Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Larmée américaine lasse de la guerre
Isolement croissant du président George W. Bush dans le conflit irakien
Lenlisement de larmée américaine en Irak (où elle a perdu 2 500 soldats) et labsence de perspectives politiques ou militaires suscitent un début de révolte au Pentagone et à la Central Intelligence Agency (CIA) que va diriger M. Michael Hayden. Les difficultés de recrutement se renforcent avec la crainte dun conflit en Iran. Le cri dalarme lancé par danciens généraux commence à gêner la Maison Blanche.
Actuellement, le président George W. Bush serait plus impopulaire que Lyndon Johnson après loffensive du Têt en 1968 au Vietnam. De toute évidence, les déclarations optimistes de ladministration relatives à la guerre dIrak, tant de fois réitérées et si souvent contredites, suscitent railleries et colère chez de nombreux Américains patriotes. Comme autrefois les proclamations du même type pendant la guerre du Vietnam (1).
Si ladministration du président Bush a survécu à louragan Katrina sans quaucun haut fonctionnaire ne démissionne, lincompétence et le dilettantisme face à la catastrophe collent désormais à la peau de la Maison Blanche (2). Le mépris dont le président fait preuve à légard du Congrès et les pouvoirs extraconstitutionnels quil sarroge suscitent de vives protestations de la part de parlementaires démocrates mais aussi républicains.
Cest au sein même des institutions dEtat que la crise est la plus manifeste. Le directeur du cabinet du vice-président Richard Cheney, M. Lewis « Scooter » Libby, a été inculpé après avoir tenté de discréditer lex-ambassadeur Joseph Wilson (3), opposant à la guerre en Irak, en révélant à des journalistes proches que sa femme, Mme Valerie Plame, était un officier clandestin de la Central Intelligence Agency (CIA). Une telle divulgation constitue un crime fédéral qui menace dentraîner de nouvelles inculpations, dont celle de M. Karl Rove, principal conseiller politique du président et qui a démissionné le 19 avril de son poste à la Maison Blanche. Ces mises en examen ne seraient toutefois que la partie visible dune fracture qui sélargit entre la Maison Blanche et la CIA, en même temps quavec une partie importante de la hiérarchie militaire.
Les désaccords entre membres de la CIA et la présidence au sujet de la guerre en Irak sont connus depuis longtemps (4). En 2004 déjà, commentant laffaire Wilson, The Wall Street Journal condamnait en ces termes les fuites provenant de la CIA qui infirmaient les allégations du président : « [Ladministration Bush] doit faire face à deux insurrections : une en Irak et une autre au sein de la CIA (5). » Depuis quelques années, des responsables de lagence et des organes de sécurité dénoncent une manipulation présidentielle pour engager les Etats-Unis dans la guerre. M. Paul Pillar, ancien responsable de la CIA pour le Proche-Orient et lAsie du Sud, auteur dun rapport pessimiste sur lIrak rendu public par une fuite en 2004, a récemment réaffirmé par exemple que ladministration avait lancé « une campagne organisée de manipulation » pour déclencher les hostilités (6).
Cest pour mettre fin à la dissidence et imposer un contrôle politique sévère que M. Bush avait nommé M. Porter Goss à la tête de la CIA en 2004. La démoralisation et les dissensions qui secouent lagence de renseignement ont eu raison de lui et provoqué son départ forcé. Pendant ses deux années de fonctions, des dizaines de responsables et danalystes ont démissionné, notamment dans le service chargé des opérations clandestines.
La grogne au sein de larmée a par ailleurs éclaté au grand jour. Plusieurs prestigieux généraux à la retraite (7), dont il est clair que lopinion est partagée par un grand nombre de militaires dactive, ont publiquement dénoncé le secrétaire dEtat à la défense, M. Donald Rumsfeld, et sa gestion de la guerre en Irak. Ces attaques sans précédent sont en partie motivées par lopposition des militaires à une éventuelle offensive contre lIran, dont ils redoutent les conséquences pour les Etats-Unis et pour larmée américaine. Les informations transmises de lintérieur à des journalistes comme Seymour Hersch, du New Yorker (8), témoignent de la volonté de nombreux officiers de prévenir un nouveau conflit.
Les militaires estiment en effet quune attaque américaine contre des sites nucléaires iraniens risquerait de déclencher une spirale daffrontements et de représailles, susceptible daboutir à une conflagration denvergure. Ils ne redoutent pas seulement les dégâts encourus par les forces américaines, mais également la perspective dune autre guerre majeure obligeant les Etats-Unis à rétablir la conscription. Or lexpérience du Vietnam rappelle quune armée de conscrits est plus souvent en proie au ressentiment et à la démoralisation. Des protestations de masse sur le sol américain contre les aventures internationales de Washington pourraient alors précipiter la fin de l« empire américain » au Proche-Orient.
Le président des Etats-Unis a sous-estimé la capacité dinstitutions comme larmée et les agences de renseignement à contrarier la politique de la Maison Blanche, non par une révolte ouverte, mais par un flux régulier de démissions et de fuites tactique que les efforts maladroits de M. Goss pour rétablir la « discipline » nont fait quencourager. Ces « armes », auxquelles ces institutions conservatrices ont souvent eu recours contre des gouvernements démocrates, sont aujourdhui tournées contre une équipe qui na cessé de mettre en avant sa priorité sécuritaire. Et, paradoxalement, cest parce que ladministration en place a encouragé la population à vénérer larmée que des voix dissidentes issues de cette institution, fussent-elles celles de généraux à la retraite, sont difficiles à étouffer par des brimades et des calomnies.
