Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Peine de mort
publié le lundi 18 décembre 2006
Gideon Levy
Quest-ce qui trotte maintenant dans la tête du soldat qui a tiré à balle réelle dans la tête dun adolescent et la tué ? Que lui est-il passé par la tête dimanche dernier, au moment de pointer son arme vers la tête de lenfant ? Pense-t-il encore à sa victime ? Et pourquoi faut-il ouvrir le feu à balles réelles sur des enfants, même sils lancent des pierres sur une jeep blindée ? Les soldats nont-ils pas dautres sanctions que des balles dun fusil pointé sur la tête dun enfant ?
Et quen est-il des décisions du Cabinet de « promouvoir le calme en Cisjordanie également » ? Le Cabinet na-t-il pas décidé, la semaine dernière, que les arrestations en Cisjordanie ne se feraient dorénavant quavec lapprobation du commandant général ? Mais pour tirer une balle dans la tête dun enfant et le tuer, aucune confirmation daucun général nest nécessaire : il suffit de descendre de la jeep, de viser et de tirer. Larmée israélienne soppose en effet au cessez-le-feu, en Cisjordanie aussi.
Jamil Jabaji, lenfant aux chevaux du camp de réfugiés dAskar à Naplouse, a été tué. Avec ses amis, il lançait des pierres sur la jeep Hummer blindée qui descendait de la colonie en direction du camp et le soldat la tué de sang froid. Daprès le témoignage des enfants, la jeep roulait lentement, elle avançait puis sarrêtait, avançait, sarrêtait, dans ce qui semblait aux enfants être une provocation, comme si elle cherchait à les entraîner à approcher encore et encore, jusquà ce quelle sarrête et que deux soldats en sortent, ouvrant le feu en visant la tête. Pas de gaz lacrymogène. Même pas de balles enrobées de caoutchouc. Des balles réelles. Condamnation à mort pour jet de pierres. Jamil aimait les chevaux, jouait dans le cercle théâtral du centre communautaire, sentraînait au karaté ; au football, il était le gardien de but de léquipe sélectionnée des enfants du camp et était membre des scouts. Il avait 14 ans et demi. Il était le plus haut de taille dans la rangée denfants qui se tenaient sur lescarpement et lançaient des pierres sur la jeep Hummer qui roulait sur la route en contrebas : cest peut- être pour ça quil a été condamné. Pour ça que le soldat la visé juste à la tête. Une seule balle qui est entrée par le front et ressortie par la nuque, le tuant sur place.
Le lendemain, les enfants ont dressé un monument à la mémoire de Jamil. Un petit tas de pierres, une couronne de fleurs avec, en son centre, une photo de Jamil, exactement à lendroit où il est tombé, au bout de loliveraie, non loin de lécurie où se trouve son cheval favori, Moshaher. Jamil est le troisième enfant tué ici, ces dernières années, entre le camp dAskar et la colonie dAlon Moreh qui domine la zone depuis la colline.
Les ruelles étroites du nouveau camp de réfugiés dAskar sont ornées de photos de lenfant du camp qui est tombé. Il fait froid dans la maison de la famille Jabaji et la grand-mère, Askiya, enveloppée dans une couverture de laine, est étendue sur son lit métallique, passant sa journée à regarder la photo de son petit-fils, ornée dune couronne de fleurs, et qui est accrochée au mur qui lui fait face. Âgée de 78 ans, elle est originaire de Lod. Jamil était son plus jeune petit-fils, arrivé tard ; lenfant choyé de la famille.
