Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Voyage au-delà de la guerre
« Pourquoi nentend-t-on jamais notre version des faits ? Pourquoi vos médias relaient-ils toujours le point de vue des Israéliens ? Je vous demande cette fois de nous écouter et dessayer de nous comprendre. » Cest là la réponse surprenante donnée par le docteur Nouhad Mansour, responsable du Secours Populaire Libanais à Halba, lorsque nous lui avons demandé si elle désirait transmettre un message au peuple belge. Durant une semaine, nous avons essayé de suivre son conseil : écouter et observer le Liban tel quil est après la sixième (!) invasion israélienne.
Nous, cest Marthe, médecin, Selma, avocate, et Danny, coopérant. Pierre est notre quatrième homme et sa tâche est double. Libanais de naissance, ce Belge est de retour dans son pays pour la première fois après cinq ans. Cest également notre guide et interprète. Nous avons accepté, comme nous la demandé lorganisation de santé publique libanaise, Secours Populaire Libanais (SPL), dentreprendre une mission dans leur pays dès lentrée en vigueur du cessez-le-feu. Nous navons quune semaine et nous avons déjà perdu pratiquement une journée en Syrie. En effet, malgré larrêt des bombardements, laéroport de Beyrouth est toujours sous blocus israélien.
La route à travers la chaîne de montagne de Damas à Beyrouth est impraticable et beaucoup trop dangereuse en raison des nombreux cratères formés par les bombes. Nous devons donc faire un détour et entrer au Liban par le Nord. Notre taxibus est plein de boîtes de médicaments, rassemblées à la hâte par la communauté libanaise de Bruxelles et des sympathisants de Médecine pour le Tiers Monde. Un cadeau bien modeste mais qui, comme on le constatera par la suite, sera très apprécié des collaborateurs du SPL. Jusquà présent, ces médicaments ne nous avaient causé que des maux de tête. A laéroport, ils nous avaient déjà causé des soucis mais une fois à la frontière cétait pire encore. Quel que soit le pays dans lequel on se trouve, les douaniers sont toujours les personnes les plus agaçantes que lon rencontre. Alors que la température ne cessait de monter, nous avons dû attendre des heures à la frontière, dabord larrivée du bon responsable et ensuite celle du chef du bon responsable, avec le bon cachet.
Devant nous sur le mur une affiche de Bachar El Assad, le chef détat de la Syrie, en compagnie de Nasrallah, le chef du Hezbollah. « Pure récupération », estime Pierre. « Assad tente de rehausser son image de faible. Quand la Syrie a-t-elle réellement résisté à Israël ? On est en droit de se le demander quand on voit quune partie du pays, le plateau du Golan, est occupé depuis 33 ans déjà par larmée israélienne. » Pierre néprouve pas beaucoup de sympathie pour les régimes arabes de la région. Pas plus que pour le gouvernement libanais : « Une bande de maffieux. Des " Casinoboys ", devenus odieusement riches au détriment du peuple. La clique Hariri (le clan de lancien premier ministre assassiné lan dernier, NDR) possède une fortune de 20 milliards de dollars ! Jai bien dit milliards ! »
Nous faisons une première halte à Halba. Cela ressemble à un grand hameau et pourtant cest une ville. Même à Halba, située à 200 km de la frontière avec Israël, les écoles sont bondées de réfugiés. Nous sommes accueillis par le président du Secours Populaire Libanais, le docteur Ghassan El Achkar. En réalité, cest déjà un vétéran mais il est de retour au poste à cause de la guerre. Tout au long de notre séjour, les responsables du SPL auront ce même air exténué. En effet, la période est plutôt agitée.
