Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Un nouvel état du monde
Symptômes : censée réguler les relations internationales, lOrganisation des nations unies peine à mettre sur pied la force dinterposition au Liban tant la politique menée par Washington et ses alliés, à travers la « guerre au terrorisme », ne fait quexacerber les conflits ; de son côté, lIran lance un défi au Conseil de sécurité, en linvitant à des « négociations sérieuses » sur le nucléaire. Le monde devient chaque jour plus incertain. De nouveaux acteurs émergent, notamment en Asie, des questions se font plus pressantes : injustice sociale, pauvreté, flux migratoires, commerce, environnement. Le cours de ce quon appelle la mondialisation semble prendre un tournant.
Tragiques flambées estivales dans lincendie permanent du plus vieux conflit de la planète, les récentes hostilités à Gaza et au Liban témoignent à leur façon des caractéristiques du nouvel état du monde, cinq ans après les attentats du 11-Septembre. Déduits de ce contexte, et en guise desquisse cartographique pour aider à se repérer dans les labyrinthes de lactualité, voici, en quatre remarques générales et dix brèves considérations, quelques modestes éléments dorientation.
Première remarque générale
Le phénomène central de notre époque, la globalisation économique, ne semble pas avoir pesé, directement, sur ces affrontements proche-orientaux. Ni pour les déclencher, ni pour les attiser, ni pour les apaiser.
Ce qui confirmerait deux postulats : le caractère archaïque de cette guerre où se mêlent, comme au XIXe siècle, disputes territoriales, crispations nationalistes et passions religieuses ; et lerreur de lidéologie libérale de croire que le simple accroissement des échanges est générateur de paix.
Deuxième remarque générale
Le fait que, une fois encore, le Proche-Orient se trouve sous les projecteurs des médias ne doit point faire oublier limportance stratégique de lAsie, où se joue en grande partie la destinée du XXIe siècle. En raison du poids grandissant des deux géants, Inde et Chine. Et vu que les dangers daffrontement ny sont pas négligeables entre la Chine et Taïwan, la Corée du Nord et le Japon, lInde et le Pakistan...
Ne pas négliger non plus lAfrique subsaharienne, où, comme dans une marmite à pression, saccumulent des problèmes de tous ordres (dont celui de la misère extrême et des migrants clandestins) qui finiront par exploser à la face des pays riches.
Troisième remarque générale
La guerre nucléaire redevient lune des deux menaces majeures pesant sur le monde (lautre étant la catastrophe écologique). Israël, qui durant les combats récents a peiné à simposer clairement par des moyens militaires conventionnels, possède larme suprême mais na pas adhéré au traité de non-prolifération nucléaire, à linstar de deux autres Etats nucléaires rivaux : le Pakistan et lInde. Non loin de ce théâtre, trois puissances atomiques sont engagées militairement et éprouvent des déboires : les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Russie. Les deux premières en Irak et en Afghanistan, la troisième en Tchétchénie. De surcroît, la plus importante alliance militaire, lOrganisation du traité de lAtlantique nord (OTAN), dont fait partie la France (elle-même puissance atomique), combat aussi en Afghanistan.
Si des dangers de choc nucléaire existent ailleurs dans la péninsule coréenne et dans le détroit de Taïwan; la zone allant des frontières occidentales de lInde jusquau canal de Suez concentre larsenal le plus dévastateur de tous les temps. A lexception de la Chine, toutes les grandes puissances y sont militairement actives. Une simple étincelle peut produire la déflagration...
Cest pourquoi la gestion des crises qui sy succèdent requiert une expertise dont seule lOrganisation des Nations unies (ONU) détient la clé. Mais, comme cela vient dêtre démontré au Liban, lONU, dans sa configuration actuelle, demeure à la fois indispensable et désespérément impuissante face aux grands contentieux contemporains. Quant à lUnion européenne, forte de sa très longue histoire de désastres guerriers, elle constituerait le meilleur des médiateurs... si elle ne demeurait pas un nain politique.
Quatrième remarque générale
Pour comprendre les stratégies à luvre aujourdhui, il convient de bien distinguer les trois échiquiers sur lesquels se joue notre avenir :
le militaire, où dominent les Etats-nations conditionnés par le facteur territorial et par des cycles électoraux courts (ce qui les rend peu aptes à aborder les problèmes de long terme et planétaires). Où la suprématie des Etats-Unis est totale, ainsi que leur volonté dimposer un monde unipolaire ;
léconomique et commercial, où fonctionnent les logiques de la mondialisation définies par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), lOrganisation mondiale du commerce (OMC)... Où règnent les sociétés privées et les intérêts financiers dans une multiplication des échanges qui laisse entrevoir la perspective dun monde multipolaire ;
lécologique et social, où saccumulent les problèmes sur trois niveaux. Celui de lenvironnement (changement climatique, effet de serre, pollution, déforestation, eau potable, biodiversité). Celui du besoin de nouvelles règles internationales (pour lutter contre linjustice de lordre mondial, pour gérer les migrations, lusage des organismes génétiquement modifiés, la propriété intellectuelle, les recherches en génétique, lévasion fiscale, les délinquances modernes). Et celui du destin des populations de la Terre (Afrique, pandémies, misère, fracture numérique, mégapoles, faim, éducation, travail, catastrophes naturelles). Où prédominent les pauvres, les désordres, les détresses et le chaos.