Le père de famille, Abed El-Karim, nest pas à la maison. Pendant la plus grande partie de sa vie, il a travaillé dans une fabrique de saucissons à Bnei Brak, et maintenant, alors quIsraël a tué son fils, il se trouve à létranger et ne peut se permettre de rentrer pour le pleurer. Quelques jours avant que son fils ne soit tué, El-Karim était parti pour la Jordanie, accompagnant son fils Hamis qui, à 19 ans, est atteint dune maladie rare incurable. Hamis est censé subir une intervention chirurgicale en Jordanie, et son père ne peut pas se payer un voyage de retour pour les jours de deuil. Wafiya, la mère endeuillée, se lamente. Elle tire de sous son lit le cartable de Jamil et le lance par terre avec fureur. « Ils ont dit quil était recherché ? Les toilettes qui se trouvent dans la cour, il avait peur de sy rendre seul, la nuit. Je laccompagnais toujours. »
Un enfant entre dans la maison : Mohamed Masimi, et on perçoit chez lui aussi les signes dun traumatisme. Il a le visage figé, lombre dune première moustache, il se ronge les ongles et son regard est absent. Cétait le meilleur ami de Jamil. « Je ne parviens toujours pas à croire quil est mort », marmonne-t-il sourdement. Ils ont grandi ensemble depuis la naissance, dans les ruelles du camp. Cest ensemble que, dimanche passé, ils se sont rendus à lécole du camp où ils étaient dans la même classe de 9e C et cest ensemble quà midi, ils sont rentrés à la maison. Jamil avait dit à Mohamed que laprès-midi, il irait au centre communautaire du camp, au cercle théâtral.
Puis Jamil a demandé à sa mère un shekel pour sacheter un sandwich en attendant que le repas de midi soit prêt. Il a quitté la maison et nest pas revenu. Il sest apparemment acheté son sandwich et est allé à lécurie, au bout de la rue, à la limite du camp, et où se trouve son cheval favori. Il allait chaque jour auprès de Moshaher, lui donnait un sucre et le bouchonnait. Dimanche midi aussi, il y est allé, jusquau moment où, avec ses amis, il a aperçu une jeep de larmée descendant dElon Moreh qui sétend sur la crête située en face. Une dizaine denfants, la plupart du même âge que Jamil, ont couru vers loliveraie toute proche, au pied de laquelle passe la route qui descend de la colonie et file au nord de Naplouse.
Nous sortons de la maison et suivons le dernier chemin suivi par Jamil. Dans lécurie de Mahmoud Adaoui, Moshaher, tout gris, mange du foin. Les cinq chevaux de lécurie sont enfermés dans la carcasse vide dun camion. Ici, on les entraîne pour la course. Quelques jours avant que Jamil ne soit tué, son Moshaher avait gagné une course à Jéricho. Jamil na jamais monté Moshaher. Il était trop lourd pour un cheval de course.
Dans lécurie, nous rencontrons M*, un enfant de petite taille et à la voix gazouillante, « Street team » écrit sur son polo, et A*, un garçon de 15 ans, fringant, les cheveux enduits de gel, comme la plupart des jeunes garçons du camp. A* et M* étaient parmi les enfants qui lançaient des pierres, ce dimanche meurtrier. A* porte une cicatrice à la jambe : en 2002, larmée israélienne avait tiré un obus sur sa maison, dans le camp ; quatre personnes avaient été tuées, dont son père et un enfant de huit ans, et A* avait été blessé à la jambe.
Nous quittons lécurie en prenant la direction de loliveraie. M* nous conduit de sa voix enfantine. Sous un soleil automnal, une plantation soignée dont la terre, travaillée, est semée de pierres. Les maisons dElon Moreh sont visibles sur la colline. La route, noire, serpente de là haut et passe au pied de loliveraie. Du fait de la pente abrupte, on ne peut la voir quen se tenant vraiment au bord de lescarpement, haute dune dizaine de mètres. De là, la route continue vers le barrage de Wadi Bazan qui sépare Naplouse du district de Jénine.
Les enfants racontent quils se sont mis à courir le long de labrupt et à lancer des pierres sur la jeep. La route est, maintenant encore, semée de pierres. Selon eux, la jeep roulait lentement en sarrêtant tous les quelques mètres. Ils sont convaincus que le but était de les inciter à lancer encore des pierres et de sapprocher le plus possible du bord de lescarpement. Les enfants sont tombés dans le piège. Ils se sont éparpillés sur la crête, avec Jamil au milieu, à lancer et lancer des pierres. Alors la jeep sest arrêtée et deux soldats en sont sortis. Ils ont pointé leurs fusils et ont tiré quatre balles séparées, en direction du groupe des enfants.