Le SPL, explique le docteur Ghassan, a un mode de fonctionnement assez exceptionnel. Cette organisation gère 28 policliniques, réparties dans tout le pays. Ces centres sont généralement gérés à leur tour par une équipe de responsables, avec tout au plus une infirmière pour le corps médical permanent. Cette équipe a pour tâche de trouver des médecins qui viennent travailler dans la clinique comme bénévoles, pour quelques heures ou quelques jours par semaine contre une modeste rétribution. Une consultation ne coûte quun quart du prix normal. « A Halba, nous avons pu mettre sur pied une équipe de 56 médecins qui viennent à tour de rôle », raconte le docteur Nouhad Mansour. « Je suis moi-même ophtalmologue et je travaille deux fois quatre heures par semaine à la clinique. Je propose en outre mes services pour la coordination du centre ». En tant que coopérant, jai vite fait de faire le calcul. Cela fait en effet 56 spécialistes dans une seule commune, une chose dont on peut seulement rêver à Kinshasa. Que dis-je ? 56 spécialistes qui simpliquent comme bénévoles, une chose dont on peut seulement rêver chez nous en Belgique ! Le Liban nest pas un pays en voie de développement.
« Le Liban nétait pas un pays en voie de développement », rectifie Nouhad. « Nous étions sur la bonne voie depuis cinq ans déjà, et plus exactement depuis lexpulsion des Israéliens en 2000, après 18 années doccupation. La paix était revenue, la prospérité ne cessait de croître, les gens sentendaient bien. A présent, nous sommes retournés 20 ans en arrière. » Tout à Halba lui donne raison : les ponts qui surplombent les routes principales ont complètement été détruits par les bombardements. Cest pareil entre Halba et un petit bourg voisin. Pourquoi ? On est à 200 km de la frontière avec Israël ! Pour faire barrage au Hezbollah ? Mais le Hezbollah nexiste même ici ! Nous sommes dans une région chrétienne. Pour arrêter les livraisons darmes ? Personne ny croit ! Les simples armes de guerre dont se sert le Hezbollah, pas besoin de bombarder ponts et routes pour les trouver, nous aurions pu les dissimuler parmi nos boîtes de médicaments.
Le pays du cèdre
Au cours de notre séjour, nous avons reçu des Libanais diverses explications quant aux causes de la guerre qui sévit dans leur pays. Pour personne le Hezbollah ne constituerait une menace pour la survie dIsraël. Mais que le Liban en tant que nation représente un danger pour Israël, ça oui.
Tout dabord, le Liban est un petit pays singulier. Pas plus grand que deux ou trois provinces belges, il compte 4 millions dhabitants (du moins cest ce que lon croit puisque là-bas il nexiste pas de recensement de la population) dont une très grande partie se trouve à létranger. En effet, ils sont de 12 à 16 millions de Libanais à vivre dans le reste du monde. Les Phéniciens de lAntiquité étaient les grands marchands du Moyen-Orient, les Libanais, leurs descendants, sont aujourdhui les marchands du monde entier. Quiconque a déjà voulu acheter une voiture doccasion pourra le confirmer : « Le Liban occupe une position stratégique et pourrait donc devenir un important carrefour commercial pour lensemble de la région, or Israël ne veut pas dun Liban fort et puissant à ses frontières. Car pour Israël, lui seul pourra être le centre moderne du Moyen-Orient ».
Par ailleurs, le Liban est une véritable mosaïque de cultures. Dix-sept religions et sectes sy côtoient en toute harmonie. « Une preuve que la cohabitation est possible et que les conflits de religion sont inutiles. Mais cela aussi cest une chose insupportable aux yeux dIsraël, une société basée sur la supériorité dune religion unique. » Le Liban est aussi un état religieux. Lorsque vous naissez au sein dune communauté religieuse vous navez le droit de voter quau sein de cette même communauté. Ainsi, un million de chiites à Beyrouth nont le droit délire que six représentants. Cest là le quota auquel ils ont droit. Quant au président, il est toujours élu parmi lélite chrétienne. Et ainsi de suite. Tout ce qui touche au droit de la personne est réglé au sein des communautés religieuses auxquelles les gens appartiennent. On est donc bien loin de la démocratie.
