Que cherche les USA? prq la guerre sur l'irak puis le liban? C'est quoi exactement le problème entre israél et le monde arabe?
Saint Sharon
« Deux poids, deux mesures » : cette expression caractérise à merveille la couverture médiatique comparée de lattaque cérébrale du premier ministre Ariel Sharon et de la maladie, puis de la mort, de lancien président Yasser Arafat, en novembre 2004. La disparition du premier représenterait une « menace pour la paix », quand celle du second éliminait un « obstacle à la paix ».
Paradoxal échange de rôles. Abou Ammar a conduit lOrganisation de libération de la Palestine (OLP) de la lutte armée, parfois terroriste, pour la disparition dIsraël au combat politique et diplomatique afin de créer à ses côtés un Etat palestinien indépendant. Le vieux général, lui, a pris part à toutes les guerres dIsraël, y compris cette guerre que représenta la colonisation dont il fut larchitecte. Et il a attaché son nom à une série de massacres (1) : les médias mentionnent souvent ceux de Sabra et Chatila, perpétrés par les Forces libanaises avec la complicité de ses hommes, plus rarement les autres commis par eux seuls : Kibya (1953), la passe de Mitla (1956), la bande de Gaza (1971), sans oublier la reconquête sanglante de la Cisjordanie (2002).
Certes, mais le « bulldozer » se serait soudainement converti au pacifisme, avec le retrait unilatéral de Gaza, à la fin de lété 2005. « Erreur doptique, répond lhistorien israélien Tom Segev : il ny avait pas de nouveau Sharon se révélant, au soir de sa vie, (...) épris de paix. Ariel Sharon est demeuré identique à lui-même : un général qui regarde les Palestiniens à travers le viseur de son fusil et qui les considère comme des ennemis et non des partenaires (2). » Pour lex-ambassadeur à Paris Elie Barnavi, « le revirement assez spectaculaire (...) dans les commentaires est plus éloquent sur le sérieux dun certain journalisme que sur lévolution objective de lancien premier ministre (3) ».
La guerre, dixit Clausewitz, est « la continuation de la politique par dautres moyens ». Digne héritier et de David Ben Gourion et de Zeev Jabotinsky, le premier ministre a inversé la maxime. Elu début 2001, il croyait encore que « la guerre dindépendance de 1948 nest pas achevée (4) ». Après avoir, deux ans durant, appliqué ce programme au premier degré en reprenant le contrôle total de la Cisjordanie, il a dû le mettre en uvre au second : pour tenir compte de deux défis, lun structurel et lautre conjoncturel.
Les démographes le prédisaient : le « Grand Israël » comptera sous peu une majorité arabe. Terrible dilemme pour Israël, que sa Loi fondamentale définit comme « juif et démocratique » : ou bien il privilégiera le second terme et perdra son caractère juif, ou bien il entendra conserver celui-ci et ne pourra être démocratique. Pour échapper à ce piège, il lui faut soit admettre à ses côtés un véritable Etat pour les Palestiniens, soit expulser massivement ces derniers. M. Sharon écarte la première solution et sait la deuxième actuellement impraticable. Il en a donc imaginé, dès 1998, une troisième : la formation, sur la bande de Gaza et sur la moitié de la Cisjordanie comprise à lintérieur du mur, de quatre enclaves palestiniennes, Israël annexant le reste, notamment les blocs dimplantations qui rassemblent 80 % des colons.
Doù lidée du retrait unilatéral de Gaza, geste sans précédent mais surtout étape vers cette nouvelle forme de lhégémonie israélienne sur la Palestine. Stratégique, la manuvre comporte une dimension tactique. M. Sharon lamorce en 2004 parce quil mesure son isolement. En Israël dabord, dont lopinion se lasse du conflit. A létranger, ensuite. Le 9 juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) décrète le mur illégal et en ordonne la destruction ; le 20, lAssemblée générale des Nations unies approuve cette décision par 150 voix pour, 6 contre et 10 abstentions. Si tous les membres de lUnion européenne votent la résolution, cest que 59 % de leurs citoyens placent Israël en tête des Etats qui « menacent la paix dans le monde (5) ». Tel-Aviv redoute des pressions de Washington. Et le Quartet (Nations unies, Etats-Unis, Union européenne et Russie) appelle Israël à se plier aux exigences de sa « feuille de route », le gel de la colonisation devant récompenser la trêve obtenue par M. Mahmoud Abbas.