Entre ces trois échiquiers, les articulations sont aléatoires. Souvent évidentes, parfois inexistantes, dans certains cas énigmatiques.
Outre ces remarques générales, quelques prudentes considérations peuvent être tirées du récent choc au Proche-Orient.
Première considération
Ce nouvel embrasement apporte une confirmation de caractère géopolitique : cette région-poudrière occupe bien, depuis la guerre du Golfe en 1991, lépicentre de lactuel « foyer perturbateur » mondial. Depuis 1914 et jusquà la fin de la guerre froide, ce foyer se situait en Europe. Il englobe désormais une aire géographique où lislam est la religion dominante et où sont localisés, du Pakistan à lEgypte, la plupart des grands affrontements : Cachemire, Afghanistan, Tchétchénie, Caucase, Kurdistan, Irak, Liban, Palestine, Somalie, Darfour...
Cette zone cumule aussi de fortes tensions internationales : différend entre le Pakistan et lInde à propos du Cachemire ; menaces sur lIran, suspecté de vouloir larme nucléaire ; pressions de la Russie en Transcaucasie ; craintes de la Turquie à propos du Kurdistan irakien ; nombreux litiges pour le contrôle de leau douce ; convoitises suscitées par lexistence, au cur dun vaste triangle formé par le Golfe, lIran et la mer Noire, des principales réserves dhydrocarbures.
Deuxième considération
Sil est indiscutable quIsraël a le droit de se défendre, la démesure des châtiments infligés aux civils palestiniens et libanais ne traduit paradoxalement quune sorte de folle impuissance. Pour une raison simple, que des Américains eux-mêmes commencent à comprendre et que lancien président William Clinton exprime ainsi : « Nous ne pouvons pas tuer tous nos ennemis . » Ceux dIsraël dans la région étant légion.
Dans une guerre asymétrique, une supériorité militaire écrasante ne garantit aucunement la victoire. Les Etats-Unis en refont lamère expérience. « Jai bien peur que lIrak ne devienne notre pire désastre depuis le Vietnam », redoute lex-secrétaire dEtat Madeleine Albright .
Recourir à un militarisme excessif ne rapproche pas de la solution politique, tant que la paix seule garantie de la sécurité dIsraël ne sera pas gagnée. Et la paix passe toujours par des négociations avec lennemi.
Troisième considération
Le front médiatique apparaît plus décisif que jamais. Mais le contexte de linformation sest métamorphosé. Le pilonnage israélien de centrales électriques, de relais téléphoniques et de stations de télévision (Al-Manar, en particulier ), pour rendre aveugle, sourd et muet le système de communication de ladversaire, sest révélé inefficace.
Les portables, les caméras miniaturisées et les blogs de combattants ou de témoins oculaires permettent désormais une diffusion globale quasi instantanée dimages dénonciatrices. Aussi intenses soient-ils, des bombardements ne peuvent détruire les mailles dInternet, conçu pour résister au feu nucléaire. Là encore, les Israéliens semblent ne pas avoir tiré la leçon des déconvenues américaines en Irak après la diffusion des scènes dAbou Ghraib et dautres témoignages atterrants. Ni de leffondrement de limage des Etats-Unis aux yeux de lopinion publique mondiale .
Quatrième considération
Dans cette région, la démocratie, que Washington assure vouloir instaurer partout , ne constitue en rien un bouclier contre les attaques dIsraël, Etat lui-même démocratique... Prise au mot par les Palestiniens, seuls citoyens arabes du Proche-Orient avec les Libanais à avoir voté démocratiquement, en janvier 2006, en élisant le Hamas, ladministration Bush a fermé les yeux, laissé massacrer des (mauvais) démocrates et laissé emprisonner leurs élus à Gaza. « Une opération qui tue cinq insurgés est contre-productive si ses effets collatéraux entraînent le recrutement de cinquante nouveaux rebelles », rappelle William Pfaff . Les excès finissant par créer ce que Mao Zedong appelait « la mer où nagent les combattants de la guérilla ».