En 2005, le Parti Communiste libanais a lancé avec la collaboration dune centaine dONG une campagne en faveur dune réforme démocratique et radicale de la législation. Avec comme priorités : un système électoral démocratique selon le principe « un homme = une voix », la suppression des districts et partis religieux et la création de droits civiques généraux pour tous. Outre quelques petits partis, le Hezbollah a également signé cette plate-forme. Cest surtout lélite chrétienne pro-occidentale qui soppose à cette réforme. Car, en effet, cela mettrait un terme à leur position de force.
Lagression perpétrée contre le Liban avait également pour objectif dà nouveau encourager les hostilités entre les différentes communautés religieuses. Même si cest surtout la communauté chiite qui a le plus souffert durant les bombardements, le Liban a réagi comme un seul peuple. Tous les groupes de population se sont organisés pour accueillir les réfugiés et le Hezbollah a lancé un appel pour une résistance armée nationale et unifiée contre lagression. Une chose que lEtat dIsraël navait pas du tout prévue.
Toutes ces discussions mont pris à contre-pied. Même si je sais très bien que selon la terminologie de Bush « démocrate » signifie proaméricain et « terroriste » toute personne qui est contre, je ne mattendais pas à une image aussi nuancée des personnes qui adoptent une réelle attitude démocratique et celles qui ne le font pas. Le cliché « Hezbollah = terroriste » ne trouve nulle part une application. Lors dune interview réalisée dans un petit village dévasté du Sud, un adolescent nous a posé une intrigante question : « Pourquoi dites-vous que les personne qui ont détruit nos maisons sont des démocrates et que les personnes qui nous aident à les rebâtir sont des terroristes ? »
A contre-courant
De Halba, dans le Nord, nous sommes descendus directement dans le Sud. Nous devions loger à lhôpital de Nabatiyeh, une petite ville située juste au-dessus de la rivière Litani qui forme en quelque sorte la frontière de la province méridionale. Le trajet était censé durer quelques heures seulement. « On trouve au Liban les autoroutes les plus chères du monde » plaisante Pierre. « Hariri sest fait des milliards grâce à laménagement de ces autoroutes. » Et pourtant nous avons mis deux fois plus de temps que la normale car tous les 20 kilomètres nous devions emprunter des chemins de traverse, où dimmenses files avançaient lentement sur de tout petits ponts. « Et encore on doit sestimer heureux », poursuit notre guide, « aujourdhui est un jour férié et il ny a pas école, le trafic est donc beaucoup moins dense quà laccoutumée ». Des voitures bondées de chaque côté de la route. Des gens qui rentrent chez eux dans le Sud mais aussi des familles qui en rentrant ont trouvé leur maison totalement détruite et sont donc contraintes de retourner dans le Nord avec ce quelles ont pu sauver
Un million de personnes ont fui en quelques semaines de temps. Cest à peine croyable. Des milliers de personnes entassées dans les écoles, dans des appartements,
Tout le monde participe, partout on entend des récits héroïques de personnes et organisations qui ont fait limpossible. A côté de cela, les lamentations du ministre Dewael et du Vlaams Belang concernant les 20.000 réfugiés qui sont venus sinstaller en Belgique sur un an sont pitoyables... Egoïsme, voilà ce quils proposent dans leur programme électoral. Au Liban, cest toute une nation qui sest battue pour sa survie. Et les réfugiés sont revenus, et vivent sil le faut dans les décombres ou ce quil reste de leur maison. Une grande leçon de lhistoire. En 1948, le peuple palestinien était chassé de son pays mais jamais, non jamais il na pu revenir.