« Le sens du plan de désengagement [de Gaza] est le gel du processus de paix, confiera M. Dov Weissglas, le plus proche conseiller du premier ministre israélien. Quand vous gelez ce processus de paix, vous empêchez la création dun Etat palestinien et vous empêchez une discussion sur les réfugiés, sur les frontières et sur Jérusalem. (...) Le désengagement, (...) cest la dose de formol nécessaire pour quil ny ait pas de processus politique avec les Palestiniens (6). » Seize mois plus tard, cette analyse apparaît prémonitoire : le Quartet se tait, et lUnion européenne va jusquà dissimuler son propre rapport sur lannexion israélienne de Jérusalem-Est. Bref, nul nimportune plus Israël avec la « feuille de route »...
Le prestidigitateur a réussi. Spectaculairement mis en scène, le départ des 8 000 colons de la bande de Gaza a hypnotisé la planète, désormais aveugle, sourde et muette face au sort des Palestiniens. Pourtant La Paix maintenant estime que le nombre de colons a augmenté de 6 100 par rapport à lan dernier, avec un total de 250 000 en Cisjordanie (7). Cette dernière sera littéralement coupée en deux par lélargissement de Maale Adoumim. La construction du mur saccélère, près de la moitié étant achevée ou en voie de lêtre, complétant lencerclement de Jérusalem-Est (8). Larmée multiplie bombardements et assassinats, sans oublier bouclages et humiliations aux 750 barrages. Mais silence : quimportent le droit international, les résolutions des Nations unies, létablissement dun Etat palestinien sur lensemble de la Cisjordanie et de la bande de Gaza avec Jérusalem-Est pour capitale puisque... la paix est en marche.
Longtemps, la politique proche-orientale de la France saligna sur celle dIsraël : au souvenir culpabilisant du rôle de Vichy dans le génocide nazi sajouta bientôt le combat contre le nationalisme arabe à Alger, donc au Caire. De Gaulle opéra un tournant lors de la guerre de juin 1967, sûr quIsraël allait « organiser, sur les territoires quil a pris, loccupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions ; et il sy manifeste contre lui une résistance quà son tour il qualifie de terrorisme ». Ses successeurs Georges Pompidou, Valéry Giscard dEstaing et, pour lessentiel, François Mitterrand sen tinrent à cette « politique arabe », convaincus que seule lautodétermination des Palestiniens trancherait le nud gordien de la région.
Dabord fidèle à cette orientation, le président Jacques Chirac en suit-il soudain une autre, et pourquoi ? Dévidence, le tapis rouge déroulé, en juillet dernier, sous les pieds du premier ministre Ariel Sharon, jusque-là persona non grata, matérialisa un virage. Lhôte de lElysée na pas, en effet, attendu lhospitalisation de M. Sharon pour chanter les louanges de cet « homme de paix », avec il est vrai quelque retard sur M. George W. Bush.
Au-delà des hypocrisies, frappe surtout le contraste entre le bruyant silence de Paris sur la répression en Palestine et sa coopération de plus en plus étroite avec Tel-Aviv, rythmée par des échanges ministériels incessants. La participation de deux grandes entreprises françaises, Alstom et Connex, à la construction du tramway reliant Jérusalem aux colonies que la France a toujours considérées comme illégales de Pisgat Zeev et de French Hill relève de la schizophrénie. Et que dire du séjour à Paris, en décembre dernier, à linvitation de M. Nicolas Sarkozy, du ministre israélien de la sécurité publique Gideon Ezra et du chef de la police israélienne Moshe Karadi afin, selon Haaretz, dexposer « à leurs homologues français la leçon quils tirent de la répression des émeutes dans leur propre pays (9) » ? Les Français, ajoutait malicieusement le quotidien, sont « vivement intéressés par le savoir-faire israélien en la matière »...
Lenjeu dépasse évidemment le Proche-Orient : champion, en 2003, des opposants à laventurisme du président Bush, M. Chirac, dès 2005, compose avec lui. De lAfghanistan à lIran, il suit les Etats-Unis, voire les précède comme sur le dossier libano-syrien. Et sur la question palestinienne ? Gageons quau renoncement géopolitique se mêlent des préoccupations plus politiciennes. Sans doute les dirigeants français, obsédés par les échéances électorales, cèdent-ils peu ou prou au chantage qui, depuis cinq ans, présente quiconque critique la politique dIsraël comme antisémite (10). Si ces campagnes nont guère eu de prise sur lopinion, la classe politique et médiatique sy révèle plus sensible. De là à transformer un criminel de guerre en saint...