Pour la démocratie, lintervention politique de larmée et du renseignement nest pas a priori rassurante. Mais, si ces forces représentent lopposition la plus efficace au pouvoir, cest en raison dune double incapacité : celle du Congrès à exercer ses fonctions constitutionnelles de surveillance et de contrôle, celle du Parti démocrate à sopposer à la Maison Blanche sur les questions de défense et de politique étrangère. Une éventuelle victoire des démocrates lors des élections législatives de novembre 2006 les inciterait peut-être à faire porter le chapeau du fiasco irakien à ladministration Bush, et à lancer une série denquêtes parlementaires débouchant sur des inculpations et des limogeages à des niveaux élevés. Toutefois, le comportement des Etats-Unis dans le monde nen serait pas forcément affecté pour autant.
Il est sûr que certains responsables démocrates souhaitent plus de pragmatisme et de retenue que nen a montré le gouvernement Bush. Cependant, les dirigeants ne remettent pas en cause fondamentalement les approches américaines à légard du reste du monde. Tout autant que celle des républicains, la direction démocrate est partie prenante des organismes de sécurité qui les a développées, en particulier, avec Harry Truman (1945-1953), puis John Fitzgerald Kennedy et Johnson (1961-1969).
La version de lhégémonie globale que défendait le président William Clinton était moins offensive que celle des républicains. Elle préférait les alliances chapeautées par un leadership américain aux diktats unilatéraux. Mais elle avait la même ambition. Car les deux principaux partis partagent la vision dun nationalisme « exceptionnaliste » pour lequel la « nature bienfaisante » du pouvoir américain et la légitimité de sa position dominante dans le monde constituent des articles de foi à peine discutés.
La proximité entre les deux partis est particulièrement grande là où les choses sont les plus graves, à savoir sur la question du Proche-Orient. Comme M. Clinton la démontré, démocrates et républicains veulent garantir lhégémonie américaine dans la région, via la suprématie dIsraël, même si un tel objectif augmente la probabilité de guerres à répétition. Les deux partis refusent aussi tout compromis avec les Etats quils ont qualifiés de « voyous ».
On reproche souvent, à juste titre, au gouvernement Bush davoir rejeté à deux reprises, en 2001 et en 2003, la proposition iranienne douvrir des pourparlers densemble. Mais déjà ladministration Clinton navait pas su profiter de lélection du réformiste Mohammad Khatami à la présidence de la République islamique dIran, en 1997, pour renouer des négociations directes. Elle na pas non plus été capable dimposer un accord de paix entre Israël et la Syrie. Et, aujourdhui, le discours sur lIran de sénateurs démocrates comme Mme Hillary Clinton et M. Evan Bayh ne diffère guère sur le fond de celui de la Maison Blanche (9).
Pareillement influencés par le lobby israélien, les deux partis ont fait montre dun même manque de volonté pour mener une action résolue afin de mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Loin dencourager la présente administration à faire des efforts en faveur de la paix, les responsables démocrates, dont Mmes Clinton et Nancy Pelosi, tentent même de déborder M. Bush en se montrant encore plus inconditionnellement pro-israéliens que lui (10).
M. Clinton a passé sept ans à dilapider les acquis du processus dOslo, et ne sest sérieusement engagé dans la recherche dun règlement quà la fin de son second mandat, lorsquil était trop tard pour pouvoir aboutir. De son côté, M. Bush ne semble pas loin daccepter un « règlement » israélien unilatéral, inacceptable pour les Palestiniens, le monde musulman et la majorité des Européens.
Si les démocrates sont de plus en plus nombreux à réclamer un retrait anticipé dIrak, la portée de leurs appels est donc singulièrement amoindrie par leur incapacité à proposer une stratégie différente de celle de M. Bush pour lensemble du Proche-Orient. Ailleurs dans le monde, la politique quils préconisent nest pas moins ambitieuse que celle de la Maison Blanche, surtout quand il sagit de faire pièce à la Russie dans la sphère dinfluence de lex-Union soviétique.
Sil décide dattaquer lIran, le président Bush peut en somme escompter que beaucoup dAméricains et quelques dirigeants démocrates se rallieront à sa décision, tandis que dautres démocrates se montreront ambigus, silencieux ou simplement opportunistes. Une telle offensive pourrait alors apparaître aux yeux des républicains comme une bonne affaire sur le plan intérieur.
De nombreux militaires entendent toutefois empêcher ce nouveau conflit. Leur résistance na pas encore trouvé de débouché politique. Le camp des « réalistes » inclut nombre de personnalités publiques, mais il sagit surtout duniversitaires ou de responsables politiques à la retraite, comme MM. Brent Scowcroft (conseiller pour la sécurité des présidents Gerald Ford et George Herbert Walker Bush), Gary Hart (qui fut candidat à linvestiture démocrate lors des élections présidentielles de 1984 et de 1988), et Zbigniew Brzezinski (conseiller pour la sécurité du président Carter entre 1977 et 1981). Ils ne trouvent cependant pas décho suffisant au sein des deux principaux partis.