Comme en Palestine et au Liban, dans lensemble du « foyer perturbateur », lislamisme radical est en expansion. Sous ses diverses composantes, et malgré toutes les réserves quil peut inspirer, il constitue la principale force politique qui soppose par les armes à la domination des Etats-Unis. En tant quidéologie messianique pour le succès futur de laquelle les militants sont disposés à faire le sacrifice de leur vie, lislamisme radical prend en partie la place de ce que furent, par exemple, au XIXe et au XXe siècle, lanarchisme ou le communisme. Même si cette comparaison peut choquer...
Quand, ailleurs, la violence politique recule , en Afghanistan, où les talibans sont de retour et les forces de lOTAN sur la défensive, en Somalie, en Irak, en Palestine et au Liban, le courant salafiste a le vent en poupe.
Cinquième considération
Le pouvoir des organisations non étatiques ne cesse de saccroître. En particulier celui des organisations non gouvernementales à caractère humanitaire, écologique, social ou juridique, parfois instrumentalisées, pas toujours désintéressées. Mais, au sein du « foyer perturbateur », pullulent spécialement les organisations non étatiques armées qui jouent un rôle déterminant dans les multiples antagonismes. En témoignent laudacieux coup de main de la branche armée du Hamas à Gaza, le 25 juin, et celui des milices du Hezbollah au Liban, le 12 juillet, qui ont entraîné les ripostes dIsraël.
A noter : quelque part dans cette zone se situe le quartier général de l« ennemi public no 1 » des Etats-Unis, lorganisation islamiste armée Al-Qaida, dirigée par M. Oussama Ben Laden, qui a revendiqué les attentats du 11 septembre 2001. Et à lencontre de laquelle Washington a déclenché lactuelle « guerre infinie contre le terrorisme international ».
Sixième considération
Ces événements du 11-Septembre nous ont effectivement fait entrer dans une ère nouvelle. Le président américain George W. Bush et son entourage ayant estimé que leffroi collectif causé par cette tragédie leur donnait enfin carte blanche pour mettre en application de vieux délires géopolitiques.
Rappelons-en trois : revendication du rôle « impérial » des Etats-Unis dans la conduite des affaires du monde ; assimilation de toute lutte de résistance nationale (dont celles du Hamas et du Hezbollah) à du « terrorisme » ; et priorité accordée à la surveillance généralisée des citoyens aux dépens de leurs libertés (lire « Etat durgence permanent »).
Au nom de ce corps de doctrine, la Central Intelligence Agency (CIA) et dautres services de renseignement ont été autorisés à « liquider » des suspects ou à les enlever partout pour les conduire dans des prisons secrètes. Au mépris des conventions de Genève et en dehors de tout cadre juridique, le bagne de Guantánamo fut créé pour enfermer et maltraiter des personnes suspectées de liens avec Al-Qaida...
Sur la base de mensonges (en réalité pour mettre la main sur le pétrole), lIrak, qui nétait en rien impliqué dans les attentats du 11-Septembre et ne détenait nulle « arme de destruction massive », fut envahi. Dans un élan wilsonien, Washington se déclara prêt à redessiner le « Grand Moyen-Orient ». Rien de moins.
De ces absurdes ambitions, on sait ce quil est advenu. Le monde est aujourdhui plus dangereux. Et un nouveau méga-attentat nest pas improbable. Quant à la redoutable machine militaire, la voilà embourbée en Irak, piégée par une guerre asymétrique perdue, réduite à pratiquer ou à couvrir des atrocités (rafles de civils, massacres, tortures systématiques ) quelle prétendait avoir bannies depuis le naufrage du Vietnam .
Léchec politique est encore plus sidérant. Par la grâce des interventions américaines, lIran, principal ennemi régional des Etats-Unis, sest retrouvé débarrassé de ses rivaux frontaliers : le régime des talibans en Afghanistan, celui de M. Saddam Hussein en Irak. Et Téhéran sarme désormais pour se défendre. Dautre part, pendant que Washington était fixé sur cette région, en Amérique latine, sa propre arrière-cour, ses vieux adversaires en profitaient pour prendre démocratiquement le pouvoir, au Venezuela, au Brésil, en Argentine, en Uruguay, au Chili, au Panamá, en République dominicaine, en Bolivie... Une marée rose ou rouge inédite qui, de surcroît, est venue naturellement conforter Cuba.
Au cours de ces années, M. Bush a cru pouvoir ramener les problèmes du monde au seul terrorisme et traiter le terrorisme par la seule répression militaire. Il sest trompé. Et a foulé aux pieds tellement de principes, violé tellement de droits que Noam Chomsky va jusquà parler d« administration la plus dangereuse de lhistoire américaine », nhésitant pas à qualifier son pays de « principal Etat terroriste » de la planète.