Ceux qui ont déjà participé à une action menée en faveur des Palestiniens sur les escaliers de la Bourse à Bruxelles, savent de quoi je parle. Une tête brûlée, souvent jeune, se lance dans une tirade sur ces « terroristes arabes qui veulent repousser vers la mer tous les Juifs ». Cest très pénible et souvent il ny a pas de débat. « Comment est-il possible de débiter de telles inepties ? » me dis-je alors. Mais après cette expérience au Liban, je crains quil ne soit pas question dineptie. Cet homme croit réellement ce quil dit. Tout simplement parce que cest la réalité du peuple israélien que de chasser les gens, les Palestiniens dans le désert, les Libanais au-delà de la rivière Litani ou en Syrie,
Pourquoi alors ne pourrait-il pas croire quon voudrait leur rendre la monnaie de leur pièce ? « Bien oui », disent les Libanais laconiques « mais combien de fois avons-nous occupé Israël ou bombardé Tel Aviv ? Que devons-nous faire pour leur montrer que nous voulons la paix ? »
Le couteau sous la gorge
A partir de Nabatiyeh, nous avons parcouru le Sud. Mais les maisons en ruine ne parlent pas et les gens ont du mal à exprimer leur peur et leur chagrin. Essayer dobtenir des témoignages devient presque aussi pénible que darracher un sparadrap sur une plaie ouverte. « Cest la guerre la plus atroce que nous ayons jamais vécue », nous disent les médecins de Nabatiyeh. Et ils savent de quoi ils parlent puisquils ont dû soigner des victimes arrivées des quatre coins du Sud. « Ca mest complètement égal que ma maison soit détruite », raconte le docteur Tarek Malkhaled, anesthésiste, « mais ce que je nadmets pas ce sont ces enfants que jai vu mourir sur ma table dopération ».
Selon Israël, lobjectif officiel était de créer une zone tampon dans le Sud. Comme cest « propre ».
Après quelques efforts, nous sommes parvenus à reconstituer la formule israélienne pour « la création dune zone tampon », celle-ci comprend cinq étapes :
1. Campagnes téléphoniques. Cest-à-dire lenvoi systématique de messages anonymes sur le gsm des gens du style : a) nous navons rien contre vous, cest le Hezbollah que nous visons; b) si vous ne fuyez pas, vous risquez de mettre votre vie en jeu; c) nous allons vous écraser.
2. Vols davertissement. Dabord à haute altitude, ensuite avec des hélicoptères. Distribution de tracts enjoignant la population à fuir car des bombardements suivront.
3. Bombardements. Généralement en deux fois. La première fois sur des cibles civiles, des ponts, des habitations. La seconde fois sur des véhicules qui viennent apporter de laide aux zones sinistrées. Des ambulances donc.
4. Chars dassaut. Destruction systématique de 40 à 80 % des habitations.
5. Bombes à fragmentation. 90% de ces bombes ont été lancées au cours des trois derniers jours du conflit, cest-à-dire au moment où le cessez-le-feu était quasi certain.
Selma, notre avocate, a pris note de tous les témoignages quelle a pu recueillir. Laccusation est de plus en plus lourde : actes de terreur systématiques perpétrés contre la population civile dans le but de dépeupler la région. Des actes qualifiés de « crimes contre lhumanité ». Le problème cest quIsraël refuse de reconnaître le Tribunal pénal international et ne pourra dès lors jamais être cité à comparaître devant le Tribunal de La Haye. Quel métier frustrant que celui davocat en droit international.
« Pour nous la guerre nest pas terminée, elle va durer encore longtemps », explique un chirurgien de Nabatiyeh. Les bombes à fragmentation font en moyenne quatre victimes par jour. Ce sont des bombes qui éclatent en plusieurs petites bombes, qui nexplosent pas directement et souvent on ne les voit pas parmi les buissons. Lorsque nous étions à lhôpital, nous avons vu arriver un homme qui avait été touché par une telle bombe. Elle avait explosé dans ses mains alors quil élaguait un arbre. Marthe, notre médecin, a pris des photos et recueilli son témoignage. Quant à Selma, elle ne sest pas sentie très bien, la chirurgie ce nest pas pour elle.
