, est très majoritairement sunnite. Il a littéralement vampé les Libanais, lors dune interview télévisée récente : il regardait la journaliste qui linterviewait droit dans les yeux, lautorisant à linterrompre et souriant cest tout juste sil ne la draguait pas On trouve des posters de Nasrallah en Irak, en Palestine, en Égypte ; son nom est prononcé avec respect et fierté en Arabie saoudite. Dans la capitale de la Somalie, Mogadiscio, jai vu des boutiques ayant des enseignes à son nom, et jai entendu un religieux local comparer le conflit opposant les tribunaux islamiques mouvement auquel il appartenait aux chefs de guerre soutenus par lÉthiopie et les USA, au combat du Hezbollah contre des Israéliens tenus à bout de bras par les Usméricains.
Les tenants et aboutissants de ce conflit (en Somalie) sont instructifs, car là encore, jai constaté lerreur tragique inhérente à la politique de ladministration Bush, consistant à voir la totalité du monde musulman à travers le prisme de la « guerre au terrorisme », au lieu de juger chaque conflit pour lui-même. En Somalie, on croit très généralement que la CIA finance une bande de seigneurs de guerre impopulaires et criminels contre un mouvement islamique très populaire (ce que la CIA ne confirme, ni ne dément, bien entendu). Ce soutien usaméricain est fortement soupçonné, alors même que la plupart des analystes pensent que les milices nabritent en leur sein aucun terroriste denvergure et quelles ne semblent nullement avoir lintention dinstaurer un régime singeant les Talibans dans leur propre pays. Résultat : en Somalie, tout le monde a limpression que les USA se sont alliés aux seigneurs de la guerre qui terrorisent la population, dans une tentative détouffer dans luf une nébuleuse « insurrection » populaire «islamiste ».
Cest ce même prisme déformant de la guerre anti-terroriste qui a conduit ladministration Bush à ne voir dans les combattants de la résistance irakienne que de fieffés terroristes, alors quil sagit déléments actifs dun mouvement populaire composé de chiites et de sunnites ayant de réels motifs de dol contre une occupation oppressive et de plus en plus coûteuse. Le résultat, cest que les habitants de villes et de provinces irakiennes entières ont été taxés dêtre des terroristes et des « forces anti-irakiennes », et traités en tant que tels. Quand je me suis rendu à Falloujah, au printemps 2004, il était évident que la grande majorité des défenseurs de cette ville étaient des habitants convaincus de livrer un combat dautodéfense contre un ennemi déterminé à détruire leur ville et à les opprimer. Cétaient des nationalistes, qui se battaient contre une occupation étrangère. Leur ville (de 300 000 habitants) a été pratiquement entièrement détruite : elle a été transformée en ce sinistre « parking » métaphorique. Falloujah est devenue légendaire, dans lensemble du monde musulman, en raison de sa résistance à loccupation et de ses martyrs dune manière très comparable à ces villages du Sud Liban, lesquels, à linstar de Aita Al Chaab, se glorifient de leur volonté de mourir pour défendre leurs idéaux et aussi de leur longanimité de leur çumûd,.
Au cours de son discours du 22 septembre, Nasrallah a rendu hommage à ce çumûd, mais il a également parlé de lunité nationale, en insistant sur le fait que la résistance avait évité que la guerre civile ne se rallume au Liban. Il a exhorté le gouvernement libanais à devenir fort, juste, compétent et intègre. Quand lEtat sera en mesure de protéger le Liban, alors la résistance renoncera à ses armes, a-t-il promis. Le Hezbollah nest pas un mouvement totalitaire, a-t-il insisté, et il ne sérige pas personnellement en grand chef ce que ne feront pas non plus ses enfants.
Le soutien au Hezbollah transcende les fractures sociales et les différences entre chiites laïcs et religieux. Le Hezbollah est un des rares mouvements, au Liban, qui sattèle à des problèmes très lourds qui concernent toutes les appartenances confessionnelles et partisanes, comme la corruption, la justice sociale, le rejet du projet de nouvel Moyen-Orient de lUsUsamérique, la résistance à loccupation israélienne et le soutien aux Palestiniens opprimés.