Septième considération
La guerre dIrak coûte très cher. En 2005, les dépenses militaires des Etats-Unis ont atteint les 500 milliards de dollars, soit autant que le reste du monde. Cest énorme. Surtout que, conséquence de la mondialisation, leur système économique ne repose plus seulement sur leur capacité manufacturière mais également sur la consommation. LAmérique agit comme une pompe à finances, important du capital au rythme de 700 à 800 milliards de dollars par an. Capital qui finance la consommation de biens importés.
Un tel pompage de largent mondial disponible crée une situation intenable. Le déficit commercial américain pèse sur les finances internationales au risque dentraîner une baisse du dollar, une hausse des taux dintérêt, une chute des Bourses et une récession mondiale. Cest lun des principaux problèmes (invisible) daujourdhui.
Huitième considération
Evalué à près de 700 milliards de dollars, le déficit américain profite aux pays à main-duvre bon marché. Au premier rang desquels la Chine, mais aussi dautres pays émergents (Inde, Corée du Sud, Taïwan, Brésil, Mexique) dont lexpansion économique commence à préoccuper les puissances dominantes. Dautant que les cours des matières premières (dont ceux du pétrole) flambent, pour le plus grand bénéfice de la Russie, du Kazakhstan, du Venezuela, du Chili, de lAlgérie...
La concurrence des entreprises de ces pays devient plus menaçante. Il existe déjà quelque vingt-cinq multinationales globales dans les Etats du Sud, et bientôt on en comptera une centaine. Les offres spectaculaires de rachat, comme celle, repoussée, du chinois National Offshore Oil sur le pétrolier américain Unocal, ou celle, réussie, de lindien Mittal Steel sur le sidérurgiste européen Arcelor, vont se multiplier.
On peut par conséquent parier que la mondialisation approche dune fin de cycle. Sur sa lancée actuelle, elle pourrait menacer la domination des vieilles puissances de toujours. Une nouvelle période de protectionnisme nest donc plus à exclure.
Neuvième considération
Les combats entre Israël et le Liban ont donné lieu au déplacement forcé denviron 1,2 million de personnes (900 000 Libanais et 300 000 Israéliens). De tels déplacements pour cause de guerre restent ponctuels. En revanche, les migrations internationales de main-duvre sont structurelles et touchent 175 millions de personnes. Car, à cause des gains de productivité, la croissance économique, quand elle existe, peut créer de la richesse mais plus assez demplois. Même la Chine, qui bénéficie de taux de croissance de plus de 9 %, ne crée quenviron 10 millions demplois par an deux fois moins que le nombre de personnes entrant sur son marché du travail ...
Les autres doivent se résigner à la pauvreté, ou alors émigrer. Mais clandestinement. Parce que « léconomie de marché, constate lhistorien Eric Hobsbawm, favorise la libre circulation de tous les moyens de production. A lexception de la main-duvre, qui reste largement sous le contrôle de lEtat ». Des cohortes de personnes, souvent jeunes et en bonne santé, tentent de pénétrer au péril de leur vie (on la vu à Melilla, on le voit aux Canaries) dans les rares îlots de prospérité de la planète. Plus de 20 millions dentre elles ont réussi à le faire aux Etats-Unis, où, comme en Europe, la question des sans-papiers est désormais traitée en termes de sécurité nationale. La bombe de limmigration illégale na pourtant pas encore éclaté. Ce grand drame humain va mettre à rude épreuve toutes les sociétés développées.
Dixième considération
Le 14 juillet 2006, laviation israélienne a bombardé les réservoirs de fioul de la centrale électrique de Jiyyeh, au sud de Beyrouth. Près de 15 000 tonnes de mazout se sont déversées en mer. Début août, la marée noire touchait un tiers des plages libanaises, atteignait les côtes syriennes et menaçait Chypre, la Syrie, la Turquie, la Grèce... et Israël .
Cette catastrophe écologique, « effet collatéral » des hostilités, rappelle que les problèmes liés à lenvironnement vont devenir hautement stratégiques. Au sommet du G8 à Gleneagles, en juillet 2005, la lutte contre le réchauffement de la planète était déjà lun des thèmes de la réunion. Avec quelques degrés de plus en moyenne, la Terre ne serait plus la même planète. Le relèvement du niveau des mers entraînerait des catastrophes inédites. Des corrections drastiques simposent. Alors quapproche linstant où lon ne pourra plus extraire assez dhydrocarbures dont la consommation aggrave leffet de serre pour répondre à la demande.
Dans ce court panorama du nouvel état du monde, ces enjeux alerte sur le climat et fin de lère du pétrole sannoncent, pour lhumanité, comme deux des défis majeurs à relever.