La mission de déminage organisée par le ministre de la Défense Flahaut dans le cadre de lONU est en fait une reconnaissance de dette. La Belgique admet que ces armes visent la population civile et quil convient de les éliminer. Mais le gouvernement belge sest-il opposé au lancement de ces bombes ? A-t-on pris des mesures contre lEtat dIsraël ? Et lauteur recevra-t-il la facture de la mission de déminage ?
Le mythe des deux camps belligérants
Lors de notre mission nous avons aussi voulu vérifier certaines questions préoccupantes.
Question : Jan Egeland, vice secrétaire général des Nations Unies pour les Affaires Humanitaires, a déclaré à un moment donné que les deux camps en guerre rendaient difficile laide apportée à la population civile. « Rien nest plus faux », nous a répondu le docteur Ahmed Sadek, vice-président du SPL. « Jai moi-même posé cette question à monsieur Egeland et celui-ci na pas été capable de me citer un seul exemple concret démontrant que le Hezbollah aurait entravé laide humanitaire ou se serait approprié cette aide. Javais plutôt limpression quil était en quelque sorte " obligé " de tenir ce genre de propos de manière à faire preuve dun certain " équilibre " dans son discours ».
Question : « Le Hezbollah se sert de la population civile comme bouclier humain. » « Cest faux », répond Ali Hajjali, chef de lhôpital du SPL de Nabatiyeh. « Ils ont tiré leur mortier depuis une esplanade située à un kilomètre dici. Il ny a pas dhabitation dans les alentours. Les Israéliens ont bombardé ce terrain à deux reprises. Le lendemain, le Hezbollah était à nouveau là-bas et ils ont encore tiré au mortier depuis ce même emplacement. »
Question : « Mais cest tout de même le Hezbollah qui a commencé la guerre ? » Là, je peux moi-même dire que cest faux. Israël en est déjà à sa sixième agression contre le Liban (voir encadré). Le Hezbollah est né suite à loccupation du Sud-Liban par Israël.
Question : « Mais le conflit actuel a tout de même débuté avec la prise dotages de deux soldats israéliens ? »
Faux : il nexiste aucun lien causal avec lagression. Israël a commencé par le kidnapping et la détention de 18 otages libanais. Certains dentre eux sont emprisonnés depuis 25 ans déjà, sans aucune forme de procès. Les prises dotages du Hezbollah sont donc une façon de réagir à cela et dobtenir la libération de ces Libanais via un échange de prisonniers. Au fait, lagression israélienne avait pour objectifs fondamentaux la destruction de linfrastructure vitale du pays, le dépeuplement du Sud et lanéantissement du Hezbollah. Ces objectifs figurent depuis bien longtemps déjà à lordre du jour de larmée israélienne. Les faits parlent deux-mêmes. Qua fait Israël au cours de ces dernières années ? Préparer loffensive, équiper larmée davions et préparer ses chars dassaut. Et qua fait le Hezbollah ? Creuser des tunnels dans les collines du Sud, se terrer en vue dune guerre défensive. La population est reconnaissante envers le Hezbollah : « Lors de linvasion de 1982, Israël sest retrouvé à Beyrouth en trois jours. Aujourdhui, ils stagnent toujours devant la rivière Litani. »
Lor bleu
Lors de notre voyage dans le Sud, nous avons forcément longé à plusieurs reprises la rivière Litani. « Tout tourne autour de cette rivière », explique notre guide. Cest dans le sol de cette région que se trouve lapprovisionnement en eau pour toute la zone et cest également ici que les Israéliens continuent doccuper les fermes de Sheba de manière à pouvoir contrôler lapprovisionnement en eau.