Aujourdhui, le Hezbollah a des alliés et des sympathisants puissants parmi la plupart des communautés chrétiennes du Liban (qui représentent 40 % de la population) ; il bénéficie aussi du soutien de la majorité des 400 000 réfugiés palestiniens qui vivent dans les camps du Liban. De fait, la guerre na fait que renforcer les soutiens au Hezbollah. Jai parlé au Cheikh Maher Hamoud, un puissant dirigeant sunnite de Saïda, qui ma dit que bien quil ait été opposé à plusieurs prises de position du Hezbollah avant le conflit, il a soutenu ce parti durant la guerre et il na aucun désaccord avec les militants du Hezbollah aujourdhui. La victoire du Hezbollah est celle du Liban, des Arabes et de tous les musulmans, ma-t-il dit, ajoutant : « nous avons recouvré notre dignité ». Jai parlé à Joseph Moukarzel, propriétaire du journal Ad-Dabbour, et un des principaux organisateurs du mouvement du 14 mars, principal opposant au Hezbollah au Liban. « Jétais en faveur de la confiscation des armes du Hezbollah avant la guerre, et cest toujours le cas aujourdhui, ma-t-il confié, ajoutant : « mais, durant la guerre, javais deux options : soit être avec le Hezbollah, soit être avec Israël. Jai choisi le Hezbollah. [Dans cette guerre], le Hezbollah était David, quant à Goliath, cétait Israël ! » Les ressortissants dautres communautés libanaises grecs orthodoxes, maronites, sunnites, druzes suivent allègrement leurs leaders non pas en raison de leurs positions [de potentats], et non pas en raison de leurs idées. Le Hezbollah est un mouvement populaire, qui a émergé en 1982, sous la forme dun embryon de mouvement fédérant les marginalisés et les opprimés, et entretenant une culture de résistance à loppression et à linjustice.
Cest précisément cette culture de résistance qui a porté le Hezbollah à sa victoire surprise, qui est désormais dénommée au Liban « la Sixième Guerre » avec Israël [je fais ici une remarque au sujet de mon _expression « victoire surprise » : si la guerre est bien la poursuite de la politique par dautres moyens, alors Israël a échoué dans son objectif non déclaré dépurer le Sud Liban de tous les chiites et dintimider la résistance libanaise et palestinienne : deux échecs que même les propres généraux dIsraël commencent à admettre. Le Hezbollah, en revanche, a non seulement survécu, pratiquement intact, au conflit, avec relativement peu de pertes humaines, mais il a infligé des pertes relativement élevés à larmée israélienne, et il sest acquis une popularité inouïe, en se gagnant les curs des musulmans du monde entier, et de nombreux non-musulmans, en particulier au Liban.)
Le 17 septembre, jai assisté à une cérémonie de recueillement et dhommage aux soldats du Hezbollah tombés au combat, dans la petite ville dAita Al Chaab, à seulement une centaine de mètres de la frontière israélienne. Aita Al Chaab a subi de nombreuses attaques israéliennes, depuis 1970 ; mais, au cours de la guerre, ce sont près de 85 % de la ville qui ont été détruits. Il ny avait que cent combattants du Hezbollah qui se battaient, à Aita Al Chaab, dont 60% originaires de cette localité même. Dans leur immense majorité, il ne sagissait pas de combattants professionnels. Les neuf martyrs du cru, qui sont morts au cours des trente-trois jours de la guerre, étaient représentatifs des combattants du Hezbollah. Il sagissait dun professeur dhistoire, du principal dun collège, du propriétaire dun petit magasin, de deux bacheliers sapprêtant à sinscrire en ingénierie à luniversité, dun étudiant en université, revenu passer les vacances dété dans sa famille. Cétaient aussi des garçons de restaurant, des paysans, des mécaniciens auto, des boulangers. Ils avaient suivi un entraînement du Hezbollah dans un camp clandestin, et ils étaient retournés à leur vie normale, suivant dans certains cas des cours de rattrapage, dune manière très semblable à nos réservistes ou aux hommes de notre Garde Nationale [aux USA, NdT].
Les habitants dAita Al Chaab accusaient autant lUsamérique quIsraël de la guerre quon leur imposait. Au cours de la cérémonie dhommage, le représentant du Hezbollah, Nawaf Al Mussaoui a évoqué une guerre « américaine, britannique et israélienne contre le Liban ». Même les enfants en bas âge étaient au courant des commentaires ahurissants de Condoleezza Rice au sujet des « douleurs de lenfantement » du « nouveau Moyen-Orient », et le petit Sajah Bajouk, sept ans, se moquait de Rice et de Jonn Bolton [lambassadeur US à lONU, NdT], jouant sur les mots et changeant le « nouveau Moyen-Orient » - en arabe : al-sharq al-awsat al-jadîd en « le nouvel Orient parfaitement dégueulasse » - en arabe : al-sharq al-awsakh al-jadîd !
Dans le récent conflit, la plupart des combattants du Hezbollah avaient entre dix-huit et vingt-cinq ans, et ils navaient jamais combattu auparavant. Dune certaine manière, ces cent combattants du Hezbollah ont tenu la ville dAita Al Chaab ; en effet, ils ne se sont jamais rendus à larmée israélienne. La plupart des personnes âgées de la ville étaient restées chez elles, et elles préparaient à manger pour les combattants du Hezbollah, quelles soignaient quand ils étaient blessés. Dautres habitants, qui avaient décidé de partir, laissèrent leurs magasins ouverts à lintention de ces combattants. On peut dire que la ville entière était Hezbollah. Et cest la ville entière qui sétait rassemblée, en ce dimanche 17 septembre, pour pleurer ses morts et célébrer sa victoire. Des centaines de femmes toutes de noir vêtues se rendirent en cortège, en empruntant une piste poussiéreuse, au tout nouveau cimetière des martyrs, où ont été enterrés les neufs soldats du Hezbollahs et neufs victimes civiles. Beaucoup de ces femmes éplorées portaient de grands portraits encadrés de leurs chers disparus.