Jamil a été touché à la tête et sest effondré. Les enfants disent que celui qui lui a tiré dessus, cest le soldat qui était assis à côté du conducteur. Dans la panique, les enfants se sont sauvés. Seuls M* et A* sont restés là, à essayer de traîner le corps de leur ami. Mais Jamil était trop lourd et ils ny arrivaient pas, avec leurs bras grêles, jusquà ce quarrive un voisin, Ali Abou-Sanafa, qui habite la dernière maison avant loliveraie, et qui les a aidés à lévacuer. A lhôpital Rafidiya, où Jamil a été amené en taxi, on a fait le constat du décès. Les enfants disent que son cerveau était répandu sur ses vêtements.
Je demande aux enfants des pierres dAskar : « Pourquoi avez-vous lancé des pierres ? » Le petit M* fait un sourire embarrassé et se tait. A* dit : « Cest un jeu ». Depuis la tragédie, ils nont pas osé venir jusquici. Voyez ici, montrent-ils, il y a quelques mois, un autre enfant, Oday Tantawi, 14 ans, a aussi été tué, et là-bas, cest Bashar Zabara, 13 ans. Ils ont tous les deux été tués dans cette oliveraie, à quelques mètres du monument improvisé à la mémoire de Jamil. Le propriétaire de lécurie dit que parfois, Jamil venait dès six heures du matin, avant daller à lécole, pour nourrir Moshaher.
Jamil navait pas une chambre à lui. Il avait lhabitude de dormir dans un lit double avec ses parents. Au mur est accroché un certificat attestant quil avait obtenu la ceinture jaune de shotokan, sorte dart martial. Wafiya, sa mère, montre aussi son certificat de scout, la photo dun enfant portant une cravate bleue, une chemise bleu ciel et un béret bleu.
Au centre communautaire du camp, un jeune bénévole suédois explique à une fille de réfugiés où se trouve lAfrique sur la carte colorée qui est dessinée sur le mur. La photo de Jamil est déjà collée sur la porte en verre. Le directeur du centre, Youssouf Abou Sariya, dit que Jamil participait à la plupart des activités du centre, mais quil aimait surtout le cercle théâtral. Voilà une photo de lui, qui le montre, le visage peint de couleurs de guerre, debout sur la scène en pierre dans la cour de jeu bien entretenue, cadeau de lEurope. « Nous espérons que larmée ne viendra plus dans le camp dAskar », dit Youssouf Abou Sariya, « Difficile dempêcher les enfants de jeter des pierres. Il ny a pas de base militaire, ici, seulement un camp de réfugiés. Loliveraie est le seul endroit où les enfants peuvent sortir du camp surpeuplé et respirer un air pur. Jamil nest pas le premier enfant à avoir été tué là.
« Les Israéliens ne disent pas quils ont tué un enfant », poursuit-il, « Ils disent avoir tué quelquun qui mettait en danger la vie des soldats. Mais quel enfant peut mettre en danger la vie des soldats ? Parfois ils disent que lenfant était armé. Quel enfant peut porter un fusil ? Quel motif ont-ils dailleurs de venir ici ? Si vous voulez défendre votre pays, ne venez pas dans le camp dAskar. Dici, on ne protège pas Tel Aviv. Askar ne menace pas Tel Aviv. »
Le porte-parole de larmée israélienne : « Sur requête du procureur militaire principal, la Division dInvestigation criminelle a ouvert une enquête sur les circonstances de lincident. Au terme de lenquête, ses résultats seront soumis au procureur militaire. »
Source: http://www.france-palestine.org
D'autres témoignages: http://www.france-palestine.org/rubrique39.html