En 1919, Chaïm Weizmann, président de lOrganisation sioniste mondiale, a adressé une lettre au premier ministre britannique dans laquelle il lui demandait de déplacer les frontières de la Palestine (de lépoque) de manière à pouvoir contrôler tous les approvisionnements en eau dans la région : « Tout lavenir économique de la Palestine dépend de son approvisionnement en eau pour lirrigation et pour la production délectricité; et lalimentation en eau doit essentiellement provenir des pentes du Mont Hermon, des sources du Jourdain et du Fleuve Litani (au Liban)
Nous considérons quil est essentiel que la frontière Nord de la Palestine englobe la vallée du Litani sur une distance de près de 25 miles (40 km) en amont du coude, ainsi que les flancs Ouest et sud de mont Hermon
»
A lépoque déjà, le Golan, la région de Sheba et la rivière Litani étaient visés. Depuis, Israël a occupé cette région à plusieurs reprises. Le motif était différent à chaque fois mais leau finissait toujours par sécouler en direction dIsraël.
Plus tard jai trouvé une petite carte qui illustrait cela (voir plus bas). Tout comme les Israéliens ont « asséché » les agriculteurs palestiniens en détournant leau vers leurs colonies dans les Territoires Occupés, ils ont construit deux canaux qui prennent leau vitale du Sud-Liban et lachemine en Israël pour approvisionner tout le pays. Au Liban, les collines sont asséchées et pourtant, les Libanais consomment des légumes et des fruits en abondance. Les agriculteurs et maraîchers utilisent lor bleu avec mille précautions. Ci et là, on découvre parfois un lopin de terre irrigué. Leau est ici plus chère que le pétrole. Les choses sont complètement différentes à la frontière israélienne. Vergers, prairies, plantations, tout est vert. Lobjectif est clairement propagandiste : « Voyez comme nous avons su développer lagriculture ! » Mais derrière tout cela se cache une mentalité coloniale : voler les matières premières des voisins, les gaspiller et le leur faire payer.
Israël en est déjà à sa sixième agression contre le Liban
1968 : raid sur Beyrouth, destruction de 13 avions civils
1978 : invasion du Sud-Liban (jusquà la rivière Litani)
1982 : opération « Paix en Galilée », invasion de tout le pays (avec occupation du Sud-Liban jusquen 2000)
1993 : opération « Règlement de comptes », opération militaire contre le Hezbollah et les Palestiniens
1996 : opération « Raisins de la Colère », bombardements dans le Sud du Liban, le Sud de Beyrouth et la vallée de la Beeka
2006 : agression et occupation
Welcome to the New Middle (b)East
De retour à Beyrouth, avec une halte à Saida. Nous visitons le camp de réfugiés palestiniens, Ein El Hilweh, et déposons des colis et de largent à lhôpital Human Call. Nous achetons également dans la petite boutique locale à moitié vide des foulards, des pins et autres articles de solidarité pour la campagne « Un avenir pour la Palestine » menée par Intal et le groupe daction « Droit au Retour ». Un nom de circonstance pour ce groupe de solidarité dynamique. Quoi de plus évident pour ces gens chassés de chez eux quun droit au retour ? Mais ici, cest le monde à lenvers : les anciens réfugiés (Palestiniens) en accueillent de nouveaux (Libanais). Ein El Hilweh cest aussi une petite ville surpeuplée avec des petites rues étroites qui malgré tout accueille des milliers de nouveaux réfugiés. La solidarité na pas de nationalité.
A Beyrouth, cest un paysage lunaire qui soffre à nous. Des décombres partout, des appartements à moitié détruits. Cest ici que se trouvait le quartier général du Hezbollah, et pour cette raison apparemment il a fallu bombarder maisons, magasins, hôpitaux, ... Au milieu de ces décombres se trouve une tente du Hezbollah. Cest ici que les volontaires, en général des jeunes, viennent se présenter pour proposer leur aide pour les travaux de déblayage. Les bulldozers, les camions et même les cordons de protection autour des édifices dangereux appartiennent au Hezbollah. Ce que lon sait des combats du Hezbollah ce sont les images que diffusent nos chaînes télévisées, toujours les mêmes : des images de tirs au mortier. Mais le Hezbollah cest avant tout un parti politique et un mouvement social qui à présent sest lancé dans la bataille pour la reconstruction.