Après la cérémonie, des milliers de repas soigneusement préemballés, composés de riz et de viande, furent distribués aux citadins. Les habitants dAita Al Chaab ont réaffirmé leur soutien au Hezbollah, après quoi ils se sont immédiatement remis à rebâtir leur existence. Comme on lentend si souvent répéter au Liban, cest vrai : le Sud est entièrement dévoué au Hezbollah. Et, cela, Israël le savait ; cest la raison pour laquelle sa guerre était dirigée en particulier contre les civils du Sud Liban. Mais tous ces civils ne pouvaient pas être des terroristes, nest-ce pas ? Israël prétend avoir donné un avertissement quarante-huit heures à lavance, ordonnant aux civils de quitter le Sud, sous peine de mort. Toutefois, en vertu du droit international, les civils ne perdent en aucun cas leur immunité. De plus, il est bien connu que, dans plusieurs cas, Israël na donné aucun avertissement quil allait attaquer des zones civiles de manière imminente (cela sest produit, par exemple, dans la vallée de la Bekaa).
Quand on crapahute dans les décombres des écoles, des stations-services, des magasins, des routes et des ponts détruits par les bombes au Sud Liban, ou encore quand on traverse en voiture village rasé au sol et pulvérisé après village rasé au sol et pulvérisé par la terreur qui sest abattue en rafales sur eux, il est évident que la population civile a été délibérément prise pour cible. Les Israéliens ont balancé plus dun million de bombes à sous-munitions [dites à fragmentation, NdUsa], et 40 % des sous-munitions, nayant pas explosé, représentent autant de pièges mortels. Ces sous-munitions sont là, au Sud du Liban ; elles attendent, sournoises, que des enfants jouent avec, ou que des paysans marchent malencontreusement dessus, cest en quelque sorte un cadeau permanent, toujours prêt à détruire celui qui le recevra. Les champs dont léconomie du Sud, essentiellement agricole, dépend en grande partie, sont détruits. Alors comme aujourdhui, Israël sait ce que lui-même et lUsamérique continuent à nier : le Hezbollah, cest le peuple. Dès lors, la seule manière de repousser le Hezbollah au nord de la rivière Litani, objectif proclamé dIsraël, consistait à vider le Sud de sa population chiite et à sassurer quil serait trop dangereux, et économiquement impossible pour eux dy retourner. Mais les chiites du Liban sont fiers de leur fermeté, et de leur culture de résistance à loppression. On ne peut les déloger aussi facilement. A la fin des combats, ils sont revenus, et ils se sont fermement installés sur les ruines de leurs maisons, confiants que le Hezbollah tiendrait sa promesse de les aider et de les récompenser pour leur loyauté.
Très vite, les médias ont oublié le Liban : les Américains en ont été distraits par ce que lancien républicain Mark Foley a écrit à des journaux du Congrès ; beaucoup de musulmans, dans le monde entier, soccupent plutôt de la question de savoir si, oui ou non, le pape a insulté lIslam, que de celle de savoir qui, actuellement, est en train de massacrer des musulmans. Tandis que le million de réfugiés libanais qui ont fui la terreur israélienne retournent passer au crible les gravats de leur maison pour y retrouver quelque maigre souvenir de leur vie passée, ils vont devoir slalomer entre les bombes à fragmentation, tout en ayant confiance que le Hezbollah va leur fournir un abri contre le rude hiver qui avance à grands pas. Tandis que nous, les Usaméricains, nous pleurons nos disparus dans les attentats du onze septembre 2001 et au cours de la guerre contre le terrorisme qui leur a fait suite (qui a dores et déjà coûté plus de vies usaméricaines que les attentats eux-mêmes), il convient de nous demander ce quest, au juste, le terrorisme ? Si la réponse à cette question est que le terrorisme, cest le fait dinfliger la violence à des civils innocents pour des raisons politiques, alors, il faudra nous poser cette deuxième question : « Dans ce cas, QUI sont les terroristes ? »
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Nir Rosen est journaliste, membre de la New America Foundation, spécialisé dans l'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak. Il est lauteur de louvrage : « Dans le ventre de lOiseau vert : Le triomphe des Martyrs en Irak » [In the Belly of the Green Bird : The Triumph of the Martyrs in Iraq. » Il écrit actuellement un ouvrage consacré à la bataille dAita Al Chaab.