Le Hezbollah cest un état dans létat, entend-t-on dire parfois. Mais ce nest quà moitié vrai. Nous avons constaté quil sagit plutôt dun « état » alternatif où létat régulier est absent. Nulle part on a vu les autorités libanaises simpliquer dans les travaux de déblaiement. Quant aux agents de police ils se contentent de régler la circulation. Voilà à quoi se limite lEtat. Il est donc logique que le Hezbollah soit populaire. Même certains des plus fervents athées refusent catégoriquement den dire du mal. « Nous ne sommes pas daccord avec leur idéologie mais sils navaient pas été là, où serions-nous aujourdhui ? Où se trouvait larmée libanaise lorsquil fallait nous défendre ? »
Le soir, nous avons logé chez des parents de Pierre, non loin de laéroport. Durant toute la soirée, la famille a parlé en arabe et Pierre a eu du mal à tout traduire. Mais le ton était clair : harb, qui signifie guerre en arabe, revenait sans cesse. Que va-t-il se passer avec la Syrie, avec lIran, et quand les Israéliens vont-ils organiser des représailles ? « Chaque fois quun conflit éclate quelque part dans la région, cest nous qui en pâtissons. Nous avons un dicton au Liban qui dit « une guerre en cache une autre ». La question nest pas de savoir si une autre guerre va éclater mais quand. Et pour linstant le Liban se trouve dans le collimateur. Dans pareille situation, on ne peut pas se permettre de faire le difficile sur ses amis et alliés. Bush est occupé à remodeler le Moyen-Orient. LAfghanistan est en ruines. En Irak, cest la guerre civile et loccupation. What next ? Bush a lui-même déclaré que la guerre contre le Hezbollah était une répétition générale pour une guerre contre lIran. » Nous avons regardé la télévision jusquà tard dans la soirée, trois ou quatre chaînes dinformations différentes.
Les parties impliquées
La veille de notre départ, cest la consternation générale. Qui parle à la télévision libanaise ? Notre ministre des Affaires Etrangères, Karel De Gucht. Il prononce son message très froidement depuis la conférence de lUnion européenne. Il annonce que lEurope enverra des troupes au Liban avec pour objectif
fermer la frontière avec la Syrie. Et il attend de larmée libanaise quelle permette une telle chose. Cet homme annonce cela alors quIsraël bloque toujours laéroport et les ports libanais, quil continue deffectuer des raids aériens chaque jour au-dessus du territoire libanais et quil envoie encore des paras pour commettre des attentas. Quelques jours plus tard, De Gucht a été rappelé à lordre par Kofi Annan. Le but nest pas de bloquer la frontière avec la Syrie et encore moins de désarmer le Hezbollah. La discussion sur le rôle exact des Nations Unies naura pas lieu. Nos amis Libanais font remarquer que « sils veulent vraiment mettre un terme à la guerre, pourquoi ne se postent-ils pas le long de la frontière israélienne ? »
Au fait, les choses sont très claires : la Belgique est - via lEurope - impliquée. Que ce soit sur le plan économique, politique et militaire, notre gouvernement est par tradition du côté dIsraël. Même si la Belgique tente de se donner une certaine image humanitaire en limitant son intervention au déminage, il ne faut pas être dupe et il faut savoir quun état membre de lUnion européenne, lAllemagne, a durant la guerre vendu des armes à Israël. Les USA ne sont donc pas les seuls à avoir approvisionné larmée israélienne. La mission de paix de Nations Unies risque de se transformer en un paternalisme déguisé. Il est grand temps quen Belgique les militants pour la paix reprennent leur ancien slogan : pas en notre nom.